Inculpé pour parricide, Soumaï Aliou Manou était devant la cour d’assises de la Cour d’appel de Parakou, ce mardi 5 juin. Il a écopé de 20 ans de réclusion criminelle.

S’en prendre à son géniteur, à tel point qu’il perde la vie, ne saurait être toléré dans la société. Présent à la barre, ce mardi 5 juin, pour expliquer les circonstances dans lesquelles il a été amené à asséner des coups de bâton à son père qui a rendu l’âme, Soumaï Aliou Manou en a appris à ses dépens. Se fondant sur les dispositions des articles 295, 299 et 302 du Code pénal, la cour présidée par Adamou Moussa l’a déclaré coupable d’avoir volontairement commis un homicide sur Aliou Manou, avec cette circonstance que ce dernier est son père. Elle l’a condamné à 20 ans de réclusion criminelle. 

En détention depuis le 24 février 2006, Soumaï Aliou Manou, bouvier de nationalité nigérienne, né en 1985 dans la localité de Guéné à Malanville, a déjà passé plus de douze ans en taule.
Mais avant, la cour a dû prendre un arrêt pour disjoindre le cas de Sarè Gouguè Sabibou et Gado Sabi Yandoko de celui de Soumaï Aliou Manou. Respectivement conseiller et imam dans le village Yankpan-Bouyankou, arrondissement de Sompérékou, commune de Banikoara, ils étaient absents, alors que l’arrêt de renvoi leur a été notifié à leur domicile. Accusés pour non dénonciation de crime et recel de criminel, ils avaient bénéficié d’une liberté provisoire.
A la barre, c’est une version des faits autre que celles qu’il a servies à l’enquête préliminaire et devant le juge d’instruction, que Soumaï Aliou Manou a tenue. C’est par accident, insiste-t-il, que le coup de bâton destiné à la vache devenue agressive, parce qu’ils ont voulu récupérer le veau qu'elle a mis bas, a mortellement atteint son père. Mais plus d’une fois, le président de la cour Adamou Moussa et l’avocat général, Léon Pape Parfait Yèhouénou, lui demanderont de ne pas dénaturer la vérité. Selon eux, c’est profitant de leur isolement qu’il a réglé des comptes à son père, parce que ce dernier a pris l’habitude de vendre ses bœufs à son insu. Ce qu’il n’a pas reconnu, invitant la cour à prendre plutôt en considération ses déclarations à la barre. « Si tu reconnais avoir fait économie de vérité au cours des précédentes étapes de la procédure, pour quelle raison voudrais-tu que ce soit maintenant qu’on croit en ta sincérité ? » lui demande le président Adamou Moussa.
Procédant à la réunion des éléments constitutifs du crime de parricide, l’avocat général Léon Pape Parfait Yèhouénou a indiqué que l’accusé a bel et bien donné la mort à sa victime qui a été identifié comme étant son père. Il requiert qu’il plaise à la cour de l’en déclarer coupable, puis de le condamner à la peine de réclusion criminelle à perpétuité.
Un réquisitoire qui n’a pas plu à Me Michel Ahoumènou assurant la défense de l’accusé. « Mon client était-il en possession de ses facultés mentales au moment de la commission des faits ? », demandera-t-il, tout en fustigeant la qualité de l’expertise psychiatrique réalisée plus de dix ans après. « Mon client n’a plus personne. Depuis huit ans, tous ses parents sont partis en l’abandonnant. Vous voulez l’isoler davantage, l’éloigner définitivement de la société, malgré les douze ans qu’il a déjà passés en prison », fera-t-il observer. Par rapport à l’infraction de parricide, il plaide pour sa requalification en coups mortels ayant entrainé la mort, même si l’intention n’était pas de la donner. « Il a déjà passé douze ans en détention. Pour parricide, ce n’est pas beaucoup. Mais cette infraction n’est pas constituée », poursuit-il. « A qui voulez-vous rendre service alors qu’il est déjà dans l’eau et porte une croix sur sa conscience ? » va insister l’avocat de la défense, appelant la cour à lui donner l’opportunité de se faire récupérer par la société?

Les faits

Accusant désormais le poids de l’âge, Aliou Manou confia ses bœufs à son fils Soumaï, à l’effet de les conduire au pâturage. Ce dernier n’est revenu que quelques jours plus tard, le 16 février 2006. Etonné par son attitude, il décida dans la nuit d’aller contrôler, en sa compagnie, l’état de ses bœufs. Mais en cours de route, avant de revenir seul à la maison, son fils lui a assené des coups de bâton et il rendit l’âme sur-le-champ. Etonnée de le voir seul, sa mère, Mariam Mama l’interpella par rapport à son père. C’est alors qu’il la conduisit vers le corps de son père.
Agée de 50 ans, la femme envoya un émissaire pour informer l’imam de leur campement, Gado Sabi Yandoko, du décès de son conjoint. A son tour, l’imam porta la nouvelle à la connaissance du conseiller du village Yankpan-Bouyankou qui a ordonné l’inhumation, sans au préalable alerter les unités d’enquête préliminaire de Banikoara qui se sont mises sur l’affaire.
Entretemps, Soumaï Aliou Manou qui était en fuite s’était rendu de nuit au domicile du mari à sa sœur, Boukari Oumarou, à qui sa mère avait confié la garde des bœufs de son défunt époux. C’était pour s’emparer d’eux. Appréhendé par son beau-frère, Il fut ligoté et conduit au domicile de l’imam, avant de lui être confié. Au petit matin du lendemain, il n’y était plus.

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