Le 14 juin de chaque année est dédié aux donneurs de sang. Une manière de les célébrer et de les encourager dans cette œuvre salvatrice et de solidarité. Malgré l’accroissement du nombre de donneurs au Bénin, le problème de pénurie de sang dans les centres de santé persiste. Que faire ? Rynce Agassoussi, premier vice-président de l’association des donneurs de sang bénévoles du Bénin (Adsbb), dévoile ici les actions que projette sa structure pour encourager les populations à faire don de ce liquide précieux pour sauver des vies.

La Nation : Monsieur Agassoussi, vous avez célébré récemment la journée du donneur de sang pendant que le sang manquait cruellement. Pourquoi parle-t-on tout le temps de pénurie de sang dans nos hôpitaux ?

Rynce Agassoussi: Nous sommes dans le mois des donneurs de sang. Le 14 juin de chaque année est dédié aux donneurs de sang, pour les célébrer en tant que chevaliers des temps modernes. Pour cette année, la journée a été célébrée à Dassa. Au moment où nous célébrions cette journée, et c’est là le paradoxe, d’autres personnes mouraient par manque de sang. Le problème de la disponibilité du sang dans notre pays se pose avec beaucoup d’acuité.
Nous sommes dans une zone endémique. La saison des pluies est une période favorable aux maladies hydriques qui appellent à la transfusion sanguine surtout le paludisme qui est une cause principale d’anémie chez les personnes vulnérables que sont les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans.

Est-ce à dire qu’il n’y a pas assez de donneurs de sang au Bénin ?

Je puis vous assurer que le nombre de donneurs de sang augmente. Mais le problème est qu’il n’augmente pas à la vitesse de l’accroissement de la population béninoise. Tenez ! Pour les donneurs fidèles, on en compte aujourd’hui sur l’ensemble du territoire national plus de 3800. Quand nous arrivons dans ces périodes où la demande est forte, les élèves et étudiants qui sont nos grands pourvoyeurs sont en vacances. Et quand ils sont en vacances, nous ne pouvons pas prélever du sang parce que nous ne connaissons pas chez eux.

Pourquoi attendez- vous cette période avant de chercher à prélever du sang chez cette cible ?

Le sang est une denrée périssable. Quand nous prélevons le sang, selon les réactifs qui sont dans la poche, ça dure entre 30 et 35 jours. Le sang que nous prélevons aujourd’hui, s’il n’est pas consommé jusqu’à 35 jours, c’est fini. Vous comprenez pourquoi on ne peut pas faire de réserves pouvant dépasser un mois. Donc le don de sang, c’est chaque fois, c’est tous les jours. Si nous sommes conscients que c’est l’homme qui donne du sang pour sauver son prochain, nous devons comprendre que c’est une cotisation. Aujourd’hui, les autres sont dans le besoin, moi je donne ; si demain je suis dans le besoin, les autres donneront pour moi. Nous prions pour que le don de sang soit une chaîne de solidarité parce que celui qui donne aujourd’hui ne peut plus donner demain. L’homme qui donne aujourd’hui doit attendre trois mois avant d’en donner encore, la femme qui donne aujourd’hui doit attendre quatre mois avant d’en donner.

Quelles sont les conditions pour être un donneur de sang ?

Pour donner de son sang, il faut avoir au moins 18 ans et 65 ans au plus, peser au moins 50 kilos. Si vous n’avez jamais donné de votre sang, après 60 ans vous ne pouvez plus en donner. Mais si vous en avez l’habitude, vous pouvez aller jusqu’à 65 ans. Je vous explique le circuit du donneur de sang.
Lorsque vous êtes candidat, vous avez la volonté de donner votre sang et vous remplissez les conditions énumérées plus haut, vous venez vers nous, on vous donne un questionnaire à remplir sur lequel vous indiquez les maladies dont vous souffrez. Si vous souffrez par exemple de l’hypertension artérielle, de l’hépatite ou si vous êtes sous traitement médical, vous ne pouvez pas donner de votre sang. Après avoir rempli le formulaire, vous allez vers un spécialiste qui vous prend en consultation. Au vu des réponses données, l’agent de santé vous indique si vous pouvez donner de votre sang ou pas. Si la condition de rejet n’est pas définitive, on vous demandera de revenir une autre fois pour donner un peu de votre sang.
Ce que tout le monde cherche à régler, c’est comment faire pour que le jour où on est dans le besoin, le sang soit disponible. Pour cela, il faut que dans chaque famille, il y ait des volontaires pour le don de sang. Quelle que soit notre condition sociale, nous devons y penser. Si quelqu’un pense que parce qu’il a de l’argent et quand il sera dans le besoin de sang, il ira en acheter, ce n’est pas toujours possible. Vous allez beau avoir toute la fortune du monde, tant qu’un pauvre étudiant, un mécanicien ou un élève n’a pas accepté de donner de son sang bénévolement, vous allez mourir quand vous serez dans le besoin et que le sang ne sera pas disponible.

Que fait votre association pour inciter les populations à donner un peu de leur sang ?

L’une des missions de notre association est de sensibiliser sur le don de sang. Actuellement, nous sommes en train de monter un programme de prélèvement de sang dans les quartiers. Notre souhait est d’avoir dans chaque quartier, une cellule de notre association. Que vous soyez fonctionnaire, élève ou étudiant, vous dormez quelque part. Le chef quartier est la personne la mieux indiquée pour faire une sensibilisation dans sa zone. Nous avons pensé qu’au lieu de nous limiter aux collèges et universités, nous pouvons faire la même chose dans les quartiers. Si ce programme marche, nous sommes sûrs d’avoir dans chaque quartier des donneurs de sang. Nous sommes sûrs de connaître par le biais du chef quartier, les lieux de résidence de nos donneurs. En cas d’urgence, nous saurons comment faire surtout pour trouver les groupes rares à rhésus négatif. Avec le nombre de quartiers et de villages que nous avons sur l’ensemble du territoire, si on arrivait à avoir ne serait-ce que cinq donneurs de sang par quartier, le problème de pénurie serait réglé une fois pour de bon. Mais une chose est d’avoir la volonté, une autre est d’avoir les moyens de le faire. Certains chefs quartier demandent déjà que nous mettions des moyens à leur disposition pour gongonner en vue de faire les rassemblements mais nous-mêmes, nous cotisons, nous demandons de l’aide aux personnes de bonne volonté pour faire nos activités.

Les rumeurs sur un présumé trafic des poches de sang n’ont-elles pas contribué à exacerber la pénurie de sang ?

Qu’il y ait trafic de sang ou pas, le problème de pénurie de sang demeure un problème majeur; la transfusion sanguine est un acte transversal dans le système sanitaire de tout pays. Tous les services ont besoin de la transfusion sanguine mais la transfusion est unique et tout le monde vient vers elle. Cela crée facilement les pénuries. Aujourd’hui, l’Agence nationale pour la transfusion sanguine se bat pour l’utilisation rationnelle du sang.
Pour revenir à votre question. Tous ceux qui ont parlé de trafic de sang, nous on leur a demandé ceci : donnez-nous le lieu, le jour et l’heure où vous avez pris du sang quelque part à 50 000 francs, nous on s’occupe du reste. On n’a jamais eu de témoins. De toute façon, c’est une affaire qui est déjà pendante devant la justice. Ceux qui ventilent ces rumeurs sans preuve découragent et empêchent ceux qui veulent bien donner un peu de leur sang. C’est à croire qu’ils souhaitent voir des gens mourir, faute de sang. Quand la justice fera son travail, vous serez informée.

Un appel à l’endroit des populations ?

Nous sommes dans la période où le besoin en sang est très élevé. Je demande à toutes les personnes âgées de 18 à 60 ans de sortir volontaires pour donner de leur sang. Quand elles seront dans les centres de prélèvement, on leur dira si elles peuvent en donner ou pas. L’avantage d’être donneur de sang, c’est d’abord moral. On sait qu’en donnant de son sang, au moins trois enfants seront sauvés. On peut sauver une femme qui était sur le point de mourir en donnant la vie. Le sang donne la vie et la vie, c’est la joie.

Propos recueillis par Reine AZIFAN

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