Le Secrétariat permanent du Conseil national de l’alimentation et de la nutrition (Sp-Can) replace la lutte contre la malnutrition au cœur des enjeux de développement au Bénin. C’est à travers l’atelier de dissémination des résultats du rapport d’étude portant sur "Les rôles et normes de genre dans la production, la consommation et la santé au Bénin". Les assises qui se sont tenues jeudi 13 octobre à Cotonou, visent à faire un éclairage sur les conditions nutritionnelles alarmantes des communautés béninoises et de proposer des actions. Marraine de l’évènement, Bertille Marcos-Guèdègbé.

Investir dans la malnutrition ou condamner le Bénin au sous-développement ? Le pays a désormais le feu aux fesses pour entrevoir une riposte urgente et efficace contre la maladie, tant il est un facteur de baisse de croissance économique. Les données révélées sur le phénomène par la Note de politique du Secrétariat permanent du Can sont assez édifiantes. Tenez ! Chez les enfants de moins de cinq ans, la prévalence de la malnutrition chronique est de 43% dont 37% chez les filles et 44,6% chez les garçons. Plus de la moitié des enfants de 6 à 59 mois (58%) et 41 % des femmes sont atteints d’anémie. Il s’ensuit que le phénomène porte dangereusement atteinte à la santé, à la vie et limite les efforts en matière de lutte contre la pauvreté.

« Un chiffre qui donne froid dans le dos, c’est que…913 milliards de Fcfa de pertes économiques lui sont attribuables sur cinq années si rien n’est fondamentalement fait pour inverser la tendance», révèle le ministre en charge de l’Agriculture, représentant le ministre d’Etat, secrétaire général à la Présidence de la République, Delphin Koudandé. Pis, l’insécurité nutritionnelle touche 61 des 77 communes du pays.
La malnutrition se révélant un facteur de pauvreté et de sous-développement, il importe au pays de désamorcer la bombe en agissant prioritairement sur les tendances lourdes notées à ce niveau. En la matière, le cri de cœur du Sp-Can aussi résonnant et persistant qu’il soit ne suffit pas pour mener le combat. D’où sa sollicitation en direction des maires et élus communaux, des Ong et divers acteurs du monde nutritionnel pour partager des réflexions communes dans ce sens. Pour gagner davantage le pari, la place des femmes dans la lutte pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle ne saurait être banalisée. Or, cette démarche n’est pas toujours adoptée au Bénin, du moins le pays n’exploite pas à sa juste valeur le potentiel nourricier et reproducteur des femmes pour relever ce challenge. Il s’agit-là d’un gaspillage d’énergies et d’opportunités pour la société, dénonce le représentant du ministre d’Etat. D’où la problématique « des rôles et normes de genre dans la production, la consommation et la santé au Bénin ».

Prospérité partagée

Le combat en faveur de la bonne nutrition, la Banque mondiale en a également fait l’une de ses boussoles en matière de lutte contre la pauvreté.De ce fait l’investissement conséquent en la matière devient un facteur déterminant. « Si nous n’investissons pas dans les 1000 premiers jours de la vie de l’enfant, il est condamné à devenir… un fardeau social », explique le représentant de la Banque, Menno Mulder-Sibanda. Les enfants qui échappent à la malnutrition chronique ont 50% de chance d’échapper à la pauvreté à l’âge adulte, et la réduction du taux de malnutrition chronique augmente de 4 à 11% le taux du PIB en Afrique, apprécie-t-il. Pour lui, l’investissement dans la nutrition renforce la prospérité partagée. Il va falloir rapidement réduire le taux de retard de croissance des enfants des pays d’Afrique subsaharienne, dont celui du Bénin, en accordant aussi une attention particulière aux femmes, insiste-t-il.
La mise en place du Can intervient comme une réponse à ces enjeux. Pour son secrétaire permanent, Roch Mongbo, la bonne éducation voudrait que l’enfant ne laisse transparaître aucun signe des privations alimentaires qu’il subirait dans sa chair. S’il est de plus en plus assimilé au sein de la société que la taille courte de l’enfant est un héritage génétique, il l’attribue plutôt à un retard de croissance de l’enfant. Mais la taille courte ou le surpoids de l’enfant n’est que la face visible de l’iceberg. Sur ce point, l’éclairage du Sp-Can intègre les conséquences sanitaires fâcheuses auxquelles l’enfant fait face à l’âge adulte.Il indique par ailleurs que la malnutrition de l’enfant dépend de la manière dont sa mère a conduit sa grossesse et comment elle l’a alimenté durant les deux premières années de sa vie. C’est ce qui explique l’intégration du genre au volet nutritionnel. Toutefois, les investissements en ce qui concerne la sécurisation des ménages au plan alimentaire et nutritionnel restent une épine dans la botte des acteurs à divers niveaux. Là-dessus, l’étude de dissémination du Sp-Can propose une palette de recommandations, en vue de son appropriation par les différentes parties prenantes. Entre autres, l’identification de stratégies novatrices pour infléchir la situation et les rôles des responsables dans leur mise en œuvre et le renforcement des rôles des autorités décentralisées en matière de sécurité nutritionnelle?

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