Les réformes engagées pour assainir le milieu des établissements privés d’enseignement supérieur (Epes) suivent toujours leur cours, et les autorités en charge du secteur ne démordent pas. Les établissements concernés ont le choix entre le respect des normes établies et la disparition. Ils sont donc contraints de fournir les documents nécessaires pour l’obtention de l’autorisation d’ouverture. Dodji Amouzouvi, directeur des Etablissements privés d’enseignement supérieur, reste ferme sur la question. Pour lui, il s'agit d'un processus non négociable.

La Nation : Quels sont les tenants et les aboutissants des réformes engagées dans le secteur des établissements privés d’enseignement supérieur ?

Dodji Amouzouvi : C’est d’abord la volonté populaire, la volonté nationale. Cette volonté qui a voulu d’un changement radical, d’une rupture nette à la tête du pays. Le peuple béninois a décidé d’en finir avec une certaine manière de faire qui a cours depuis toujours jusqu’en avril 2016 où le président Patrice Talon a accédé au pouvoir.
C‘est aussi la volonté d’assainir le secteur de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et des structures privées d’enseignement supérieur.
Ce secteur est confronté à un ensemble de défis dont la gouvernance administrative, pédagogique, scientifique, financière, infrastructurelle. Autant de défis qui ne permettent pas un rayonnement absolu de la formation et de ce qui s'y fait. Donc, les réformes visent beaucoup plus le rayonnement, l'assainissement, beaucoup plus de justice. Qu'il vous souvienne que jusqu'en avril 2016, la modalité de validation des parchemins ou de la formation délivrés par les établissements privés d'enseignement supérieur était la cosignature ou la reconnaissance. Les réformes visent d'abord, en raison de toutes les faiblesses que cette modalité comporte, à la remplacer par une autre. Ce qui a abouti à l'organisation des premiers examens nationaux. Avec quelques incompréhensions au début, nous avons amené tout le monde sur le droit chemin et nous en sommes cette année à la troisième édition.
Poursuivant les réformes, nous avions eu également la première édition des agréments des filières. Il faut comprendre qu'il y a trois régimes essentiels de fonctionnement des établissements privés d’enseignement supérieur. Le premier est le régime d'ouverture. Il est essentiellement précaire et éphémère puisque c'est deux ans renouvelables une fois, au bout desquels vous deviez passer au régime d'agrément. Sinon, vous perdez le régime d'ouverture. Après le régime d'agrément, il y a le régime d'homologation. Le régime d'agrément n'a jamais été accordé et jamais demandé par qui que ce soit depuis les premiers établissements qui remontent à l’année 1997. L'application des textes étant le credo fondamental du pouvoir, il a été décidé que, dans le suivi et la poursuite des réformes, nous puissions ramener sur le tapis les textes. D'où nous sommes passés à la première délivrance des agréments de filières et des établissements privés d'enseignement. Ce qui a été fait l'année dernière avec vingt établissements dans différentes filières qui ont été agréés. Plus précisément un certain nombre de filières ont été agréées dans vingt établissements privés d'enseignement supérieur.
La deuxième édition a été lancée et clôturée en ce qui concerne les dépôts des dossiers à la date du 30 avril dernier.Et les différentes commissions sont à pied d'œuvre parce que les textes nous imposent de publier la liste pour l'année académique à venir, 90 jours avant le début de la rentrée afin que chacun puisse se situer et faire le meilleur choix possible. Notre but est de publier les différentes listes au plus tard le premier juillet 2019 pour la rentrée 2019-2020. Ces réformes sont donc pour un meilleur développement du pays qui passe par une meilleure formation des ressources humaines.

Quelles sont les conditions pour bénéficier de l'agrément ?

Les agréments se donnent aux filières pour l'établissement. Pour être agréée, une filière doit avoir été autorisée à ouvrir et fonctionner pendant deux ans au moins renouvelables une fois, donc au plus pendant quatre ans. Ce n'est qu'à la fin de la deuxième année qu'une filière peut demander à être agréée. Mais avant cela, il faut que la filière et l'établissement aient l'autorisation et que tout soit aux normes, telles que conçues et acceptées par tous en raison des engagements pris par le promoteur et l'établissement privé. Ensuite, il faut que la filière ait vraiment tourné parce qu'on ne peut agréer une filière qui ne présente pas d'étudiants, une filière qui n'est pas viable. Les deux conditions majeures à réunir après, c'est qu'il faut déposer un dossier composé pas moins de 28 pièces et faire l'objet d'une inspection.

Les établissements satisfont-ils facilement à ces conditions ?

Au nombre des normes édictées de commun accord par tradition universitaire et avec les acteurs eux-mêmes, il y a un certain nombre de commissions qui doivent exister et fonctionner pour faire avancer non seulement le pays mais également les établissements. Au nombre de ces structures, il y a évidemment le Conseil scientifique et pédagogique. On ne peut être une école supérieure sans l'avoir. Les textes décrivent ceux qui sont capables d'en faire partie. Nous avons donc demandé dans les pièces à fournir, les rapports annuels d'activités sur deux ans consécutifs. Les établissements privés d'enseignement supérieur qui sont candidats à l'agrément ont déposé régulièrement les rapports et tous les autres dossiers qui sont en traitement.
En plus, tous les établissements agréés ou non, dès qu'ils sont autorisés à ouvrir, doivent présenter le conseil scientifique viable. C'est dans ce cadre qu'il a été demandé que la liste des membres des conseils scientifiques soit envoyée pour être intégrée dans le processus actuellement en cours. Nous devons savoir, à ce niveau, qu'au cours de l'année, la liste des membres du conseil scientifique qui a été déjà affichée comme telle peut avoir changé ou que ces derniers soient en voyage ou ne soient plus disponibles. D'où chaque année, il faut actualiser ce document et c'est dans ce sens qu'il leur a été demandé de fournir cette liste. C'est juste de la routine mais enrichissante. Ils sont tenus de la fournir sinon, ils ne peuvent malheureusement pas fonctionner. C'est une exigence, une évidence dans les engagements qu'ils ont pris vis-à-vis de l'État pour fonctionner et former des ressources humaines qualitatives. Il n'y a donc pas de questions à se poser, ce n'est pas négociable. La plupart d'entre eux en fournissent déjà. Et cela est une pièce éliminatoire pour l'obtention de l'agrément. Et j'espère avoir toutes les écoles qui sont aux normes, performantes et décidées à apporter un plus au développement du pays qu'on doit construire ensemble. Lorsqu'une école est bonne et montre du sérieux dans son existence, il n'y a pas de doute qu'elle va contribuer à l'édification d'une nation aujourd'hui révélée au monde. J'espère aussi que toutes les écoles qui ont des faiblesses puissent se renforcer ou disparaître dans le cas où elles ne veulent pas se mettre au pas. Le travail se fera sans état d'âme mais aussi sans acharnement. Nous pouvons badiner avec certaines choses mais pas avec la formation puisque l'avenir en dépend. Ceux qui sont là pour faire de l'à-peu-près, du business pour se remplir les poches sur le dos des étudiants et parents vont partir d'eux-mêmes, sinon, les textes sont là pour les obliger à faire bien ce qu'ils ont accepté de faire.

Comment se préparent les examens de licence et de master de cette année ?

Les préparatifs vont bon train. Le dépôt des dossiers a été clôturé le 7 juin dernier. L'étude des dossiers a déjà démarré et nous allons publier, dans les tout prochains jours, la liste des candidats inscrits. Le timing prévu et validé par l'autorité ministérielle suit son cours, les états majors aussi bien à la direction des examens et concours qu’à la direction générale de l'enseignement supérieur s'activent pour que cette troisième édition soit celle de la révélation de toutes les expériences que nous avions cumulées jusque-là. Tout se passe bien, dans les règles de l'art.

Quel appel avez-vous à lancer aux établissements privés d’enseignement supérieur ?

Je voudrais inviter les établissements privés d'enseignement supérieur à faire preuve de plus de performance, de sérieux, d'engagement pour redorer le blason au secteur. Je les invite au respect strict des textes, et il faut que l'exemple parte d'eux, qu'ils montrent le chemin. Je peux vous affirmer que c'est un travail de qualité qui se fait en la matière sous le leadership de la ministre Marie Odile Attanasso. Sans prétention aucune, il y a des choses à tirer et à proposer aux établissements publics. La réforme a démarré aussi et a atteint une vitesse de croisière dans les établissements publics d'enseignement supérieur. Donc tous les défis seront relevés de part et d'autre. Le cap sera maintenu pour que nous soyons au rendez-vous de la révélation.

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