Dans le cadre de la mise en œuvre des activités du programme Air sain de la Chaire Ecosanté, la coordination de la Chaire a organisé, mercredi 23 mai dernier à Cotonou, un atelier d’évaluation à mi-parcours. C’était l’occasion pour les participants de prendre connaissance des résultats de l’étude réalisée sur les conducteurs de taxi-moto communément appelés « zémidjan » ou « zém». Une étude qui a révélé que cette catégorie professionnelle est particulièrement exposée à la pollution de l’air avec un risque accru de maladies.

« Effets de la pollution de l’air sur les conducteurs de taxi-moto », tel est le titre de la présentation faite, mercredi 23 mai dernier à Cotonou, par le doctorant Hervé Lawin, lors d’un atelier d’évaluation à mi-parcours du programme Air sain de la Chaire Ecosanté. Une présentation qui n’est rien d’autre que la compilation des résultats des études réalisées pendant trois ans sur cette couche de la population.
Si l’activité de conduite d’un taxi-moto est un pis-aller pour certains citoyens, pour la majorité de ceux qui s’y adonnent, elle constitue une activité professionnelle. L’étude réalisée avec la participation d’environ 400 conducteurs de taxi-moto a révélé que 97 % d’entre eux sont des professionnels avec une ancienneté de onze ans en moyenne. De par leur activité, cette catégorie sociale est plus exposée aux effets de la pollution de l’air que la population générale.
Selon l’Oms, « Les mesures de la qualité de l’air sont généralement communiquées en teneur moyenne journalière ou annuelle de particules par mètre cube d’air ». Les particules en suspension ont plus d’effets sur la santé que tout autre polluant. Les principaux composants en sont les sulfates, les nitrates, l’ammonium, le chlorure de sodium, le carbone, les matières minérales et l’eau, précise l’organisation. Ces particules, en particulier les plus fines, pénètrent profondément dans les poumons et dans le système cardiovasculaire. Ce qui constitue un facteur de risque de maladies cardiovasculaires et respiratoires, et de cancer du poumon.
D’entrée de jeu, Hervé Lawin reconnaît que « Nous sommes tous exposés à la pollution de l’air ». Cependant, expose-t-il, les études réalisées en 2016 sur des conducteurs de taxi-moto à Cotonou et un groupe de comparaison professionnellement non exposé indiquent clairement que les « zém» sont plus exposés. Pendant que dans ce groupe, le degré d’exposition était d’une moyenne de 19,52 microgrammes par mètre cube, il était de 31,27 microgrammes par mètre-cube chez les conducteurs de taxi moto. En 2017, les résultats révèlent une moyenne de 16,66 microgrammes par mètre cube dans le groupe de comparaison et de 38,84 microgrammes par mètre cube chez les « zem ».Ces moyennes observées chez les « zem » dépassent largement la norme de l’Oms qui est de 25 microgrammes par mètre cube. Par ailleurs, des examens effectués en 2014, 2016 et 2017 sur cette catégorie professionnelle montrent qu’après trois ans d’exposition à la pollution de l’air, « La fonction pulmonaire des conducteurs de taxi-moto se dégrade plus vite que celle des populations professionnellement non exposées ».

« C’est malgré eux qu’ils font cette activité »

Bonaventure Ahitchémè, secrétaire général d’un des syndicats de conducteurs de taxi-moto, reconnaît que la majorité de ses confrères ignorent l’impact de l’exposition à la pollution de l’air sur leur santé. Mais, ajoute-t-il, « C’est malgré eux qu’ils font cette activité ». Il a également plaidé pour la poursuite des sensibilisations à l’endroit des conducteurs de taxi-moto afin qu’ils prennent conscience des risques qu’ils courent et de l’impact de leur activité sur l’environnement. Aussi, appelle-t-il les autorités à œuvrer pour la promotion de la reconversion des « zém » dans des activités moins nuisibles.
Pour sa part, le doctorant Hervé Lawin préconise entre autres mesures, davantage de sensibilisation des conducteurs de taxi moto ainsi que des autres acteurs, c’est-à-dire les vendeurs et les policiers opérant dans les grands carrefours et qui sont tout aussi exposés. Dans le cadre de la mise en œuvre du projet Assurance pour le renforcement du capital humain (Arch), le doctorant propose de mettre l’accent sur la prévention par rapport aux maladies liées à la pollution de l’air. Il suggère enfin de définir une valeur moyenne ou une norme d’exposition journalière au monoxyde de carbone de 9ppm ou de 8heures par jour pour les « zem » cela pourrait protéger, conclut-il.
Le programme Air sain fait suite aux recherches effectuées par la Chaire Ecosanté qui ont mis en exergue les types et les niveaux de pollution auxquels les populations de la ville de Cotonou sont exposées. Dans un communiqué de presse rendu public le 2 mai dernier, l’Oms affirmait que « Neuf personnes sur 10 respirent un air pollué dans le monde ». Elle estime à 7 millions environ le nombre de personnes qui meurent chaque année à cause de l’exposition aux particules fines contenues dans l’air pollué.

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