Le 8e dossier au rôle de la session supplémentaire de la cour d'assises de la cour d'appel de Cotonou a porté sur une affaire d'incendie volontaire de bâtiment servant d'habitation. L'accusé Simon Hessou a comparu, hier mercredi 25 juillet devant la cour. Déclaré coupable, il a été condamné à 5 ans de travaux forcés.

Poursuivi pour incendie volontaire et mis en détention depuis le 6 janvier 2014, Simon Hessou sera libre de ses mouvements dans un peu plus de cinq mois. Après avoir été écouté, hier, par la cour d'assises de la cour d'appel de Cotonou, il a été déclaré coupable d'avoir volontairement mis le feu à l'édifice servant d'habitation au nommé Anagonou Dossa, fait prévu et puni par l’article 434 alinéa premier du Code pénal, et a été condamné à la peine de 5 ans de travaux forcés. 

Mais à la barre hier, l'accusé n'a pas reconnu les faits. Il dit ne pas avoir mis le feu à la maison. Ce serait le gaz allumé dans la chambre de la victime qui aurait éclaté et la maison a pris feu. Dans son récit, l'accusé rapporte que la victime faisait frire du poisson. Et qu'il se serait déplacé pour faire des achats, laissant l'huile au feu. Or dans ses dépositions antérieures, Simon Hessou s'était reconnu auteur de l'incendie qui a réduit en cendre l'habitation de son cousin Anagonou Dossa. « Je me bagarrais avec mon frère quand son ami Dossa m'a donné un coup de bâton. Fâché, j'ai mis le feu à sa chambre instinctivement. J'ai pris la fuite et je suis allé me réfugier en brousse. Quelque temps après, je suis revenu à la maison et mes parents m'ont amené à la brigade », avait-il déclaré à l’expert psychologue. C'est bien cette version que soutient la victime. A la barre, la victime Anagonou Dossa dit ne pas avoir de gaz dans sa case et que c’est bien Simon Hessou qui a incendié sa case. Il a ajouté qu’une certaine Alougbanon serait témoin des faits mais lui aurait refusé d'appeler son nom à la barre parce qu'elle ne réside pas dans les lieux et ne veut pas faire des allers-retours pour témoigner.
Le frère de l’accusé, Arnaud Hessou, semble tout aussi convaincu de la culpabilité de Simon Hessou. Il a confirmé la bagarre survenue entre son frère et lui et l’intervention d’Anagonou qui les a séparés. Une intervention mal accueillie par l’accusé Simon Hessou qui, ivre et sous le coup de la colère, a mis le feu à la case de son cousin Anagonou. Comment le frère de l’accusé et la victime peuvent-ils être sûrs que l’accusé est bien l’auteur de l’incendie si tous reconnaissent qu’ils ne l’ont pas vu faire ? Interrogés à ce sujet, ils ont déclaré qu’ils se sont fiés aux déclarations de dame Alougbanon et d’un certain François Sossou qui disent avoir vu l’accusé mettre le feu à la case, sinon l’avoir vu prendre la clé des champs dès que la case a pris feu.

L’analyse des faits et l’issue

Pour le ministère public, les faits sont très simples. Il s'agit d'un incendie volontaire. C'est un drame familial. « L'incendie volontaire est sanctionné par une peine très lourde, une peine que la plupart des gens ont du mal à comprendre, la peine de mort », a rappelé le ministère public. C'est une infraction prévue et punie par l'article 434 du Code pénal. Dame Alougbanon aurait vu l'accusé mettre le feu. Selon lui, l'infraction est constituée et l'accusé avait reconnu les faits à toutes les étapes de la procédure. « Aujourd'hui, la victime identifie une autre source de l'incendie qu'il est le seul à voir », appuie le ministère public d’un ton ironique. Persuadé que l’accusé s’est rétracté et a nié les faits pour créer le doute, l'avocat général a alors requis 15 ans de travaux forcés à son encontre.
« 15 ans pour un crime qui n'est pas prouvé ! Où est la volonté, où est l'intention criminelle. Selon la loi, Simon Hessou ne peut pas être condamné. Jusque-là, rien ne prouve que l'incendie est venu d'un homme. Ces cas d'incendie de case sont fréquents au village. Pour accuser quelqu'un, il faut des témoins. Or dans le cas d'espèce, il n'y a pas de témoins. Ceux qui ont déclaré l'avoir vu mettre le feu n'ont pas été interrogés dans la procédure. Personne n'a témoigné l'avoir vu. Il n'y a que la rumeur qui l'accuse. Mon client est victime de la rumeur publique. Une rumeur à partir de laquelle, il a fait quatre ans déjà en prison », s’est indigné le conseil de l'accusé Me Magloire Yansunnu. A l’en croire, c'est le syndrome de Stockholm qui explique le fait que l’accusé ait accepté de porter la charge dont l’accable la société et les psychiatres devraient l'avoir détecté. En plus, il a rappelé le principe selon lequel l'aveu n'est jamais la reine des preuves.
Il a invité la cour à délibérer en tenant compte de la loi. « Vous avez devant vous quelqu'un que la loi ne peut pas condamner. Alors, relaxez-le purement et simplement. Et s'il vous arrive d'avoir des doutes, relaxez-le au bénéfice du doute », a-t-il conclu.
Au total, les débats ont révélé beaucoup de contradictions et l’inconstance de l’accusé. L'enquête de moralité est favorable à l’accusé. Son père, Théodore Hessou témoigne de ce qu'il est un enfant assidu et docile, très attaché à son métier. Son oncle Gilbert Hessou le confirme et ajoute que le jour du drame, il était dans un état d'ébriété incompréhensible. Toutes les personnes interrogées à son sujet ont souligné le sérieux de l'accusé. Son casier judiciaire ne porte mention d'aucune condamnation. Le rapport d'expertise médico-psychiatrique fait savoir qu'il dispose de toutes ses facultés mentales et intellectuelles. Il boit de l'alcool mais ne souffre pas d'une alcoolomanie. Il est d'un caractère impulsif et émotif.
Après avoir délibéré, la cour a reconnu l’accusé coupable d’incendie volontaire et l’a condamné à 5 ans de travaux forcés.
Par ailleurs, le père de l'accusé aurait payé de l'argent à la victime Anagonou en guise de dédommagement. Et la victime l'a reconnu. Il aurait reçu environ 65 000 F Cfa et il dit ne plus vouloir se constituer partie civile?

Les faits
Dans le but d’exécuter un programme de sortie qu’il avait établi avec le frère aîné de Simon Hessou, Anagonou Dossa s’est, le 1er janvier 2014, rendu au domicile de ceux-ci à Zéko-Agonsa dans la commune de Toffo où les deux frères se bagarraient. Il a entrepris de les séparer. Mécontent de cette intervention, Simon Hessou est allé acheter une boîte d’allumettes et a mis le feu à la case habitée par Anagonou Dossa.
Il est alors interpellé et inculpé du crime d’incendie volontaire.


Composition:
Président : Georges Toumatou
Assesseurs :
Zacharie Dah Sekpo
Oloushegun Tidjani Serpos
Jurés :
Sosthène d'Almeida,
Marie Marguerite Nouhoumon,
Pélagie Lokossou,
Pierre Magloire Nagnonhou
Ministère public : Marc Robert Dadaglo
Greffier : Christophe Chéou

Évaluer cet élément
(0 Votes)
Lu 1989 fois