Le représentant de La Société civile béninoise à la VIe semaine africaine de l’eau qui s’est tenue à Dar-Es –Salam du 18 au 22 juillet dernier, Félix Adégnika, coordonnateur national du Conseil de concertation pour l’approvisionnement en eau et en assainissement (WSSCC) déplore l’absence des autorités béninoises à cette semaine africaine de l’eau. Malgré cette absence qui ne lui a pas permis de signer des contrats, il estime que le Bénin regorge d’hommes intelligents capables de lui assurer l’atteinte des ODD.

La Nation : Que peut-on retenir de la VIe semaine africaine de l’eau qui s’est tenue à Dar-Es-Salam en Tanzanie du 18 au 22 juillet dernier ?

Félix Adégnika : La VIe Semaine africaine de l’eau s’est tenue en Tanzanie du 18 au 22 juillet dernier sous le thème «La réalisation des objectifs de développement durable à travers la sécurité de l’eau et l’assainissement». Ce qu’on peut retenir de cette semaine, c’est qu’il y a eu un engagement fort des ministres en charge de l’eau et de l’assainissement pour qu’on puisse tacler, cibler cette fois-ci les objectifs de développement durable notamment en son point 6 qui traite de la durabilité du système et des infrastructures aussi bien pour l’eau que pour l’assainissement. L’objectif est de donner l’eau à tout le monde et que l’assainissement ne soit plus une denrée rare mais qu’elle soit accessible au grand nombre. On peut également retenir que tous les pays africains doivent disposer aujourd’hui de plans d’actions ODD pour que les bailleurs de fonds puissent contribuer à leur financement. Il faut également observer qu’il y a un engagement fort des partenaires techniques et financiers pour accompagner tous les pays africains qui le désirent.
L’ODD6, contrairement aux objectifs du Millénaire pour le développement, prévoit qu’on donne l’eau à tout le monde. Et pour qu’on puisse donner de l’eau à tout le monde, il faut garantir la ressource ; donc l’ODD 6 a beaucoup d’indicateurs et de cibles mais globalement on peut retenir qu’il faut garantir la sécurité de l’eau afin de donner l’eau à tout le monde. Cela met fin à la défécation à l’air libre. Savez-vous encore qu’aujourd’hui au Bénin, 60% de la population rurale s’adonnent à la défécation à l’air libre ? En milieu urbain, ce n’est pas aussi criard mais c’est plutôt grave puisque cela s’observe le long des berges lagunaires.

Le Bénin était-il fortement représenté ?

Vous avez bien fait de poser cette question. C’est ce qu’on a regretté. Il n’y avait aucune autorité même pas dans le processus de préparation de la semaine africaine de l’eau. Le président du Conseil des ministres africains a déploré que le Bénin ne figure pas dans les instances qui ont été mises en place. Le conseiller technique du ministre de la Santé qui était à Dar-Es-Salam n’a pas été considéré puisqu’il n’était pas annoncé et n’était pas détenteur d’un titre de représentant officiel. Il n’avait donc pas une lettre qui le mandatait officiellement. De sorte que pour le siège qui revenait au Bénin, il n’y avait personne pour revendiquer et l’occuper. Ainsi, ce sont les Etats qui avaient siégé qu’on était obligé de ramener pour suppléer le Bénin. Ce qui est regrettable pour la semaine africaine de l’eau qui constitue un sommet de haut niveau. Les partenaires sectoriels avaient pu échanger et négocier avec les pays comme le Rwanda, le Burundi et le Burkina Faso. J’avais presque les larmes aux yeux de constater que le Bénin n’ait pas avancé sur ce point.

Cela ne pose-t-il pas problème en termes d’engagement et de retombées ?

De mon point de vue ça pose problème. Il faut demander aux autorités béninoises les raisons de leur absence à Dar-Es-Salam. Peut-être que le Bénin a beaucoup de ressources mais il y a à retenir que pour s’autofinancer, c’est difficile. Nous savons que le secteur de l’eau nécessite beaucoup d’argent et de ressources et que le secteur de l’assainissement exige également un changement collectif de comportement. On a donc besoin de beaucoup de ressources pour ça et cela pourrait compromettre l’atteinte des Objectifs de développement durable. Mais j’ose croire que nous allons nous ressaisir afin de saisir ces opportunités pour que les portes s’ouvrent au niveau de certains partenaires qui pourront nous aider. Il est vrai que les Pays Bas frappent à nos portes aujourd’hui et que nous allons conclure bientôt un autre PPEA ou je ne sais quel nom cela va prendre.Il est bien d’avoir plusieurs cordes à son arc. Qu’il vous souvienne qu’on a arrêté un PPEA2 dans ce pays ; tout était bloqué et jusqu’à maintenant il n’y a aucune activité à la Direction générale de l’eau. C’est dire qu’il est mieux pour nous d’avoir plusieurs partenaires que d’en avoir un seul.

En quoi consiste la sécurité de l’eau et de l’assainissement ?

La sécurité de l’eau est un terme central de la 6e semaine africaine de l’eau. Cela consiste en ce qu’il faut mobiliser les ressources. Pour donner l’eau, il faut en avoir et vous savez très bien que les ressources en eau ne manquent pas au Bénin. Vous voyez le Bénin a peu de zones de roches où la ressource est rare. Quand on a mobilisé la ressource, il faut appliquer la gestion intégrée des ressources en eau : c’est la GIRE. La GIRE, c’est de l’eau pour toutes les activités humaines et pour tous. L’eau pour tous les usages, à savoir l’agriculture, l’irrigation, etc… tout ceci pour tous les handicapés, les personnes vulnérables. Il faut faire en sorte qu’on ne laisse personne derrière.
Et l’assainissement, c’est l’approche de l’Assainissement total piloté par les communautés (Atpc). Comment procéder pour qu’on arrête avec la défécation à l’air libre. Ce qui est possible, le Bénin peut rapidement atteindre cet objectif avant 2030 qui est l’horizon prévu. Il suffit qu’on en fasse une priorité. Cela ne nécessite pas beaucoup de ressources. Il faudra envisager et voir avec les communautés et discuter avec elles afin de les amener à changer simplement de comportement. Ce n’est pas l’argent ni les ressources qu’il faut. C’est permettre aux gens d’aller discuter, pas d’aller conseiller mais leur dire qu’il y a une autre façon de vivre et qui peut limiter les risques de maladie que nous avons chaque année.
La fin de la défécation à l’air libre va nous procurer beaucoup d’avantages et je pense qu’on va y arriver.

Que prévoit la vision africaine de l’eau à l’horizon 2025 ?

C’est toute une politique africaine qui a été retenue mais je vais expliquer qu’à l’horizon 2025, il n’y aura aucun pays africain où l’eau va encore tuer. C’est de garantir la sécurité de l’eau, et l’accès universel à l’eau pour tous. C’est dans ce paquet qu’on met les droits à l’eau et à l’assainissement, c’est dans ça qu’on privilégie les populations défavorisées. Il est vrai que tout le monde ne peut pas payer l’eau.On est convaincu qu’en Afrique l’eau n’est plus gratuite; mais il y a des politiques qui permettent à tout le monde d’avoir accès à cette ressource et également d’avoir accès aux services d’assainissement.
Comme ça se fait maintenant, il y a espoir pour le Bénin qui s’est engagé dans une politique de rupture ou de nouveau départ. Je veux qu’on mette l’eau et l’assainissement dans ce nouveau départ. Tel que cela se présente maintenant, nous aurons de bons résultats si on en fait une priorité. Ce sont les populations qui seront soulagées.

Quel appel avez-vous à lancer en direction des autorités béninoises ?
Mon appel est qu’on en fasse une priorité. Nous parlons de droit à l’eau et à l’assainissement. Je plaide vivement que le gouvernement du Bénin et le président Patrice Talon puissent faire en sorte que ces droits soient une réalité au Bénin. Ce n’est pas si difficile, quand on invoque le droit à l’eau et à l’assainissement : c’est comment travailler ensemble pour qu’on voie les spécificités de certaines couches afin qu’on puisse leur offrir ce service-là; parce qu’il y aura un système de péréquation et ceux qui sont riches vont essayer de contribuer afin qu’on serve ceux qui sont pauvres. Des pays très pauvres, deux fois plus que le Bénin l’ont réalisé ; si vous voyez aujourd’hui ce qui se fait à Madagascar, vous allez vous interroger sur le pourquoi le Bénin n’y est pas encore. Si on fait la moitié de ce qui s’y est réalisé, puisque nous ne faisons que 10 millions, nous aurions atteint des exploits que tout le monde va applaudir. On serait la référence parce qu’on n’est pas grand mais on est grand par notre intelligence et par les hommes que nous avons et on peut bien réussir dans ce secteur ?

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