Avec le soutien des partenaires tels que le Pnud, l’Union Européenne et l’Usaid, le Front des organisations nationales de lutte contre la corruption (Fonac) a organisé, du jeudi 15 au samedi 17 juin dernier à Agoué, commune de Grand-Popo, les Journées nationales de la gouvernance. Cette première édition de partage d’expériences, entre personnalités de divers secteurs d’activités sur les forces et faiblesses du Bénin en matière de lutte contre l’impunité et la corruption, a été ouverte par le ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchané, représentant le président de la République.

Les Journées nationales de la gouvernance constituent un espace de dialogue sur l’existence et la mise en œuvre des règles, mécanismes et outils de promotion de la bonne gouvernance. Sa toute première édition sur le thème : « Gouvernance et lutte contre l’impunité au Bénin, états des lieux et défis » a permis de cerner davantage quelques formes de mauvaise gouvernance facilitée par le phénomène de la corruption dont les manifestations et les conséquences étaient mises en lumière. Elle a été surtout utile pour l’identification des écueils relatifs à la lutte contre l’impunité dans quelques secteurs d’activité. C’est le cas au niveau des professionnels de la Santé, de la Justice, de la passation des marchés publics, de la fourniture de l’eau et des acteurs devant combattre la vente des médicaments illicites. Des échecs relatifs aux tentatives de découragement des fonctionnaires épinglés dans des cas établis de corruption ou de violation de l’orthodoxie de gestion, ont été revisités à travers des communications et débats décomplexés ayant meublé les trois jours de travaux à Agoué.
Au total, six panels et deux communications étaient programmés. Ces dernières ont porté sur les thèmes « Gouvernance et développement » et « L’évaluation et le plan d’action du Système national d’intégrité (Sni) au Bénin».
Si les participants se sont plaints d’avoir, pendant longtemps, prêché dans le désert, ils comptent sur le régime actuel pour inverser la tendance. « Les déclarations du chef de l’Etat, en matière de promotion d’une meilleure gouvernance politique et économique, offrent une occasion unique d’espérer un changement qualitatif dans la méthode de gouvernance et dans la lutte contre la corruption et l’impunité au Bénin », a déclaré Jean-Baptiste Elias, président du Front des organisations nationales de lutte contre la corruption (Fonac). L’organisation des présentes assises, retient-il, se fonde non seulement sur cette espérance mais aussi sur la nécessité de faire front contre la propension de la corruption qui sape le développement du pays. Jean-Baptiste Elias illustre cette propension : « Les résultats de l’indice de perception de la corruption de Transparency international de 2015 et 2016 montrent que le Bénin est resté en dessous de la moyenne requise. Il a réuni 37 points sur 100 en 2015 et 36 points sur 100 en 2016 ».
Par ailleurs, le président du Fonac rappelle que des responsables d’entreprise interrogés, dans le cadre du rapport du Forum mondial portant sur la même période 2015-2016, ont déclaré que « La corruption est le principal obstacle aux affaires, viennent ensuite les difficultés d’accès au financement et la mauvaise performance de l’Administration ».
Mais l’éradication de la corruption, tout comme la promotion de la bonne gouvernance, est l’affaire de tous et constitue une lutte de longue haleine, ont retenu les travaux d’Agoué. Le Fonac et ses hôtes ont donc adopté l’institutionnalisation des Journées nationales de la gouvernance telle une rencontre annuelle de vérité, au titre des résolutions devant donner un nouveau souffle à leur combat. Le rapport général a été présenté par Gilles Badet, secrétaire général de la Cour constitutionnelle.

Il faut que le Bénin quitte l’anormalité

Le ministre Joseph Djogbénou, représentant du chef de l’Etat à la cérémonie de clôture des assises, a estimé, au regard de la qualité des échanges et des profils des personnalités (ministres, députés, universitaires, experts étrangers, représentants des présidents des institutions de la République) qu’il était utile d’organiser les Journées nationales de la gouvernance. Joseph Djogbénou relève toutefois que : « Les dialogues et résolutions ne sont pas suffisants pour mettre fin à la corruption et faire prévaloir la bonne gouvernance. Il faut de l’engagement individuel à respecter les textes de loi. Cet engagement qui trouve normal, dans le cadre de la lutte contre la corruption, que le ministre en charge de la Justice n’interfère pas dans une procédure judiciaire ouverte contre un présumé, fût-il, son partenaire politique, son coreligionnaire, son parent ou une personnalité supposée adversaire politique. Un engagement à éviter de solliciter des interventions pour placer des proches dès l’annonce des concours de recrutement, dans la Fonction publique. Il faut que nous acceptions courageusement que le Bénin quitte l’anormalité pour la normalité, en engageant le débat sur notre rapport à la notion de l’Etat. »
Jean-Baptiste Elias abonde dans le même sens pour en appeler à l’appropriation de cet engagement par chacun des participants. « Nous ferons un bilan des efforts individuels, au cours de la prochaine édition », a-t-il suggéré.

L’Exécutif en première ligne du front

« La bonne gouvernance est un levier indispensable pour le développement », a toujours martelé le président de la République, aux dires du ministre d’Etat, Abdoulaye Bio Tchané, qui l’a représenté à l’ouverture des Journées nationales de la gouvernance. Pour lui, l’engagement du chef de l’Etat à soutenir la lutte contre l’impunité et la corruption est ferme. Le régime est crédité de quelques actes en lien avec une telle vision. Le ministre d’Etat cite, entre autres, la création de la Cellule de voyages officiels en vue de rationaliser la gestion des coûts et éviter les surfacturations puis la révision du Code des marchés publics pour y introduire, selon lui, plus de professionnalisme, plus de transparence et plus de célérité. Le ministre d’Etat évoque également des mesures en perspective pour renforcer le dispositif de lutte. Il s’agit de la réforme du cadre institutionnel des corps de contrôle de l’Etat et la prise de mesures en faveur de leur professionnalisation et la meilleure coordination des interventions. Font également partie des actions en vue la mise en place d’un pôle financier dans la chaîne pénale pour professionnaliser et accélérer le traitement des dossiers de corruption ou de crimes économiques et financiers, la dépolitisation de l’administration publique, le renforcement de la transparence budgétaire et la promotion du développement de mécanisme de contrôle citoyen de l’action publique. Le ministre Abdoulaye Bio Tchané n’a pas manqué d’évoquer la réforme de la loi constitutionnelle qui devra, le cas échéant, permettre la création de la Cour des comptes, l’organisation du régime de l’immunité des acteurs politiques, le dispositif pour le financement public des partis politiques et le rééquilibrage des pouvoirs au niveau des institutions de la République.
L’édition de 2018 du forum sera l’occasion d’évaluer les réalisations concrètes au niveau des différentes catégories d’acteurs de promotion de la bonne gouvernance, a prévenu Jean-Baptiste Elias qui gage que des partenaires ont marqué leur accord de financement pour que l’initiative se perpétue.

Évaluer cet élément
(0 Votes)
Lu 63 fois