Du 13 au 19 novembre, le Bénin comme les autres pays du monde célèbre la troisième édition de la Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques sur le thème : «Demandez conseil à un professionnel de santé qualifié avant de prendre des antibiotiques». Au cours de cette période, les populations seront sensibilisées sur les causes de la résistance de certaines maladies aux antibiotiques et l’état de veille à observer.

« Face aux infections bactériennes, les antibiotiques sont devenus incontournables, de nos jours, dans notre système de santé », a souligné le ministre de la Santé, Dr Alassane Séidou, dans sa déclaration à l’occasion de la célébration de la Semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques. Or, l’abus ou le mauvais usage de ces antibiotiques crée des résistances en créant d’autres infections plus sévères. Cette résistance aux antimicrobiens notamment aux antibiotiques constitue l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale et le développement. Il explique que la résistance aux antibiotiques atteint désormais des niveaux dangereusement élevés dans toutes les régions du monde. De nouveaux mécanismes de résistance apparaissent et se propagent, compromettant la capacité à traiter les maladies infectieuses courantes. Pour un nombre croissant d’infections, comme la pneumonie, la tuberculose, la septicémie et la gonorrhée, le traitement devient plus difficile, voire impossible parfois, du fait de la perte d’efficacité des antibiotiques.
« La résistance aux antibiotiques entraîne une prolongation du temps d’hospitalisation des malades, une augmentation de la charge financière pesant sur les familles et la société ainsi qu’une hausse de la mortalité globale », déplore-t-il.
On estime à plusieurs millions, le nombre de décès lié à la résistance aux antimicrobiens, même si l’ampleur du problème notamment, son incidence réelle et son coût socio-économique restent encore mal connus dans les pays africains dont le Bénin, ajoute-t-il. Si rien n’est fait d’ici à 2050, se désole-t-il, la résistance aux antibiotiques pourrait entraîner 10 millions de décès chaque année et une réduction de 2 à 3,5% du produit intérieur brut.

Causes des résistances aux antibiotiques

Selon la directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé (Oms), Margaret Chan, l’augmentation de la résistance aux antimicrobiens est une crise sanitaire mondiale. La médecine perd de plus en plus d’antimicrobiens d’usage courant à mesure que la résistance des agents pathogènes s’accroît. Les traitements de deuxième intention sont moins efficaces, plus coûteux, plus toxiques et parfois très difficiles à administrer. Et les stocks sont insuffisants pour nombre d’entre eux. Certaines bactéries sont naturellement résistantes à des antibiotiques, a-t-elle démontré, alors que d'autres peuvent devenir résistantes à la suite de la mutation de certains de leurs gênes lorsqu'ils sont exposés à un antibiotique. Cette résistance, naturelle ou acquise, peut se propager à d'autres espèces bactériennes étant donné que le matériel génétique d'une bactérie peut facilement passer de l'une à l'autre, même s'il s'agit d'espèces différentes.
La prescription trop fréquente d'antibiotiques à large spectre, au lieu d'antibiotiques mieux ciblés, dans le cadre d'un diagnostic plus précis ; l'utilisation inadéquate par le patient, qui ne respecte pas la posologie ou la durée du traitement, ce qui signifie que certaines bactéries peuvent survivre et devenir résistantes.
Il est biologiquement inévitable, souligne-t-elle, qu’un organisme évolue et mute pour survivre. En conséquence, quand un nouvel antibiotique apparaît sur le marché, il sera uniquement efficace pour une période donnée. Et ce, jusqu’à ce que la bactérie en cause soit suffisamment résistante pour que cet antibiotique devienne inopérant. La principale cause de résistance aux antibiotiques chez les humains demeure l'utilisation d'antibiotiques dans la médecine humaine et les antibiotiques utilisés dans la production de denrées alimentaires contribuent très peu au problème. Le problème de la sur- prescription touche aussi l’élevage, l’agriculture et l’industrie agroalimentaire, en particulier lorsque des quantités massives d’antibiotiques sont utilisées non pour traiter des animaux malades mais pour stimuler la croissance. L’usage systématique des antibiotiques à des niveaux sous-thérapeutiques tue les bactéries les plus fragiles mais laisse les plus résistantes survivre. Les éleveurs qui travaillent au contact de bovins, de porcs ou de volailles infectés par des bactéries résistantes aux médicaments sont exposés à un risque accru de colonisation ou d’infection par celles-ci. Et les humains qui consomment des aliments contenant des bactéries résistantes aux antibiotiques peuvent eux-mêmes contracter une infection résistante.

Des solutions impératives

Les manifestations de la Semaine mondiale visent à mieux faire connaître le problème de la résistance aux antibiotiques, a indiqué Alassane Séidou. Elles seront également une occasion pour promouvoir des mesures simples de prévention des infections notamment l’hygiène associée aux soins.
A cet effet, le ministre de la Santé a invité chaque partie prenante à jouer sa partition. Il a demandé aux populations de n’utiliser les antibiotiques que lorsqu’ils ont été prescrits par un médecin ou un professionnel qualifié. Aussi doivent-ils respecter la posologie des antibiotiques et éviter l’automédication sous toutes ses formes. De même, il revient aux professionnels de la santé humaine, de respecter les protocoles et recommandations de bonne prescription des antibiotiques.
Quant aux acteurs de santé animale, ils ne donneront des antibiotiques aux animaux que sous contrôle vétérinaire et doivent renforcer la vaccination.
Le ministère de la Santé, lui, s’est engagé en collaboration avec ses partenaires techniques et financiers à la mise en place d’un plan d’action national pour combattre la résistance aux antimicrobiens et renforcer la mise en œuvre des mesures de prévention et de contrôle des infections.
Le Plan d’action mondial pour combattre la résistance aux antimicrobiens (Ram) fixe, pour sa part, cinq objectifs stratégiques. Il s’agit d’améliorer la sensibilisation, renforcer la surveillance et la recherche, réduire l’incidence des infections, utiliser ces médicaments à bon escient et assurer des investissements durables, y compris en matière de recherche-développement pour les produits de remplacement et l’amélioration des outils de diagnostic?

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