Le paysage littéraire s’enrichit d’un nouvel ouvrage intitulé Les grands procès de la Justice béninoise (Tome 1: Affaires Cissé, Taïgla, Opt et autres). Commis par Me Alexandrine Saïzonou Bédié, cet essai de 368 pages plonge dans l’univers des faits divers cocasses et charlatanesques qui ont rythmé la vie sociopolitique au Bénin dans les années 70, 80 et 90.

Pour des citoyens d’un certain âge, l’évocation des affaires Cissé, Taïgla, Opt, Kovacks, Soumaïla, Nandansodé, Yessiho, rappelle des souvenirs vivaces de crimes qui ont secoué les sensibilités ces cinquante dernières années. Qu’il vous souvienne, ce ministre d’Etat au Bénin sans portefeuille, analphabète de surcroît, plutôt gourou, qui arrive à infiltrer le cercle restreint de l’appareil d’Etat avec un passeport diplomatique dans son escarcelle, et surtout à se mettre plein les poches. Bon nombre devineraient qu’il s’agit du Franco-Malien Mohamed Amadou Cissé, conseiller occulte, chef de la sécurité rapprochée de  feu président Mathieu Kérékou, qui réussit à s’arroger de transferts frauduleux de centaines de millions de francs Cfa de la Banque commerciale du Bénin (Bcb) et de la Banque béninoise de développement (Bbd). Evidemment, avec la complicité des cadres des banques et des personnalités au sommet de l’Etat ! L’affaire a éclaté courant novembre 1988 et a suscité un tollé général.
Rappelez-vous également le rocambolesque cambriolage de la Recette principale de l’Office des postes et télécommunications (Opt) à Cotonou, dans la nuit du 17 au 18 juillet 1984, avec à la clé le décès du gardien civil, l’endommagement d’un coffre-fort et d’une armoire, l’arrestation puis la condamnation à mort des gendarmes chargés d’assurer la garde et de leurs complices.
La disparition tragique du lieutenant des douanes André Taïgla, froidement assassiné à son domicile du retour du service, dans la nuit du 16 au 17 janvier 1970, par l’amant de son épouse et autres, avec la complicité de cette dernière et de sa fille, a ébranlé plus d’un. Les assassins reconnus coupables seront fusillés à la plage comme c’était la tradition judiciaire à une certaine époque pour « servir de leçon » aux autres.
L’autre dossier qui a également ému tout le peuple à une certaine époque est celui du meurtre du sieur Ibinnouho Yessiho, fusillé par son neveu Comlan Vignongbé
Yessiho pour une affaire de parcelle à Tori-Bossito.
L’affaire Kovacks du nom de Louis Kovacks qui, sous le prétexte de sommes d’argent versées pour le paiement de marchandises en souffrance au port de Cotonou depuis 1972, devrait se solder par une rébellion armée contre le pouvoir révolutionnaire sous la conduite du capitaine Janvier Assogba…
Que dire du crime crapuleux orchestré sur une bossue, la pauvre Albertine Adjagborin Abari, par un certain Houessin Nandansodé à la recherche du gain facile, le 12 septembre 1983 dans la localité d’Agbagoulè à Dassa-Zoumè !

Afin que la mémoire ne se perde !
 
A travers Les grands procès de la Justice béninoise, Tome 1 paru aux éditions Ruisseaux d’Afrique, Me Alexandrine Saïzonou Bédié propose de revisiter ces affaires qui avaient fait le chou gras des médias à l’époque et inspiré des artistes dont le célèbre chanteur du ‘’massègohoun’’, Yédénou Adjahoui.
L’avocate au Barreau du Bénin a recensé les écrits sur les procès afférents à ces dossiers, dans le but de « jeter un regard rétrospectif sur la Justice béninoise pour relire nos assises, de nous laisser imprégner par ces grands débats politico-socio-juridiques, de sauvegarder la mémoire de notre histoire, de notre peuple». Au-delà de la sauvegarde, l’utilité de cet ouvrage est didactique, selon l’auteure. Les jeunes y trouveront « une école, un musée, un recueil de notes archivées sur les plaidoiries, les répliques, les réquisitoires », estime-t-elle.
Il est donc question non seulement de susciter des vocations, mais aussi d’aider le pouvoir judiciaire à conquérir ses lettres de noblesse en Afrique. « Le présent livre que nous devons aux efforts d’archiviste de Me Alexandrine Saïzonou Bédié vient nous rappeler opportunément que le chemin à parcourir est encore long», souligne, pour sa part, le préfacier de l’œuvre, Luiz V. Angelo. Car, si la peste fait toujours parler d’elle dans la société, les juristes, eux aussi, ne sont pas exempts de tout reproche. L’on n’en veut pour preuves que les dossiers de détournement de frais de justice criminelle, d’assassinat du juge Séverin Coovi, et récemment du détournement de plusieurs centaines de millions de francs Cfa au niveau des greffes des cours et tribunaux.
En attendant le Tome 2, il convient de saluer les efforts de collecte d’informations de Me Saïzonou Bédié qui fait davantage œuvre utile. En plus de l’édition d’une revue périodique d’informations juridiques et judiciaires dénommée « Droit et Lois », elle a déjà publié une soixantaine de recueils de textes fondamentaux du droit positif au Bénin

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