Des centaines de personnes perdent la vie chaque année dans les conflits entre éleveurs et agriculteurs. Sensible aux dégâts causés par ces conflits liés à la transhumance transfrontalière, Dominique Gnimadi, responsable de la fondation Fondogni, fait l’état des lieux et propose des solutions pour limiter les dégâts. C’était à la faveur d’une conférence animée, ce mercredi 17 mai à Bohicon.

« La transhumance transfrontalière au Bénin : état des lieux, enjeux et responsabilités multi-acteurs ». Le responsable de la fondation Fondogni, Dominique Gnimadi, s’est prononcé sur cette thématique, ce mercredi 17 mai, à la faveur d’une conférence de presse. Il part d’abord du constat qu’au Bénin, la transhumance transfrontalière est un phénomène cyclique aux effets particulièrement désastreux qui est devenu un véritable casse-tête pour paysans, élus locaux et autorités centrales.
Selon lui, les dispositions règlementaires de l’espace communautaire (Cedeao et Uemoa) garantissent la libre circulation des personnes et des biens. A ce titre, des troupeaux entiers de bœufs traversent chaque année le territoire national de part et de d'autre, à la recherche de pâturage. Les axes de provenance des troupeaux de bœufs les plus connus sont le Niger, le Burkina Faso, le Togo et le Nigeria, avec des drames particuliers dans le département du Plateau, la région Agonlin, à Zogbodomey, Djidja et ailleurs dans le Zou. Ils dévastent tout sur leurs passages. Ils laissent derrière eux, ruines, pleurs, colère, pertes énormes de produits vivriers et surtout des pertes en vies humaines, signale Dominique Gnimadi. D'année en année, relève-t-il, la situation devient alarmante et devrait interpeller tous les compatriotes soucieux de préserver la sécurité physique, la sécurité morale et la sécurité alimentaire des populations. Citant une étude récente de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), le conférencier fait observer que les conflits résultant de la transhumance transfrontalière sont liés aux dégâts dans les champs, au vol de bétail, à l'utilisation des points d'eau, au foncier, à l'utilisation des aires protégées.

Conséquences et solutions

Entre autres conséquences de la transhumance, Dominique Gnimadi cite le prix du gari qui a flambé passant de 150 F la mesure à 250 F sur le marché local, parce que les bœufs des troupeaux transhumants broutent particulièrement les feuilles de manioc. De même, le pois d'angole (Klouékoun en langue fongbé) a pratiquement disparu des champs avec beaucoup d'autres légumineuses, à cause de l’invasion des bœufs.
Le conférencier estime que l’expérience a d'abord montré que la meilleure sécurité est celle assurée par soi-même. Les bœufs ne traversent presque jamais une palissade, une haie, une clôture pour aller créer des désastres, fait-il remarquer. Dominique Gnimadi propose alors aux paysans de protéger le pourtour de leurs espaces cultivés avec des essences forestières telles qu’acacia, eucalyptus, teck, jatropha et autres.
La sécurité étant la première redevance de l'Etat aux citoyens, le conférencier invite alors le Gouvernement à prendre des mesures qui s’imposent pour protéger les populations dans la lutte contre les effets pervers de la transhumance transfrontalière.
Les élus locaux, eux, devraient sécuriser leurs populations et surtout leurs biens (champs, maisons, cours d'eau et vies humaines) pour que l'économie locale serve effectivement au développement des communautés, préconise Dominique Gnimadi.
Alors, afin d’encourager les paysans à opter pour ses propositions, Dominique Gnimadi annonce que sa fondation met en place à partir de cette année des prix spéciaux pour motiver et encourager ceux qui se seraient illustrés dans cette lutte par cette voie ou d’autres plus pacifiques. Une dizaine de trophées Fondogni et des enveloppes financières seront décernés chaque année, aux paysans engagés pour cette cause de développement national, déclare-t-il?

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