Avec le concours du Fonds français Muskoka, le Fonds des Nations Unies pour la Population (Fnuap) œuvre depuis 2015 à l’amélioration des indicateurs de la santé maternelle et néonatale dans certains départements du Bénin. Grâce à ce programme, les populations du Couffo en l’occurrence celles des communes d’Aplahoué, de Djakotomey et de Dogbo enregistrent moins de violences basées sur le genre et de cas de malnutrition chronique.

Les populations des communes d’Aplahoué, de Djakotomey et de Dogbo sont bien renseignées sur les thématiques liées à la santé nutritionnelle des enfants par une alimentation saine complète et équilibrée, aux violences et abus fondés sur le genre. La mise en œuvre des Plans de travail annuels du Fonds français Muskoka par le Fnuap, a permis de renforcer les capacités des femmes dans la conservation des preuves pour le dépôt de plainte, la libre expression devant les autorités judiciaires, le mécanisme de défense au tribunal. Tout ceci est rendu possible grâce aux sensibilisations de 150 femmes relais communautaires formées pour la circonstance, à la contribution des forces de l’ordre et des agents de la justice dans la procédure de dénonciation... 

Lors d’une séance de sensibilisation tenue lundi 6 août dernier au Centre de promotion sociale d’Aplahoué, elles ont été renseignées par le capitaine Séraphin Tossou en charge du commissariat de Klouékanmè, et le juge des mineures du tribunal de première instance de Ouidah, Samuel Noutohou, sur le traitement des cas d’abus, les types de violences sur la femme, les peines prévues contre leurs auteurs, la procédure d’instruction et les mécanismes prévus par la loi pour la protection de la victime.
« Au parquet d’Aplahoué, j’ai constaté que depuis que ce projet a commencé et que les femmes sont informées de leurs droits et que les hommes sont avisés des dangers qu’ils courent en exerçant des violences sur la femme, les choses ont évolué. Des dénonciations ont été faites, il y a eu des cas de viol, incitation de mineures à la débauche, maltraitance des épouses, abandon des enfants..., des procédures ont été ouvertes, des hommes ont été condamnés ; certains ont renoncé aux violences faites sur la femme... », a témoigné le juge Samuel Noutohou précédemment 1er substitut du procureur près le parquet d’Aplahoué. Se confiant à la presse, il a encouragé toutes les organisations et institutions qui sont intervenues en faveur de ces femmes qui ont fait un remarquable travail de vulgarisation des textes sur les violences faites aux femmes. Que ce soit des violences d’ordre physique, psychologique ou économique...

Alimentation équilibrée

En outre, les populations sont sensibilisées, grâce au projet, sur la composition et les nutriments indispensables pour une alimentation équilibrée ainsi que le soin dont il faut faire preuve pour une alimentation saine... Toutes choses dont la finalité est d’induire la régression du taux de malnutrition. Selon le secrétaire du groupement Milédjou de Dogbo, Rock Aballo, ce projet a permis le changement de comportement au sein des populations de Dogbo. « Nous ne connaissions pas la valeur des protides et les bienfaits des fruits avant le repas, ni l’incidence d’une bonne alimentation sur la croissance et les capacités intellectuelles des enfants. Nous l’avons su grâce au projet. Aujourd’hui les droits des femmes, leur dignité et leur autonomie sont de plus en plus respectés », fait-il savoir. En effet, les femmes bénéficient d’un appui financier et technique du projet pour leur autonomisation. Il s’agit d’une aide qui leur est fournie dans la mise en place d’activités génératrices de revenus, en l’occurrence l’élevage des caprins et bovins. Cette mesure vise à garantir une certaine indépendance financière de ces femmes afin qu’elles veillent mieux à l’éducation de leurs enfants et à leur suivi scolaire. C’est ce qu’a confirmé la responsable du groupement des femmes d’Aplahoué, Oboubé Bokokpè. Au nombre des forces du projet, elle cite la sensibilisation sur les bonnes pratiques et la valeur nutritionnelle des produits alimentaires locaux pour la bonne alimentation des enfants. « Au début c’était difficile, il y avait quelques résistances du côté des hommes. Nous avons demandé aux porteurs du projet d’associer nos maris. C’est ce qui a été fait et depuis lors, nous travaillons ensemble dans la lutte contre les violences faites à la femme, les mariages forcés, la responsabilisation, le droit à l’héritage et l’autonomisation des femmes », rapporte-t-elle.

Quand les hommes s’engagent !

« Les hommes s’engagent », c’est le nom donné au comité des hommes qui accompagne le projet et aide à la sensibilisation de leurs pairs pour la lutte contre les violences faites aux femmes. Ils sont tout aussi sensibilisés sur les bonnes pratiques nutritionnelles, l’utilisation du moringa et ses valeurs nutritionnelles, les droits de leurs épouses à l’héritage et à l’autonomisation. « Tout est parti des résistances opposées par certains hommes qui écartaient les 150 femmes qui ont été formées en tant que relais communautaires pour la sensibilisation contre les violences faites aux femmes. Elles ont demandé à ce que leurs maris soient associés pour la bonne marche du projet et c’est ce que nous avons fait », a expliqué le point focal Famille du projet, Sylvie Fanou Gbaguidi.
L’association des hommes à la cause semble avoir été fructueuse. « Les parents ont pris conscience aujourd’hui et désormais ils savent qu’ils doivent préserver les droits de leurs filles et de leurs femmes. Les gens nous appellent pour signaler les cas. Désormais ces cas sont réprimés. Les gens ne sont plus dans l’inconscience totale », témoigne le secrétaire général de l’association « Les hommes s’engagent » de Dogbo, Claude Kitcho. « Nous avons décidé de nous engager parce que nous avons compris le mal que nous faisions aux femmes. Nous pensons aussi à nos enfants qui pourraient subir ses violences si nous ne mettons pas fin à ces pratiques très tôt », a ajouté le président de l’association, Gabriel Djossou.

A.P.A.

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