Il est un plaisir d’avoir chez soi un ou des animaux de compagnie comme le chien ou le chat. D’aucuns disent qu’il joue un rôle protecteur et même social. Pourtant, cette collaboration n’est pas sans danger. Urbain Fanou, Dr vétérinaire en clientèle privée, responsable de la clinique et pharmacie vétérinaire Bon Pasteur à Cadjèhoun, attire l’attention des lecteurs sur les risques liés à une vie commune avec les animaux.

La Nation : Dr Urbain Fanou, la vie commune avec des animaux a-t-elle des risques ?

Urbain Fanou : Les animaux de compagnie sont bien nombreux. Bien que les chiens soient largement considérés comme les meilleurs compagnons de l’homme, ils présentent généralement des maladies très dangereuses transmissibles à l’homme. On ne peut nier depuis la nuit des temps la passion de l’homme pour les chiens de compagnie qui ne cesse de s’intensifier. Car ils jouent un rôle de plus en plus important dans notre société. Compagnon de vie, l’animal de compagnie représente bien plus que ce qu’on peut souvent imaginer dans la société. Le rôle du chien de protection est de dissuader tout intrus d’approcher les biens de son propriétaire. Il n’hésite pas à intervenir si l’étranger ne tient pas compte de ses aboiements qui correspondent à des mises en garde.
Au-delà du chien et du chat, on peut citer le cheval, le perroquet, le singe, le varan, le boa et bien d’autres selon le choix de l’homme. Lorsque je parle du boa ou de la tortue, cela peut paraître étrange. Mais il y a des gens qui vivent avec le boa des sables, le boa ordinaire ou le varan. Mais tous ces animaux de compagnie ont des maladies spécifiques qu’ils peuvent transmettre entre eux et à l’homme. C’est là qu’on commence par parler des zoonoses, qui sont des maladies et infections dont les agents se transmettent naturellement des animaux vertébrés à l'homme et vice-versa.
Lorsque je prends la rage, elle est une maladie dangereuse et transmissible à l’homme. Elle est une maladie commune aux animaux à sang chaud. Ceux qui ne font pas la rage sont ceux qui prennent la température du milieu ambiant. Comme animaux à sang chaud, on peut citer entre autres le chien, le chat, les bœufs et les chevaux. Mais quand je prends le poisson, il prend la température du milieu ambiant; donc on suppose qu’il ne fait pas la rage. Mais, la rage a plusieurs signes cliniques. Il y a la rage paralytique et la rage silencieuse. Il y en a d’autres qui se manifestent avec beaucoup plus d’agressivité. Par contre, il en existe d’autres qui ne sont pas aussi agressifs, mais il y a un changement de comportement au fond. La particularité de la rage, c’est que lorsque la maladie est déclarée avec les signes cliniques, il est une évidence qu’on ne peut plus sauver celui qui est atteint. C’est ça la particularité de la rage. Par contre, on peut la prévenir. Je suppose un chien qui fait la rage, qui a mordu quelqu’un par exemple, on peut sauver cette personne parce que la personne n’a pas encore commencé la rage aussitôt après la blessure. Mais si la personne commence par aboyer, c’est que les signes cliniques sont déjà là et on ne peut plus rien faire.

En dehors de la rage, quelles sont les autres maladies que peuvent transmettre les animaux de compagnie ?

Il n’y a pas que la rage qui soit la maladie dangereuse transmissible de l’animal à l’homme. Il existe beaucoup d’autres maladies. Chez le chien, par exemple, il y a la maladie de carré qui peut tuer le chien même. C’est cette maladie qui est encore appelée la maladie du jeune âge. Le chien atteint de cette maladie a parfois quelques boutons sur le corps. Il y a l’hépatite également chez le chien de même que la leptospirose et le parvovirus B19. Ce dernier est un virus pathogène pour l'homme, responsable d'infections généralement bénignes. Outre l’érythème, l’infection peut également provoquer des arthropathies qui sont plus fréquentes chez les adultes. La virulence de l’infection est plus importante chez les patients immunodéprimés et en cas de transmission materno-fœtale.
Les infections à parvovirus B19 se manifestent dans des zones à climat tempéré par des poussées épidémiques environ tous les deux à quatre ans. 50 à 60 % des femmes en âge de procréer présentent des marqueurs sérologiques d’infection passée. Pendant la grossesse, l’infection par le parvovirus B19 peut être responsable d’avortements spontanés, d’anémies fœtales majeures avec anasarque fœto-placentaire et de mort in utero. La transmission du virus se fait principalement par voie respiratoire et également par le passage transplacentaire du virus de la mère au fœtus et se produit dans un tiers des cas de primo-infection chez une femme enceinte.
L’infection à Toxocara Canis est également courante, surtout chez les chiots. Dangereuse pour la santé des enfants, cette pathologie est due à un ver qui pond des œufs. Ces derniers restent accrochés dans les poils du chiot au moment où il évacue ses excréments. Lors de contact avec le chiot, ces œufs se collent facilement à la peau de l’homme et se transforment en larves qui pénètrent la peau et se propagent dans le sang.
La teigne aussi est une pathologie fongique qui touche la peau du chien et elle se transmet directement par contact. Parmi ses symptômes, vous pouvez constater des plaques rouges et des démangeaisons.
A cela s’ajoute la leptospirose qui est une bactérie présente dans l’urine des chiens. Cette bactérie provoque chez l’homme des symptômes variés comme le rhume, l’infection du cerveau et les maladies rénales. Les chiens peuvent répandre par leurs excréments des parasites, tels que l’ascaris et l’ankylostomiase, nuisibles à l’homme. Ces parasites se transmettent directement par voie cutanée d’un chien à un autre ou d’un chien à un homme. Les symptômes de l’ascaris varient d’un individu à l’autre, de simples troubles d’estomac aux troubles de la vue. La manifestation la plus dangereuse de l’ankylostomiase est la perte de sang provoquant un retard mental ou un retard de croissance chez l’enfant. Pour éviter ces parasites, lavez bien vos mains avec du savon après avoir ramassé et jeté les excréments de votre animal de compagnie. C’est une infection aiguë causée par un parasite qui s’introduit dans l’organisme sain suite à une morsure ou un léchage d’une plaie par un animal contaminé. Il peut y avoir la gale comme chez tous les animaux exposés à la malpropreté. Chez certains animaux, vous pouvez trouver des vers qui rentrent dans la peau, mais un individu qui ne se lave pas correctement peut aussi avoir cette maladie. Ce sont les grosses mouches qui vont déposer ces laves sur sa peau. Et ces maladies, on les retrouve chez les propriétaires qui ne respectent pas les règles d’hygiène.
Prenons Ebola par exemple, vous savez comment c’est arrivé. Regardez combien ils sont injectés dans les vaccins pour Ebola, mais rien n’est fait pour la rage. Si tu tombes malade, tu dois mourir. Il y a en dehors de tout ça, les gens qui utilisent les perroquets, les amoureux des oiseaux, qui mangent avec eux, qui les nourrissent et sans se laver les mains mangent eux-mêmes ; ceux-là peuvent facilement contracter la mitose. Ça, c’est au niveau de ceux qui consomment la viande de singe, le lièvre, l’agouti, etc. Certaines personnes détectées malades ont été sauvées. Mais, pour un individu qui fait la rage, et qui est déclaré malade, c’est-à-dire la personne présente déjà les signes de la maladie, il n’y a rien à faire, c’est la mort. De justesse, nous avons sauvé une dame qui passait la nuit ensemble avec son boa sur le lit.

Que recommandez-vous ?

Là, il vaut mieux se rapprocher de votre vétérinaire pour avoir plus de précision. Mais je peux vous donner quelques détails. Tout dépend du principe actif que vous utilisez. Si c’est la première vermification que vous faites, quinze jours après, on vous donne un rendez-vous pour prendre une seconde dose. C’est des comprimés qu’on écrase souvent dans les jus ou sur la viande ou sur du poisson. Les doses sont prises en tenant compte du poids de l’animal, tous les deux, trois et six mois, mais en fonction de votre principe actif qui inclut la durée de protection. Il y a certains qui prennent deux mois parce que c’est moins cher et d’autres vont jusqu’à six mois qui sont beaucoup plus coûteux.
Le traitement de l’environnement est également important, et fait appel à une aspiration rigoureuse, un nettoyage des sols et murs à l’eau chaude et au savon, une désinfection à l’eau oxygénée ou à l’eau javel non diluée.
Les morsures de chat, de chien et de lapin peuvent être à l’origine d’infections locales se traduisant par des suppurations, des cellulites ou des abcès. Le traitement par vermifuge régulier des carnivores domestiques est une nécessité. Traiter les chiens et les chats contre les vers est le meilleur moyen de les protéger, mais aussi de limiter les risques de transmission à l’adulte et à l’enfant. Comme les chiennes et les chattes peuvent transmettre des ascarides à leurs petits pendant la gestation ou la lactation, et que les œufs de parasites peuvent être très nombreux dans l’environnement, il est conseillé de vermifuger les animaux dès leur plus jeune âge, et de renouveler le traitement très régulièrement. Traitez votre animal contre les puces de manière préventive, tous les mois, toute l’année. Il existe désormais une grande variété de traitements, en pipettes ou en comprimés...
Que faire pour être à l’abri des maladies dont vous venez de faire mention ?

La vie avec des animaux de compagnie est très dangereuse si l’on ne prend pas des mesures. Pour être à l’abri de ces maladies, il faut s’occuper d’eux. Il ne sert à rien d’avoir des animaux, juste pour les avoir. C’est très important. Vous voyez l’incident qui s’est produit la dernière fois à Bohicon avec un lion ! Je ne peux pas comprendre qu’on ne prenne pas un animalier ou même deux pour s’en occuper. Vous avez un lion, il faut avoir le fusil hypodermique avec une portée de cinquante mètres pour l’anesthésier à distance, parce que l’animal peut sortir à tout moment. L’animal reste toujours un animal quel que soit ce qu’on lui fait. Pour revenir à votre question, la solution reste absolue. Tout homme vivant avec un animal doit le déparasiter, le vacciner, le vermifuger, parce qu’on est protégé que quand on soigne les animaux. Même si votre animal de compagnie ne sort pas, il peut être contaminé par les animaux en divagation. Même les musaraignes qui passent de maison en maison peuvent contaminer ton chien ; et tu sors le matin, ton chien t’attaque, tu dis qu’il ne sent pas, qu’il n’a pas bien mangé, qu’il a faim, ce n’est pas ça. Il faut protéger vos animaux, cela vous permet de protéger, par la même occasion votre environnement. La meilleure manière de gérer les animaux de compagnie, c’est de les vacciner et de veiller à ce que leur carnet de soins soit à jour.
Par ailleurs, il y a d’autres maladies qui tuent également les animaux mais qui ne sont pas des zoonoses. Dès lors, en cas de contact avec une femme enceinte ou avec un patient immunodéprimé, il faudra vérifier le statut sérologique et en cas d'absence d’anticorps spécifiques, une surveillance minutieuse sera de mise. Parfois, ces produits sont rares.

Comment pallier la rareté de ces produits ?

Il y a des produits qui sont rares, mais on en trouve si on a les moyens. Il y a des années, il y a eu pénurie du vaccin antirabique, je pense que vous voulez parler dans ce sens ? Il suffisait d’aller au Togo ou au Ghana pour s’en procurer.
C’est l’Etat qui commande les vaccins et sérums. L’Etat joue le rôle régalien et normalement on ne devrait pas avoir de rupture.
En premier lieu, je voudrais juste demander à l’Etat de jouer pleinement son rôle et prendre ses responsabilités. Il ne faut pas que l’Etat soit un « commerçant ». L’Etat peut acheter et vendre, mais il ne faut pas que l’Etat cherche à acheter que des produits qu’il va vendre. Le commerçant veut vendre ce qui coule, il ne veut pas vendre ce qui n’a pas de date d’expiration, c’est pour cela que je dis que l’Etat ne doit pas être commerçant. Parce que, dès que vous commandez suffisamment, vous n’êtes pas sûr de tout vendre, vous aurez aussi des vaccins périmés sous les bras. Donc, l’Etat ne doit pas nécessairement vouloir faire une marge bénéficiaire, c’est important. Le privé, il ne commande pas sans être sûr d’avoir une demande conséquente, mais ça ne doit pas être le cas avec l’Etat. C’est quand l’Etat devient commerçant, qu’il y a toujours rupture. Donc mon premier appel va à l’endroit de l’Etat, qu’il ne cherche pas à faire des profits, mais qu’il se base sur le bien-être des populations.
Ensuite, je vais demander aux députés de voter des lois comme c’est le cas au Sénégal et dans d’autres pays, pour permettre aux agents sanitaires de faire le porte-à-porte, pour contrôler les carnets de vaccination des animaux. Quand quelqu’un n’est pas en règle, il paye une amende. Voilà ce que je peux dire.
Enfin, aux propriétaires d’animaux, je leur demande de s’en occuper. Quand on n'a pas les moyens de s’en occuper, ce n’est pas la peine d’en avoir. Car, quand on a des animaux et qu’on n’en prend pas soin, on se met en danger et on met en danger tout notre entourage.

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