Le Bénin s’est doté d’un Plan national de développement (Pnd) 2018-2025 adopté par le Conseil des ministres en sa séance du 24 octobre 2018 et qui a fait l’objet d’une séance de dissémination, lundi 14 janvier dernier à Cotonou. A cette occasion, le directeur général des Politiques de développement, Magloire Augustin Aguessy, est revenu sur le processus d’élaboration et a mis l’accent sur les tenants et les aboutissants de ce document qui se veut une nouvelle boussole pour l’action publique en vue de l’amélioration des conditions de vie des populations à moyen terme.

La Nation : Comment en est-on arrivé à l’élaboration puis, à la dissémination du Plan national de développement (Pnd) ?

Magloire A. Aguessy: La dissémination du Pnd est l’aboutissement d’un processus qui a mobilisé suivant une démarche participative et inclusive pendant un peu plus de douze mois, cadres de l’Administration centrale, déconcentrée et décentralisée à plusieurs niveaux, acteurs du secteur privé et de la société civile, membres du gouvernement ; institutions de la République ; Association nationale des communes du Bénin (Ancb), universitaires, leaders religieux, partenaires sociaux et universitaires ainsi que des partenaires au développement. Au cours de ce processus, nous avons sillonné les douze départements de notre pays pour écouter les différentes couches de la population sur les options de développement nécessaires à faire en rapport avec leurs aspirations. Les résultats auxquels nous sommes parvenus constituent les sentiers que le peuple béninois compte entreprendre pour accélérer la marche de notre pays vers la vision Bénin 2025 Alafia, les Objectifs de développement durable (Odd) à l’horizon 2030 et la Vision Africa 2063.

Quelle est l’importance ou la spécificité d’un tel outil dans un contexte où le Bénin disposait déjà de plusieurs instruments de planification à savoir la Vision « Bénin Alafia 2025 », le Programme de croissance pour le développement durable (Pc2d) 2018-2021, le Programme d’actions du gouvernement (Pag ‘’Bénin révélé’’) 2016-2021 ?

Depuis la Conférence des forces vives de la nation de février 1990, c’est la première fois que le Bénin parvient à se doter de cet important outil de planification pour les moyen et long termes qui a pour avantages, entre autres, de garantir la continuité et la cohérence de l’action de développement du gouvernement. En dotant le Bénin de cet important outil de planification, le ministère du Plan vient d’accomplir une partie essentielle de sa mission qui est d’impulser et de piloter le développement.
Prenant pour socle la vision Bénin 2025 Alafia, le Plan national de développement 2018-2025 intègre les nouveaux enjeux de développement économique et social au plan national, africain et international. Il est structuré autour de quatre thématiques majeures : le capital humain et le bien-être des populations ; la productivité et la compétitivité économiques ; l’environnement, les changements climatiques et le développement des territoires; et la gouvernance. A travers cette architecture, il exprime l’urgence de procéder à une approche intégrée des solutions à apporter aux défis actuels de développement et constitue un cadre favorable pour la consolidation et la durabilité des acquis du Programme d’actions du gouvernement (Pag) 2016-2021.

Que révèle le diagnostic qui a abouti à l’élaboration de ce plan ?

De façon succincte, au niveau du diagnostic stratégique de développement, il est constaté une croissance moyenne de 5% entre 2000 et 2015. Cette croissance confrontée à la forte croissance démographique qui est de 3,5 %, on note une aggravation de la pauvreté avec le taux de pauvreté passant de 36,2 % à 30,1 % entre 2011 et 2015. Ça veut dire que cette croissance n’est pas du tout inclusive. Il y a des inégalités de développement entre les régions et un manque d’opportunités d’emplois décents, l’accroissement du niveau de privations touchant plusieurs couches de la population. Il est vrai qu’on note une consolidation du cadre macroéconomique et la maîtrise des déficits mais on remarque qu’il y a encore une certaine vulnérabilité tout simplement parce que la moindre crise, même à côté au Nigeria, peut ébranler notre système économique. On remarque une dynamique du secteur privé et du développement des entreprises mais les progrès restent insuffisants. L’économie est très peu diversifiée et la transformation structurelle n’est pas véritablement au rendez-vous. On observe un faible développement du capital humain, malgré les progrès d’accès au niveau des secteurs éducatifs et du système de gestion sociale. Les progrès restent encore lents en matière de gouvernance économique et sociale, au regard des exigences...
L’évaluation à mi-parcours faite en 2011 qui a constaté un retard dans la mise en œuvre de la vision Bénin 2025 Alafia nous a permis de voir qu’il faut désormais miser véritablement sur notre potentialité, sur nos forces. Et quelles sont nos forces ? C’est notamment dans l’agriculture. Nous avons de vastes terres arables très peu exploitées. Nous avons des vallées, en l’occurrence celles du Niger, du Mono et de l’Ouémé que nous nous plaisons à dire que c’est la deuxième la plus riche après le Nil. Autant d’éléments dont nous n’arrivons pas à tirer profit. Au-delà de cela, nous avons des potentialités dans le domaine du tourisme. Il suffit de voyager pour constater qu’il y a des endroits qui drainent beaucoup plus de touristes alors que le Bénin regorge de beaucoup de potentialités et n’a rien à envier à ces endroits-là. Heureusement, le Programme d’actions du gouvernement a mis un accent particulier sur ce secteur. De plus, notre position géographique, stratégique, permet de tirer profit d’une plateforme de services que nous pouvons mettre en place.

Quel est l’objectif fixé à travers le Plan national de développement ?

L’option stratégique qui a été retenue au niveau du Pnd 2018-2025, c’est d’atteindre une forte croissance économique soutenue, inclusive et durable d’au moins 10 % en 2025 axée sur le développement de l’agro-industrie, des services et du tourisme dans un cadre de gouvernance nationale et locale plus efficace en misant sur le développement du capital humain sain, qualifié et compétitif et des infrastructures. Cela implique la diversification et l’élargissement des bases de production, des innovations dans certains créneaux porteurs accompagnés par des mesures incitatives en direction du secteur informel dans sa mutation vers le secteur formel et aux transformations structurelles économiques et sociales, touchant le capital humain et les modes de production et de consommation. Ce qui passe par des réformes qu’il faut poursuivre au niveau de la gouvernance politique et démocratique, de la fiscalité, de l’accès aux services sociaux de base, de l’environnement des affaires et du Code d’investissement. Car, nous faisons des efforts, mais, c’est insuffisant pour attirer les investisseurs. Il s’agira d’améliorer la productivité du secteur primaire, de développer les activités de transformation, les services intégrant les Technologies de l’information et de la communication (Tic), de relever le niveau du capital humain, afin de générer plus de richesses et d’emplois qualifiés en mettant en place des pôles de transformation de nos matières premières.

Un plan ne vaut en fait que par les résultats de son opérationnalisation. Que faut-il faire pour que les objectifs soient atteints ?

Si l’organisation d’un plan national de développement est un préalable important pour la mise en place de politiques et projets cohérents de développement, elle ne garantit pas pour autant sa réalisation. Ainsi, nous devons accorder une attention particulière au pilotage stratégique, à la mise en œuvre et au suivi-évaluation. La mise en œuvre conjuguée du Programme de croissance pour le développement durable (Pc2d) et du Programme d’actions du gouvernement pourra nous permettre d’obtenir les effets escomptés.
Je garde l’espoir qu’ensemble nous gagnerons le pari du Pnd et conjurerons ainsi le sort du pays qui élabore de très bons documents de planification mais qui peine dans la mise en œuvre.
Comptant sur le patriotisme et le sens de redevabilité de tous les acteurs de développement, le cap sur le processus de son opérationnalisation reste notre priorité.

Quels sont les outils de mise en œuvre, de suivi et évaluation du Pnd ?

Pour atteindre les objectifs et observer les effets conséquents, le Pnd sera opérationnalisé en deux phases : la première, de 2018 à 2021 à travers le Pc2d 2018-2021 et le programme d’actions du gouvernement 2016-2021 et la seconde, à travers le Pc2d 2022-2025, les plans, programmes sectoriels, programmes d’investissements publics ainsi que les plans de développement communaux (Pdc) en veillant à leur arrimage.
En ce qui concerne le dispositif de suivi et évaluation du plan, nous avons trois niveaux. Il y a d’abord, au niveau national, l’orientation stratégique et le pilotage technique avec le Conseil des ministres qui est la faîtière, le Conseil national d’orientation, le comité gouvernement-partenaires au développement et le comité technique de pilotage et de suivi. Au niveau du suivi des performances et des effets sectoriels, nous avons un comité sectoriel de pilotage et de suivi et évaluation dans chaque ministère et institution. Ensuite, au niveau décentralisé et déconcentré, il y a des comités départementaux et communaux de développement. Nous avons des outils de suivi-évaluation que sont les cadres de performances, les revues, les systèmes d’information. Comme inputs, nous avons retenu des assises régionales et nationales sur le suivi du Pnd tous les deux ans : soit en 2020, 2022, 2024 ; les rapports de progrès du Pag, du Pc2d, des Odd, de suivi de la Stratégie nationale de développement de la statistique de l’Institut national de la statistique et de l’analyse économique (Insae), qui viendront alimenter le rapport qui sera fait au niveau du Pnd.

Quid de la mobilisation des ressources pour le financement du plan ?

La mise en œuvre efficace du plan requiert une mobilisation plus accrue des ressources domestiques, la promotion du partenariat public-privé (Ppp), l’exploitation des instruments de financement innovants, l’instauration des guichets de financement spécialisés (environnement, santé, éducation…). Nous avons également, de façon traditionnelle, le recours au marché financier et aux partenaires techniques et financiers (Ptf), aux Ongs, aux fondations ; la participation de la diaspora.

Propos recueillis par Claude Urbain PLAGBETO

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