Avec l’adoption de la loi sur les hépatites par l’Assemblée nationale et la validation du plan stratégique national de lutte contre ces maladies du siècle au Bénin, fin octobre 2017, les malades des hépatites pourront vivre aussi longtemps que possible. Nicolas Kodjoh, point focal de l’hépatite au ministère de la Santé, rassure les populations à travers cet entretien.

La Nation : Quelle est la situation de l’hépatite au Bénin ?

Nicolas Kodjoh : En ce qui concerne les hépatites virales, le premier élément concerné est le nombre de personnes qui souffrent de cette maladie dans notre pays. Pour avoir ces données, le ministre de la Santé a diligenté une enquête de prévalence en 2013. Ceci a été fait dans tous les départements chez les donneurs de sang. Cette enquête a révélé que l’hépatite B est à un taux de prévalence de 9,9 %. Le taux de prévalence de l’hépatite C était de 4,12 %, donc à peu près de 400 000 personnes sont malades de l’hépatite C. Au total, au Bénin, environ 1 400 000 personnes sont atteintes d’hépatite B ou C, mais malheureusement plus de 95% d’entre elles ne se sentent pas malades. Donc il y a des porteurs malades qui s’ignorent et qui circulent gaillardement pendant au moins vingt ans avant d’être exposés à des complications avec son corolaire de cirrhose de foie qui est cause de décès. Face à ça, les études menées dans notre pays ont montré que malgré la gravité de cette maladie, elle ne fait pas encore l’objet d’une priorisation dans les programmes maximaux de santé.
Dans ces conditions, les malades ont de mauvaises croyances sur leur maladie. Ils ne se sentent pas malades et les croyances qu’ils ont sont souvent fausses. Les médecins aussi ne sont pas préparés pour cela, faute de formations sur cette maladie, comme c’est le cas avec le Vih/Sida ou le paludisme. Il y a également un défaut de médecins spécialistes pour prendre en charge les malades. Actuellement, le Bénin ne compte que huit médecins spécialistes, tous à Cotonou ou Parakou pour 10 000 000 d’habitants. Autrement dit, sur les 77 communes, il n’y a que deux communes qui soient couvertes par les spécialistes.

Face à cette situation, y a-t-il espoir pour venir à bout de l’endémie virale B et C ?

Il y a de l’espoir. L’Organisation mondiale de la Santé (Oms) a pris les hépatites comme priorité de santé publique depuis 2010 mais ce n’est que l’année dernière que le ministère de la Santé a pris conscience de cette maladie. Les plaidoyers faits en direction du ministère de la Santé et en direction des députés ont permis d’aboutir à l’adoption d’une loi à l’Assemblée nationale pour combattre les hépatites. Le Gouvernement a été aussi sensible à la question des hépatites. Donc l’engagement du Gouvernement, à travers le ministère de la Santé, a été très déterminant. En plus de cette loi, il y a un plan stratégique national qui est en train d’être élaboré et qui sera validé les 25 et 26 octobre 2017. Ce plan stratégique est la réponse nationale du Bénin face à l’endémie virale B et C qui, actuellement, tue autant de monde que la tuberculose et le Vih/Sida.

Est-ce à dire que les hépatites sont plus dangereuses que le Sida ?

Le rapport mondial de l’Oms 2017 montre clairement que les hépatites tuent aujourd’hui autant que la tuberculose, mais beaucoup plus que le Vih/Sida. Et dans le monde entier y compris le Bénin, lorsqu’on prend les quatre maladies infectieuses et les plus meurtrières qui sont la tuberculose, le Vih/Sida, le paludisme puis les hépatites, on sait que depuis 2000, les trois maladies Vih, tuberculose et le paludisme font l’objet de programme de santé publique dans tous les pays. Malheureusement, l’hépatite a été laissée pour compte. Avec l’engagement du Bénin et la communauté internationale, ces trois maladies, prioritaires jusqu’à présent, ont vu leur mortalité chuter. C’est pour cela que le Sida qui était la première cause de décès est passé maintenant derrière les hépatites. Et c’est maintenant que la communauté internationale a commencé par parler des hépatites avec des dates mémorables. En 2014, l’Assemblée mondiale a recommandé aux Etats d’avoir des plans nationaux de lutte contre les hépatites. Cela a trainé jusqu’en 2015. Et c’est en cette année que l’Assemblée mondiale du système des Nations Unies a intégré à Genève la question des hépatites dans le programme du développement durable à l’horizon 2030. Ainsi, les Etats sont sollicités pour la mise en place de plans stratégiques nationaux et c’est pour y répondre que le gouvernement a intégré les hépatites dans le plan national de développement sanitaire 2017-2021. Maintenant, les hépatites font clairement partie du Programme d’action du Gouvernement. Après la validation du plan, sa mise en œuvre sera faite par un programme national comme le Sida, la tuberculose et le paludisme.

Au-delà de la loi et du plan stratégique dont vous venez de parler tantôt, existe-t-il des traitements efficaces contre les hépatites aujourd’hui ?

Il existe bel et bien des traitements efficaces qui sont disponibles au Bénin. Parce qu’avec les plaidoiries de la Société civile en direction des pouvoirs publics, les médicaments ont été rendus disponibles au Bénin. Donc pour l’hépatite B, on peut soigner les malades par un médicament qu’on peut prendre seulement en un comprimé par jour. Avec ce médicament, comme les sidéens, les microbes ne se multiplient plus dans le sang, les lésions régressent, le malade peut vivre et dépasser 100 ans et mourir d’une autre maladie que l’hépatite. A côté de ce médicament, toujours à propos de l’hépatite B, il y a un autre médicament administré par une injection pendant 48 semaines à raison de 10 000 000 F Cfa avec les soins. C’est le seul qui, au bout de quelques années seulement, peut permettre l’élimination du microbe et rendre le malade définitivement immunisé. Son seul problème est qu’il coûte excessivement cher. La boîte coûtait 250 000 /mois, soit 3 000 000 F Cfa par an. Le ministère a fait de grands efforts et ce médicament est cédé aujourd’hui à 7 000 F Cfa la boîte au Cnhu pour les malades éligibles au traitement. Tout le monde n’est pas traité ; il y a des porteurs sains. Pour ce qui concerne l’hépatite B, le tiers soit les 30 % sont des porteurs sains, c’est-à-dire que le microbe est dans leur foie mais il ne se multiplie pas. Ainsi il n’entraîne aucune complication. Ceux-là n’ont pas besoin de traitement parce qu’il n’y a pas un médicament qui tue le microbe dans le corps humain. Le médicament agit en empêchant les microbes de se multiplier. Le second tiers a une hépatite minime dont le microbe se multiplie très peu et s’accommode avec son hôte. Et ces malades peuvent aussi vivre pendant longtemps. Les cas les plus graves sont ceux qui ont l’hépatite active. Les microbes se multiplient beaucoup, désorganisent complètement le foie qui perd complètement toutes ses fonctions qui entraînent la cirrhose de foie.
Le cas est très différent de l’hépatite C. Celle-ci a des médicaments qui sont très efficaces avec une guérison totale et définitive dans un délai de trois mois. Ces médicaments se vendent également à Cotonou.
Les derniers malades que nous avons évacués pour l’hépatite C ces derniers moments, l’Etat a dû débourser pour chacun d’eux 30 000 000 F Cfa. Actuellement, ces mêmes médicaments sont disponibles à Cotonou et sont à 600 000 F Cfa. Avec le plan qui est en train d’être mis en place, les médicaments vont coûter beaucoup moins cher. Car, ils seront subventionnés avec l’appui de l’Etat et de ses partenaires techniques et financiers. Donc ce qui a été fait pour le Sida va être fait pour les hépatites. Et d’après la stratégie mondiale de lutte contre les hépatites, ces médicaments seront gratuitement cédés à tous les malades.

Que pourriez-vous nous dire les facteurs de risques et les moyens de prévention des hépatites ?

Comme nous le savons, le virus le plus grave est le virus B. Il est présent dans tout ce qui sort du corps humain : la salive, la sueur, les larmes, les urines et le sperme. Le virus de l’hépatite C meurt en quelques minutes alors que le virus de l’hépatite B peut rester vivant et contagieux pendant sept jours. Voilà ce qui fait la gravité de cette maladie. Donc tout ce qui sort du corps humain est contaminant. Si bien que les facteurs de risque sont l’ensemble de tout ce qui est de la transfusion sanguine, ceux qui ont des tatouages sur le corps, ceux dont les parents ont l’hépatite, et ceux qui ont des rapports sexuels avec des personnes contaminées. La prévention consisterait à éviter tous ces facteurs cités ci-dessus. L’hépatite se comporte comme le Sida. Tout se passe par le sang. Donc la prévention, c’est d’éviter les injections qui ne sont pas à usage unique, les scarifications, les tatouages. Et il faut surtout prendre des soins dans un centre de santé agréé par l’Etat et par un personnel qualifié. Dans les centres de santé non agréés on fait des actes à risque de transmission.

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