La communauté internationale célèbre le 25 avril prochain, la Journée mondiale de lutte contre le paludisme sur le thème «Investir dans l’avenir. Vaincre le paludisme». Le Bénin ne restera pas en marge de la célébration de cet évènement pour lequel l’Organisation mondiale de la Santé appelle à un engagement de haut niveau pour réaliser la vision d’un monde exempt de cette maladie.

«Le paludisme demeure un véritable problème de santé publique et constitue un frein au développement de notre pays le Bénin, de par les pertes en vies humaines, les coûts directs et indirects des soins, en journées de travail perdues», soutient le ministre de la Santé, Dorothée A. Gazard dans le document du Programme national de lutte contre le paludisme. Pour elle, première cause de recours aux soins dans les formations sanitaires avec un taux de 37%, le paludisme ne pourra être contrôlé que si on œuvre à l’harmonisation et à la conjugaison des efforts. Ainsi, la prochaine Journée mondiale de lutte contre le paludisme sera l’occasion pour faire le point des progrès accomplis en matière de prévention par rapport à cette maladie.
Alors que d’énormes progrès ont été réalisés ces dernières années dans le cadre de cette lutte, la maladie continue de faire des dégâts dans le monde notamment en Afrique où elle tue chaque année près d’un demi-million d’enfants de moins de 5 ans.
Les efforts pour la combattre et l’éliminer au plan mondial ont permis de sauver 3,3 millions de vies depuis l'année 2000, en réduisant les taux de mortalité palustre de 42% au niveau mondial et de 49% en Afrique. Un engagement politique accru et un financement élargi ont contribué à réduire son incidence de 25% au niveau mondial et de 31% en Afrique.
Malheureusement, le paludisme tue encore, selon les estimations, 627 000 personnes chaque année, principalement des enfants de moins de cinq ans en Afrique subsaharienne. Sur la planète, des millions de personnes n’ont toujours pas accès à la prévention et au traitement tandis que la plupart des cas et des décès ne sont ni notifiés, ni enregistrés.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la communauté sanitaire mondiale doit aussi s’intéresser de près aux obstacles systémiques et techniques que constituent la faiblesse inhérente aux systèmes de santé qui peut se traduire par une surveillance épidémiologique insuffisante et une réglementation pharmaceutique limitée. Il y a aussi le manque de moyens techniques et de ressources humaines adaptés, la forte prévalence des infections asymptomatiques, qui contribuent à la transmission de la maladie, la complexité biologique des parasites du paludisme ainsi que la diversité des vecteurs et de leurs comportements.

Stratégie technique mondiale de 2016 à 2030

Le partenariat «Faire reculer le paludisme» vient d’élaborer un projet de stratégie pour l’après 2015 qui sera présenté à l’Assemblée mondiale de la Santé en mai prochain pour adoption. Cette nouvelle stratégie vise à faire baisser de 90% le nombre des cas et des décès dus au paludisme d’ici 2030 par rapport aux niveaux actuels. Le projet de stratégie de lutte contre le paludisme 2016-2030 est un cadre global destiné à tous les pays, pour élaborer des programmes ciblés afin d’éliminer plus rapidement le paludisme. Il repose sur trois piliers assortis de deux éléments d’appui.
Le premier pilier consiste à garantir l’accès universel à la prévention, au diagnostic et au traitement du paludisme.
Il s’agira d’étendre toutes les interventions de lutte antipaludique de base à toutes les populations de base, c’est-à-dire, la lutte anti-vectorielle, la chimio-prévention, les tests de diagnostic et de traitement. La couverture universelle est un principe fondamental du projet de stratégie et s’applique à toutes les interventions de base. Le projet de stratégie recommande une stratification selon le risque lié au paludisme, qui permettrait de s’adapter aux contextes locaux et de faire un bon usage des ressources. Afin de garantir l’efficacité à long terme des interventions de base, les pays sont instamment invités à intensifier leurs efforts de prévention et de gestion des problèmes biologiques, comme la résistance aux médicaments, aux insecticides et à la diversité comportementale des vecteurs ; retirer du marché tous les médicaments antipaludiques inefficaces et tous les produits de lutte anti-vectorielle qui ne répondent pas aux normes ; et généraliser les tests de diagnostic et le traitement dans les communautés. Le projet de stratégie appelle également à l’élimination du paludisme.

Accélérer les efforts

Le second pilier consiste à accélérer les efforts vers l’élimination et vers l’obtention du statut exempt de paludisme.
En effet, en plus d’étendre les interventions à l’ensemble des populations à risque, tous les pays devraient intensifier leurs efforts en vue d’éliminer la maladie, en particulier dans les zones de faible transmission. Le projet de stratégie recense les priorités de l’élimination, soulignant entre autres combien il est important de renouveler l’engagement politique et de renforcer la collaboration transfrontalière. Parallèlement, les pays devraient s’efforcer de diminuer la transmission du paludisme en réduisant le nombre d’infections par l’application de stratégies comme la chimiothérapie bloquant la transmission pour le paludisme à falciparum, ou le traitement radical pour le paludisme à vivax.
Pour ce qui concerne le troisième pilier, il permettra de faire de la surveillance du paludisme une intervention de base. Le renforcement de la surveillance du paludisme est un aspect indispensable de la planification et de la mise en œuvre des programmes et un facteur crucial pour accélérer les progrès. Tous les pays d’endémie palustre et ceux où la maladie pourrait réapparaître, devraient posséder un système efficace de surveillance du paludisme afin d’affecter les ressources aux populations les plus touchées, de recenser les carences de la couverture programmatique, de détecter les flambées épidémiques et d’évaluer l’impact des interventions en vue de réorienter la planification et la mise en œuvre des programmes. Les pays devraient fortement renforcer la surveillance du paludisme pour en faire une intervention de base.


Quelques éléments d’appui

A l’appui des trois piliers, les pays touchés et la communauté mondiale de la lutte antipaludique devraient mettre à profit l’innovation et développer la recherche fondamentale et clinique. L’innovation dans la mise au point des produits et la prestation des services doivent contribuer fortement à accélérer les progrès. La recherche fondamentale est essentielle pour mieux comprendre les parasites, les vecteurs et pour mettre au point des produits de diagnostic et des médicaments antipaludiques plus efficaces, des méthodes de lutte antivectorielle améliorées et novatrices, et d’autres outils tels que des vaccins. La recherche sur la mise en œuvre, quant à elle, sera indispensable pour optimiser l’impact et le rapport coût/efficacité et faciliter une adoption rapide des nouveaux outils par les populations à risque. Le projet de stratégie décrit les besoins en recherche et en innovation pour les trois piliers.
Favoriser un environnement propice, est le second appui aux différents piliers décrits ci-dessus. Un engagement politique solide, un financement durable et une collaboration multisectorielle accrue sont la clé des progrès futurs. Le renforcement global des systèmes de santé et la mise en place d’un environnement plus favorable aideront à optimiser les mesures nationales de lutte antipaludique et favoriseront l’adoption et l’introduction rapides de nouveaux outils et stratégies. En retour, l’expansion des interventions de lutte antipaludique peut servir de point de départ pour renforcer les systèmes de santé, y compris du point de vue de la santé de la mère et de l’enfant, puis des services de laboratoire, ainsi que les systèmes d’information sanitaire et de surveillance. En outre, l’autonomisation des communautés comme la présence de personnels de santé qualifiés et de cadres réglementaires solides sont des piliers indispensables au succès.

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