19 mai 2015-19 mai 2017, il y a deux ans, le peuple béninois retenait son souffle pour l’élection du président de l’Assemblée nationale, septième législature. Un vote qui a consacré, la victoire sur le fil du rasoir de Me Adrien Houngbédji et a propulsé l’opposition d’alors au-devant de la scène politique. L’élection du président Patrice Talon en avril 2016 sera le sacre de ce combat politique.

Jamais une élection du président de l’Assemblée nationale n’aura focalisé les attentions comme celle de la septième législature qui s’est déroulée dans la nuit du mardi 19 mai au petit matin du mercredi 20 mai 2015. Le combat était rude entre l’opposition politique d’alors et le régime au pouvoir de Boni Yayi. Un duel à mort sur fond de peur et d’hystérie pour la survie de la démocratie béninoise. Aucun des deux camps ne voulait perdre le perchoir. Toutes les stratégies étaient bonnes pour atteindre son objectif. L’issue de cette élection était suicidaire pour l’un ou l’autre des deux blocs. L’ex-président de la République, Boni Yayi, numériquement handicapé puisque n’ayant que 36 députés alliés sur les 83, s’est personnellement investi pour faire passer son poulain, son ministre de l’Economie et des Finances, Komi Koutché, 39 ans, face à Me Adrien Houngbédji sur qui l’Opposition politique d’alors avait jeté son dévolu. Mais il y aura eu plus de peur que de mal à l’arrivée. Le candidat Me Adrien Houngbédji a été élu par un score étriqué, d’une voix d’écart : 42 suffrages contre 41 pour le plus jeune des ministres du Gouvernement Yayi. Le leader charismatique du Parti du renouveau démocratique venait ainsi d’être porté au perchoir pour la troisième fois, après les première et troisième législatures qu’il avait dirigées.
L’hymne national entonné, cette nuit du mardi 19 au mercredi 20 mai 2015, était révélateur de ce que cette victoire, fût-elle étriquée, des forces coalisées de l’opposition était un signal fort lancé au régime de la Refondation désormais en perte de vitesse. En effet, cette victoire va beaucoup peser dans la suite de l’actualité politique. Aussi, l’élection de Me Adrien Houngbédji aura-t-elle favorisé tant soit peu la décrispation de la tension sociopolitique devenue délétère, suite aux menaces d’arrestation du magnat du coton, Patrice Talon, par le président Boni Yayi. Une situation ayant obligé le richissime homme d’affaires à s’exiler en France pour se mettre à l’abri des représailles. Il ne rentra au bercail qu’à la fin de 2015. Patrice Talon sera ensuite élu président de la République à l’issue de l’élection présidentielle d’avril 2016. Tous les analystes politiques s’accordent à reconnaître que l’élection du président de l’Assemblée nationale, le 19 mai 2015, a ouvert une nouvelle ère sur la démocratie béninoise. Car, ce n’est pas évident que le successeur du président Boni Yayi sortirait des rangs des forces de l’Opposition si c’était Komi Koutché qui avait gagné le perchoir. Le risque de caporalisation de l’Assemblée nationale par Boni Yayi qui n’avait pas encore dit son dernier mot par rapport à son obsession à réviser la Constitution béninoise pour certainement s’offrir un troisième mandat, était grand. Ainsi, si l’alternance politique a été facile en 2016, l’élection du 19 mai 2015 en a été pour beaucoup.

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