Les mangroves constituent une espèce propre aux zones humides. Au regard de leur importance dans la biodiversité, Joséa Dossou Bodjrènou, directeur de l’Ong Nature Tropicale, attire l’attention sur les dangers qui les menacent au Bénin, tout en indiquant comment assurer leur protection et les possibilités d’en faire une filière.

La Nation : Quelle est l’utilité de la mangrove dans l’écosystème?

Joséa Dossou Bodjrènou : Il faut comprendre par mangroves des végétations, des arbustes qu’on retrouve dans les zones humides et qui s’adaptent à l’écosystème humide. On les retrouve surtout dans les zones saumâtres. En bordure de mer par exemple. Il y a des relations entre la mangrove, son habitat et la faune qui s’y rattache. C’est dire que la disparition de la mangrove entraîne des conséquences plus graves sur la biodiversité. On voit la mangrove seule comme pied, mais tout ce qu’il y a comme espèces animales et végétales qui vivent autour est ignoré. Si on n’a pas cette mangrove, ça veut dire que ces espèces aussi ne pourront pas exister jusqu’à se développer.
Sur le plan écologique, elles servent de cachette aux poissons pour se reproduire sous les plans d’eau. Plus tard, les alevins migreront vers le plan d’eau pour grandir. Les mangroves accueillent aussi beaucoup d’autres espèces de la zone. Notamment, les reptiles et les oiseaux. Les mangroves servent à faire obstacle aux grands vents pour éviter les dégâts et les catastrophes. 

Quelles sont les conséquences de la destruction des mangroves ?

La coupe de cette essence pour faire du bois de chauffe et du akadja, constitue une mauvaise pratique à combattre. La première conséquence de la destruction des mangroves est que le vent ne rencontre plus d’obstacle. Ce faisant, cela va créer des dégâts, voire des catastrophes au niveau des habitations par exemple. Alors que si l’espèce n’était pas détruite, elle pourrait faire écran au vent et en limiter la vitesse.
La destruction des mangroves va aussi entraîner la disparition de certaines espèces, par exemple les poissons qui doivent y pondre leurs œufs où y faire leurs nids. Or, si ces mangroves n’existent pas, les poissons ne trouveront plus de places pour se reproduire et vont donc disparaître.
De même, certains oiseaux qui viennent spécialement à cause de ces habitats ne pourront plus trouver l’habitat approprié ou bien disparaîtront.
La pratique du ‘’akadja’’ entraîne l’envasement des plans d’eau et l’eau ne va plus circuler librement. Ce qui limite les espèces halieutiques dans leur mouvement.

Quelles sont alors les dispositions légales qui protègent cet espèce ?

Il y a la loi 2002-16 du 18 octobre 2004 portant régime de la faune qui s’intéresse aux espèces végétales de cette zone, c’est-à-dire la mangrove où il y a des oiseaux migrateurs. Dans la zone de Grand-Popo, il y a le Lamanté, les tortues qui viennent dans ces zones. Il y a un texte qui préserve ces espèces. Il y a également la loi 93-009 du 2 juillet 1993 portant régime des forêts en République du Bénin. Les mangroves sont considérées comme des essences forestières et normalement ne doivent pas être coupées sans autorisation. C’est même plus protégé que le teck et d’autres essences. Mais ces textes ne sont pas respectés. Les faire appliquer, c’est le défi qui reste.

Quelles sont alors les possibilités qui s’offrent au Bénin pour développer une filière mangrove ?

Il s’agit d’orienter les stratégies vers la préservation et la culture en vue de profiter de l'éco-touristisme. Pour autant, les mangroves ne sont pas des plantes à croissance rapide mais il est possible de pouvoir les exploiter en tant que telles. Ailleurs, on a vu mais ce n’est pas aussi rapide. Et le Béninois étant impatient, doit savoir reconstituer tout ce qu’il a détruit et permettre à la nature de faire le reste. Ça veut dire que le Béninois va travailler à produire, à planter, suivre la mangrove espérant l’utiliser pour développer des filières éco-touristiques.

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