La cour d’assises de la cour d’appel d’Abomey a examiné, jeudi 14 juin dernier, le 21e dossier inscrit à son rôle. Il s’agit d’une affaire de vol à main armée impliquant Christian Allossè, un ancien militaire et Julien Mèdja, scieur. A l’issue du procès, la cour les a reconnus coupables de vol à main armée et les a condamnés à 7 ans de travaux forcés.

A l’issue de leur comparution pour vol à main armée, Julien Mèdja, scieur et Christian Allossè, ancien militaire, ont écopé de 7 ans de travaux forcés.
Le cas de ces deux accusés enseigne qu’il y a des gens qui ont tout pour réussir et mais qui choisissent la voie de la perdition. Les deux compères, accusés, en sont des prototypes. L’ancien militaire Christian Allossè, la trentaine, a le physique type du militaire. La taille, les muscles et l’énergie nécessaires pour cette profession. Un vrai "Rambo". Son ami Julien Médja est, quant à lui, une force tranquille. Une vraie! Il ne parle pas trop et ne s’agite guère. C’est le genre parrain de mafia. Discret et calme. Le leader qui fait agir. Il sait communiquer les astuces et stratégies pour la réussite des opérations. Puis il sait aussi assumer et endosser les erreurs de son élément. Un monstre froid ! Il n’a pas le gabarit de l’ancien militaire mais il sait le mettre en action. Mais il n’est pas moins imposant.
A la barre, le récit de l’ancien militaire est assez fabuleux. Il reconnaît que c’est le civil qui l’a entraîné dans l’opération. Mieux, qu’à deux minutes de l’action, il ne se doutait de rien jusqu’à l’instant où Julien lui fit des clignotements d’yeux. Les deux compères n’ont pas nié les faits à la barre. Ils racontent ce qui s’est passé ce jeudi 27 août 2015 aux environs de 15h avec Charles Tohoun, conducteur de taxi-moto, ayant quitté Zagnanado pour Zakpota. Ils l’ont appelé à hauteur de la radio Tonassé de Covè pour les transporter à Banamè contre la somme de mille francs.
Il ressort de leurs dépositions qu’ils ont déjà fait la prison par le passé avant d’être repris. Le militaire assurait la garde à la prison civile d’Abomey quand il a fait la connaissance de Julien. Ce dernier, lui, était condamné pour un délit de droit commun. Entretemps, Christian, le militaire, est allé en mission en Côte d’Ivoire. Là-bas, il est impliqué dans une affaire de vol puis rapatrié sur Cotonou, jugé, radié et emprisonné. Après avoir purgé sa peine de 18 mois, il sort tout comme Julien qui aussi avait déjà recouvré la liberté. Les deux amis sont en liberté mais au chômage. Le militaire à Cotonou et Julien à Covè.
Présent à la barre, Charles Tohoun, la victime, a donné à la cour plus de précisions par rapport à l’opération qui a failli lui fait perdre la vie et sa moto. Il raconte que quelques instants après les avoir pris sur sa moto, ses cheveux se sont dressés sur sa tête et il a tout de suite eu le pressentiment que quelque chose allait se passer avec ses passagers qu’il venait de prendre. Pris au piège, il ne pouvait non plus leur demander de descendre. Et c’est bien quand ils ont demandé un arrêt pour se mettre à l’aise qu’il a compris que leur plan allait être mis en œuvre. Alors, il eut rapidement l’idée de fermer discrètement le robinet d’essence. Aussi, après avoir fait 500 mètres, l’engin s’est éteint. Et les braqueurs n’y comprenaient rien avant d’être pris par la population.
Après les dépositions devant la cour, le ministère public représenté par Ousmane Alédji décrit les deux accusés comme des individus sans foi ni loi, des repris de justice, qui ont été appréhendés grâce à la vigilance de la victime qui a entretemps flairé l’opération en cours et a fermé son réservoir. Il rappelle qu’interrogés et inculpés pour association de malfaiteurs et vol à main armée, les deux compères n’ont pas reconnu que les faits de vol à main armée. L’avocat général a relevé les éléments constitutifs de ce chef d’accusation. La préparation et le commencement d’exécution de l’opération. Mieux, ils ont usé d’une arme, le coupe-coupe, et même si c’était ramassé sur le lieu du crime. Il évoque l’article 381 du Code pénal qui punit tout coupable de ce type d’infraction. Il s’agit de vol avec circonstance aggravante. Et pour lui, les accusés sont bien coupables des faits qui leur sont reprochés. A cet effet, il requiert 7 ans de travaux forcés pour Julien et 8 ans pour Christian, l’ancien militaire.
Les avocats Sylvestre Agbo défendant Julien Mèdja et Hyacinthe Houngbadji pour le compte de Christian Allossè ont plaidé coupable en demandant la clémence de la cour. Selon eux, Dieu lui-même a déjà limité les dégâts en évitant l’effusion du sang. Alors, ils ont invité la cour à prendre en compte la jeunesse des accusés, tous de la trentaine, pour ne pas les laisser s’endurcir en prison.
A l’issue de la délibération, la cour déclare les deux accusés coupables de vol à main armée. Une infraction prévue et punie par le Code pénal en ses articles 265, 266, 267, 381, 382, 383 et autres. Ainsi, elle condamne Julien Mèdja et Christian Allossè à 7 ans de travaux forcés chacun. Puis au civil, elle les condamne également à payer la somme de 200 mille francs Cfa à la victime, conducteur de taxi-moto comme dommages et intérêts en réparation des préjudices moraux et matériels subis?
Les faits

Un jour, l’ancien militaire Christian Allossè, en difficultés financières, descend sur Covè pour rejoindre Julien Mèdja, son ami. Les deux sont heureux de se retrouver. Ils partagent leurs mésaventures. Le militaire lui fait part de ses soucis d’argent pour faire face à la situation d’une de ses épouses qui a fugué avec ses enfants. Pour rien au monde, il ne veut lui laisser les enfants. Son désir le plus ardent est de récupérer ses mômes. Il demande à son ami Julien qui se réclame scieur de lui trouver du travail urgemment. Celui-ci réfléchit sur-le-champ et lui demande de le suivre. Après quoi, ils sollicitèrent le service d'un taxi-moto, dans le dessein de subtiliser l'engin en chemin.
Au cours du trajet, Julien Mèdja, l’un des passagers a simulé un malaise puis a sollicité et obtenu du conducteur de moto un arrêt. Les deux compères sont donc descendus et l’un d’eux s’est dirigé vers un cours d’eau qui se trouve non loin de là.
Quelques instants après, les deux clients sont revenus et ont réussi à arracher à Charles Tohoun sa motocyclette après lui avoir asséné un coup de machette. Mais à peine ont-ils démarré que la moto s’est éteinte et le conducteur de taxi moto, Charles Tohoun cria au secours. La population ainsi alertée est sortie pour les cerner. Ils ont été appréhendés et conduits au chef du village de N’dokpo. Celui-ci informa aussitôt la brigade de Zagnanado qui, sans désemparer, se rendit sur les lieux pour les récupérer?
Composition de la Cour

Président : Delphin Chibozo
Assesseurs : Léopold Colli et Bienvenu Anagonou
Jurés : Gérard Tossou, Albert Guèdègbé, Victoire Agbémahouè-Dato, Margueritte H.
Tossou
Ministère public : Ousmane Alédji

Greffier : Innocent Arayé

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