La rencontre régionale de haut niveau sur la santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et des adolescents en Afrique de l’Ouest et du Centre dégage des pistes d’actions probantes pour le futur au profit des pays membres du Fonds français Muskoka. Institution clé de cette initiative, le Fonds des Nations Unies pour la Population (Unfpa) mise sur l’investissement dans les jeunes et les filles pour relever le défi. Son directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Mabingué Ngom évalue les acquis et dévoile les priorités.

La Nation : Quelle est la portée de la rencontre régionale de Cotonou sur la santé reproductive, maternelle, néonatale, infantile et des adolescents en Afrique de l’Ouest et du Centre ?

Mabingué Ngom : Nous venons de passer deux jours à Cotonou pour faire la revue des sept premières années du Fonds Muskoka lancé en 2010 par la France pour venir en appui à la lutte contre la mortalité maternelle, infantile, néonatale. Le but de cette rencontre, c’est d’apprécier les progrès qui sont faits, les bonnes pratiques recensées ces six dernières années et les obstacles qui se dressent devant nous. La rencontre nous a également permis de voir comment amplifier les actions et améliorer la coordination au niveau des intervenants et des mécanismes qui contribuent à l'éradication de la mortalité maternelle. Je voudrais insister sur l’implication de la jeunesse. Les leçons issues de nos conversations avec les jeunes venus des huit pays du Fonds Muskoka permettront d’approfondir les analyses en vue d’accélérer les actions au profit de la santé maternelle, néonatale et infantile, de renforcer les partenariats autour dudit fonds et les actions que nous pouvons mettre en place au plan institutionnel pour optimiser le mécanisme de coordination. Nous devons promouvoir la participation active des jeunes sur le sujet à toutes nos rencontres. Il faut investir dans cette nouvelle relation pour s’assurer de la réussite des actions futures. Cela exige donc un changement de comportement au niveau des institutions en vue de générer les effets de la transformation. Le même investissement doit être fait sur les filles, parce que c’est aussi pour elles que nous prenons les décisions. Chaque action que nous faisons aujourd’hui induit des impacts partout.

Vous avez résumé l’issue de cette rencontre en trois thèmes, ‘’alignement’’, ‘’accélération’’ et ‘’redevabilité’’. Que faut-il en comprendre ?

Ces trois mots regroupent un ensemble. Il s’agit simplement d’accélérer la transformation par tout ce que nous faisons. L’alignement est un moyen qui nous permet de mieux faire. Lorsque vous mettez en place des interventions désordonnées ou qui se chevauchent, il y a des pertes extraordinaires qui créent la confusion dans la tête des partenaires. L’alignement est un moyen d’accélération et de rationalisation des actions. Ce qui est possible de faire aujourd’hui, c’est de voir l’accélération de la marche vers la transformation. L’alignement et l’accélération, tout comme l’arrivée de nouveaux partenaires comme le Danemark au sein des pays bénéficiaires du Fonds français Muskoka, n’ont de sens que s’ils contribuent à l’atteinte des objectifs avant l’échéance des Odd en 2030 ou de l’agenda 2063 de l’Union africaine. Je me demande pourquoi nous devons attendre ces échéances pour arrêter les mutilations génitales féminines, pour mettre fin à la mortalité maternelle et infantile? La réunion de Cotonou nous a permis d’identifier des pistes dans la conception et la mise en œuvre des actions futures au profit de la santé infantile, maternelle et reproductive. C’est un exercice assez positif. Nous avons fait énormément de progrès. Nous sommes partis de 1040 femmes qui perdaient la vie pour chaque cent mille naissantes vivantes à 679 pour le continent et 400 pour le Bénin. 400, c’est peut-être trop, mais très peu comparativement à 1040. Une vie perdue, c’est énorme. L’ambition, c’est de faire en sorte que nous puissions reculer la souffrance et la misère des femmes qui accouchent en Afrique Sud saharienne comme dans les pays développés. Je ne sais pas pourquoi nous allons nous donner comme objectif cent femmes qui meurent si nous sommes capables d’en arriver à zéro décès.
Il y a une contribution que nous devons apporter si chacun d’entre nous commence par traiter la fille de la même façon que le garçon. Ça donne l’impression d’être banal, mais la portée d’une telle action va extrêmement impacter des vies. Ce sera le sujet de notre rencontre à Naïrobi en novembre prochain dans le cadre du cinquantenaire du Fonds des Nations Unies pour la population (Fnuap) et le 25e anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement (Cipd). Cet agenda sera également suivi de tous les évènements intermédiaires pour montrer à la communauté internationale que c’est le bon moment d’accélérer nos actions, de sauver des vies et d’investir dans la fille.

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