L’intérêt du bilan de santé n’est pas toujours perçu de tous. Pourtant, cet exercice annuel est une garantie de longévité. Dr Stamaël Makoutodé, médecin de travail, explique ici son importance.

La Nation : Qu’est-ce qu’un bilan de santé ?

Dr Stamaël Makoutodé : Quand on parle de bilan de santé, on y voit deux aspects. Le premier, c’est que vous avez été en consultation pour un mal et le médecin vous a demandé de faire des analyses. Dans ce cas de figure, le thème bilan de santé n’est pas approprié. On parlera plutôt des analyses biomédicales pour approfondir son diagnostic ou son traitement. Mais en réalité, lorsqu’on parle de bilan de santé, on pense à un bilan systématique que nous devons faire un certain nombre de fois par an. Le bilan de santé renvoie aussi à un ensemble d’analyses et d’examens qui permet d’anticiper sur un problème de santé. Il permet de prévenir certaines maladies et d’adapter le travail du patient au sein de l’entreprise.

Quel est l’intérêt du bilan de santé ?

Le bilan de santé permet de maintenir les gens en forme. Cet exercice annuel permet au médecin d’apprécier le travail professionnel du patient par rapport à son âge. Ce n’est pas à l’heure du recrutement qu’il faut recourir au bilan de santé.

Quelle catégorie de personnes peut faire le bilan de santé ?

Le bilan de santé dépend de trois facteurs : l’âge, les antécédents médicaux et le métier qu’exerce le patient. Le bilan qu’un médecin va demander à un journaliste sera différent de celui qu’il fera à un cadreur ou à un travailleur d’usine par exemple. La démarche varie également lorsqu’il s’agit d’un diabétique ou d’un asthmatique. A partir de 16 ans, tout le monde peut faire son bilan de santé. Travailleur ou non, tout individu doit faire son bilan de santé au moins une fois par an.

Que diriez-vous alors à ceux qui prétextent du stress des résultats des différentes analyses pour le négliger ?

La première des choses, c’est de savoir que le bilan de santé vise d’abord à protéger celui qui le fait. En le faisant, vous allez découvrir que vous êtes en forme ou vous êtes malade. Les 99% des cas révèlent que toutes les maladies détectées aujourd’hui, surtout quand elles sont précoces, doivent être traitées. Lorsqu’on procède au dépistage précoce, le traitement est facile. La date du bilan de santé dépend de l’organisation individuelle et personnelle. Il est préférable de choisir une date ou une période dans l’année pour le faire. C’est le bilan initial qui va démontrer si le patient est hypertendu, ou s’il a la goutte. L’article 197 du chapitre 4 du Code du travail oblige l’employeur qui a au moins trente employés à procéder aux visites médicales obligatoires. Ces visites sont adaptées au poste de travail et à la personne. L’employeur peut changer de poste à son employé au sein de l’entreprise au terme d’un bilan de santé. On appelle ça les aménagements de postes. Le médecin de travail n’est pas obligé de dire à l’employeur ce pourquoi il faut lui changer de place. Lorsqu’on parle de bilan de santé, il y a aussi ce qu’on appelle les visites de reprises de poste. Ce volet prend en compte les personnes qui quittent momentanément l’entreprise pour des raisons de missions,de voyages, ou d’arrêt de travail,… et qui peuvent y revenir avec des maladies endémiques. Au titre de ces maladies, on peut citer la varicelle, la conjonctivite, etc. En principe, lorsqu’un employé s’absente de son poste de travail pour ces différents motifs, à son retour, il doit chercher à rencontrer un médecin pour une visite.
Les gens ne doivent pas avoir peur du bilan de santé. De nos jours, il n’y a pas de maladiessans solution médicale. C’est encore mieux de le savoir et de le prendre en charge plutôt que de traîner les pas pour faire face après aux conséquences désastreuses. Il vaut mieux prévenir que guérir.

Mais le bilan de santé a un coût ?

Aujourd’hui, on chiffre le bilan de santé entre 60 et 100 mille francs. Et il existe suffisamment de laboratoires sérieux à Cotonou qui peuvent le faire. Mais n’oubliez pas, il faut toujours commencer le bilan de santé par un médecin et même au terme dudit bilan, il faut toujours lui exiger un rapport médical qui atteste que vous avez été vraiment reçu. Cela sert de pièce au patient qui peut le fait valoir à des postes.

Quels risques court celui qui ne fait pas son bilan de santé ?

Celui qui ne fait pas le bilan de santé court un grand risque. Il sera étonné de tomber gravement malade et on ne pourra rien pour lui. Il n’y a pas de maladies que l’homme contracte brusquement. Ça n’existe pas. C’est comme la moto ou la voiture. Il n’y a aucune panne brusque sur un véhicule. Ça prévient toujours comme la maladie. Donc quelqu’un qui fait un bilan de santé régulièrement ne serait-ce qu’une seule fois par mois, peut anticiper sur des maladies graves. Si je suis hypertendu et que je ne fais pas du tout de visites, de consultations et des analyses biomédicales, c’est le jour où je ferai un accident cardio-vasculaire (AVC), que tout le monde se rendra compte que je souffrais de l’hypertension. Donc c’est très important de faire le bilan de santé et que l’employé sache qu’il a des droits dans ce sens.

Beaucoup d’employés ne le savent pas

Il y a les délégués du personnel qui doivent pouvoir former avec leur direction ce que nous appelons le Comité d’hygiène, de santé et de sécurité dans l’entreprise (CHSST). C’est dans ce creuset là qu’on défend tout ce qu’il faut pour la santé et la sécurité au travail, d’où la visite médicale.

Quels sont les examens qui constituent le bilan de santé ?

Pour faire le bilan de santé, il faut commencer par le médecin généraliste ou le médecin de travail et selon les résultats obtenus. Ces derniers peuvent vous renvoyer vers les spécialistes. Pour quelqu’un qui a un problème de cœur, il sera envoyé chez le cardiologue. Il y a le bilan sanguin qui nécessite la prise de sang et qui prend en compte plusieurs analyses. Après ça, il y a le bilan urinaire, qui passe par la prise de l’urine. Ce bilan permet de détecter les germes se trouvant dans l’urine, et d’apprécier le taux de sucre que renferme l’urine. Passée cette étape, on va procéder à la prise de selle parce qu’il y a des maladies qui se manifestent par la selle. Il faut maintenant procéder aux mesures biométriques, qui consistent en la prise de la taille, du poids et du calcul de l’indice de masse corporelle. S’ensuit le test visuel. Il faut ensuite interroger le cœur et le poumon pour faire ce qu’on appelle l’électrocardiogramme (OCG) qui renseigne sur l’électricité du cœur. Du poumon, on peut aller jusqu’à la radio parce qu’on va faire l’exploration fonctionnelle respiratoire qui permet de voir votre puissance respiratoire.
En termes d’examens entrant dans le cadre du bilan de santé chez la femme par exemple, nous parlerons du cancer du col de l’utérus, des tumeurs et du cancer du sein. Chez l’homme, nous parlerons du cancer de la prostate. Celui qui fait le bilan de santé une fois par an, s’achète ainsi la longévité. Le bilan de santé est un examen pluridimensionnel.

Quels conseils pouvez-vous prodiguer aux populations pour qu’elles comprennent l’intérêt du bilan de santé ?

Je donnerai trois conseils essentiels. Premièrement, il importe que les gens cessent l’automédication. Un mal de tête peut faire penser à un minimum de 15 maladies. Or, nous nous jetons pour traiter le palu et la fatigue. Deuxièmement, il ne faut pas négliger les examens que demande le médecin après diagnostic. Et troisième chose, je vais vous emprunter l’adage qui dit que mieux vaut prévenir que guérir. Il vaut mieux savoir que de ne pas savoir. En faisant le bilan de santé vous prévenez la survenue de toutes les maladies ou lorsque les maladies sont là, vous les prenez en charge plus tôt.

Propos recueillis par Maryse ASSOGBADJO

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