Le décret N°2017-042 du 25 janvier 2017 portant traitement et régime indemnitaires applicables aux préfets et aux secrétaires généraux des départements et aux chargés de mission des préfets »  fait l’objet de polémique. Une décision sur laquelle revient Gervais N’dah Sékou, ancien préfet des départements de l’Atacora et de la Donga, à travers cet entretien.

Le Gouvernement de la rupture a revalorisé les primes des préfets et de leurs collaborateurs immédiats. Une décision qui suscite indignation dans certains milieux. En tant qu’ancien préfet, ces avantages vous semblent-ils justifiés ?

Le Béninois ne sera jamais satisfait, à mon avis. Nous avons fait, à notre époque avec les gouverneurs des pays voisins (l’équivalent de nos préfets ici) et lors des réunions, il nous était donné de constater comment ils étaient traités par leur Etat. Nous ressemblions à des boys à leurs côtés. Les avantages qu’ils avaient n’étaient rien comparativement aux nôtres. Ils venaient dans de belles voitures neuves, avec des collaborateurs en nombre suffisant. Le préfet de l’Atacora et de la Donga que j’étais n’avait qu’une carcasse et mes collaborateurs s’emmitouflaient dans une vieille bâchée. Je pense que c’est le minimum que l’on puisse donner aujourd’hui aux préfets de nos départements qui n’avaient que leur salaire de départ. Moi j’avais mon salaire d’enseignant à l’université, ce qui n’est pas mal par rapport à ce qu’avaient mes autres collègues. J’en connais qui n’avait pas autant et qui avait de la peine à s’en sortir. Quand nous nous retrouvions nous nous moquions de nous-mêmes. Nous nous qualifions d’oubliés de la République et parfois de pauvres gens de la République parce qu’il y avait beaucoup de problèmes sociaux auxquels il fallait faire face. En plus de cela, nos compatriotes entendant que tel monsieur est le représentant du chef de l’Etat et de tous les ministres du gouvernement, venaient lui poser leurs problèmes. Nous ne pouvions pas les chasser et nous nous dépouillions pour les satisfaire. Mais à la fin du mois c’était des problèmes à gérer dans nos foyers. Nous devrions à cet effet rendre hommage à nos épouses qui acceptaient le sacrifice. Le préfet est quand même le représentant du chef de l’Etat. Il lui faut une certaine prestance et une stature sur le plan physique et matériel qu’il puisse imposer lorsqu’il discute avec des gens et travailler confortablement sur le terrain. Nous étions comme des petits en face de nos homologues. Le Bénin est quand même un grand pays et il n’est pas normal de cultiver une telle indigence au sommet de l’Etat. Nos compatriotes doivent comprendre que celui qui a pris une telle mesure n’est quand même pas un imbécile. Il a certainement observé et réfléchi avant d’en arriver à cette décision. C’est le lieu de saluer cette décision et souhaité que partout d’autres cadres à certains niveaux puissent également se relever financièrement pour que le travail qui leur est demandé soit bien fait pour le bonheur de nos populations.

Parmi ces primes il y a l’indemnité de première installation unique, les frais de renseignement, de représentation et l’indemnité de sujétion. Des indemnités critiquées par nombre de personnes, arguant qu’elles sont exagérées. Partagez-vous cet avis ?

Les gens savent-ils ce qu’on appelle ‘’renseignement’’ ? Le préfet doit savoir ce qui se passe sur son  territoire et c’est grâce au renseignement qu’il va y parvenir. Si nous arrivons à garantir aux concitoyens la liberté d’aller et venir en toute sécurité et quiétude c’est grâce au renseignement. Nous ne pouvons rien faire sans disposer de la moindre information sur ceux qui entrent et sortent de nos territoires. L’information est la première arme pour l’autorité. Et le préfet qui est également chargé de la défense de son territoire, de la surveillance de ses frontières, de la gestion de ses populations dans les nombreuses contradictions, les difficultés, les plaintes, doit savoir ce qui se passe sur son territoire. Et ce n’est pas quelqu’un qui viendra le lui donner gratuitement.

Deux millions ou trois millions pour les renseignements c’est rien. Celui qui se montrera avare pourrait garder pour lui à peine 500.000 F CFA au regard de l’immensité de la tâche. Et si vous voulez conserver les frais de renseignement pour vous alors là vous avez de fortes chances de ne pas rester à votre poste au bout de deux jours. Vous serez vite envahi. On vous collera tellement de choses que vous ne pourriez jamais imaginer. Sans entrer dans les détails je pourrais même dire que ces montants pourraient même s’avérer insuffisants. Il faut saluer le Gouvernement qui a compris cela et accompagner le personnel préfectoral afin de lui permettre de bien faire son travail.

C’est un secteur bien budgétivore pour le préfet.

C’est le lieu de saluer nos forces de sécurité et de défense qui font un travail professionnel admirable en dépit des difficultés. La noblesse de leur fonction n’est point à montrer.

Valoriser la ressource humaine c’est lui donner les moyens afin qu’elle exerce mieux ses fonctions. Il faut que les salaires soient revalorisés et surtout qu’il y ait également une fermeté dans le respect des principes de gouvernance de notre administration. Il faut créer les conditions pour que la personne travaille et aie peur de la loi. Il faut être ferme dans l’application des lois.

Et pourtant vous n’avez pas eu autant de privilèges pour diriger le commandement…

Nous, nous étions des soldats de la première heure. Nous avons combattu avec des MASS 36 et mousquets, des armes d’époque mais aujourd’hui les gens ont des bombes atomiques. Mais est-ce pour autant qu’il faut en vouloir au monde d’avoir évolué ? Tant mieux s’il y a aujourd’hui des armes sophistiquées. Il faut s’en réjouir et non s’en plaindre. Nous avons travaillé à notre époque avec les armes qu’on avait à notre portée. Nous avons fait ce que nous pouvons. Et c’est pourquoi nous demandons à la jeune génération d’être plus efficace que nous maintenant que des moyens semblent être au rendez-vous.

 

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