Spécialiste en qualité de service et des questions de santé et de l’environnement, Sandra Idossou alerte depuis août 2017, sur les dangers de l’utilisation des sachets plastiques sur la santé. Elle s’inscrit beaucoup plus dans la sensibilisation des citoyens aux fins d’un comportement responsable et respectueux de l’environnement. Dans cet entretien réalisé à la suite d’une campagne dénommée « Plage sans sachets » qu’elle a initiée, dimanche 13 mai dernier, elle présente un état des lieux de la pollution des plages par les déchets plastiques du fait des hommes et femmes qui s’y rendent. A la longue, la conséquence sera le manque de poissons.

La Nation : Pourquoi avoir initié une campagne dénommée « Plage sans sachets plastiques» ?

Sandra Idossou : C’est aussi simple que ça : le sachet tue et le sachet détruit notre environnement. Le sachet tue parce qu’on mange dans le sachet et donc c’est important de sensibiliser nos populations, surtout celles qui viennent à la plage et qui mangent énormément dans le sachet plastique. Les gens qu’on croise ici sont des gens qui ont le yaourt, le pain, les beignets… c’est d’abord les sensibiliser pour qu’ils se rendent compte que c’est dangereux pour leur santé. Maintenant, le sachet est dangereux pour notre environnement parce qu’une fois que l’on a fini de l’utiliser et qu’on le jette, pendant quatre cents ans, le sachet est là et ne se détruit pas. Ce qui est dangereux surtout quand on est à la plage, le vent va les emporter dans les océans. Et tout ce qui est emporté dans les océans va rester au fond de l’eau et évidemment ça agit sur la faune marine, les animaux aquatiques... C’est pourquoi, on s’est dit qu’il faut sensibiliser les gens pour qu’ils fassent attention et surtout qu’ils adoptent des comportements responsables. C’est bien de venir à la plage, mais ce n’est pas une raison de polluer la plage, ce n’est pas une raison de s’intoxiquer.

Est-ce que le message est passé ?

Je pense que oui, parce que les gens que nous avons croisés étaient très contents. Nous sommes environ quarante personnes engagées à sensibiliser les gens sur des questions qui touchent leur santé et notre environnement à nous tous. Il faut dire que ceux avec qui on a échangé y sont très sensibles; c’est un peu ça la récompense de nos efforts, d’avoir des gens qui disent : moi, je ne savais pas; dorénavant je ferai attention.

Vous disiez que si on ne fait rien, d’ici 2050, il n’y aura plus de poissons dans la mer ?

Tout à fait. Il y a une étude qui a été menée qui dit que tel que nous polluons la mer et que si nous ne faisons rien, si nous ne ralentissons pas tous ces comportements négatifs que nous avons par rapport à la mer, d’ici 2050, nous n’aurons plus de poissons. Avec cette propension de pollution des plages, en 2050, nous aurons plus que les plastiques dans les océans en guise de poissons. Et donc c’était important de sensibiliser les gens sur cette préoccupation. Surtout moi, je viens souvent à la plage et ça me fait de la peine parfois. J’ai vu des pêcheurs tirer leur filet et je vous jure que la moitié du contenu n’est que des déchets plastiques. Quand je vois toute leur peine et qu’en réalité ils ne ramènent que des déchets plastiques, je me dis que c’est grave. Il urge de sensibiliser pour que les gens ne jettent pas tout et n’importe quoi dans la mer.

Avez-vous impliqué les autorités dans cette lutte ou bien elle est restée une initiative personnelle ?

Nous menons ces activités à notre niveau parce que c’est d’abord un mouvement citoyen. Maintenant nous sommes une association et notre objectif, c’est de contribuer à l’amélioration de notre environnement. Tout ce que nous faisons, nous essayons de partager avec les autorités. J’avoue que pour l’instant nous n’avons pas de soutien des autorités pour accompagner cette initiative. Nous nous cotisons pour mener nos activités. On se dit que nous sommes responsables aussi et même si l’Etat n’arrive pas à tout faire, il y a des actions que nous en tant que citoyens, nous pouvons mener. C’est vrai qu’on aurait aimé être soutenu, avoir des moyens financiers pour pouvoir toucher plus de monde. Même si ce n’est pas encore le cas, on fait ce qu’on peut avec le peu de moyen.

Quel est votre regard sur la loi relative à l’usage des sachets plastiques votée par le Parlement ?

C’est une bonne chose. C’est vrai que la loi telle qu’elle est stipulée, elle aurait pu être améliorée parce que la loi autorise les sachets biodégradables. Alors que l’idéal aurait été de dire non tout court aux sachets. Le fait de dire qu’on peut accepter les sachets biodégradables, peut conduire à ramener des sachets non biodégradables. Or on n’aura pas de moyens pour vérifier leur biodégradabilité. Pour revenir à la loi, c’est une bonne chose, une très bonne loi parce que c’est d’abord pour notre santé à nous. Mais il faut rester vigilant, parce que dans certains pays en Afrique où la loi a été votée, rien n’a changé par la suite. Donc, il faut tout faire pour que tous ces efforts ne s’arrêtent pas et qu'au moment de l'application, on soit sûr que les conteneurs de sachets plastiques ne rentrent plus dans le pays. Le gros lot du travail commence maintenant. C’était bien d’avoir la loi mais il faut tout faire pour fermer tous les canaux par lesquels les conteneurs de sachets pourraient entrer sur le territoire.

Dans quelques semaines, la période transitoire prendra fin et l’Etat passera à la répression. Qu’en dites-vous ?

C’est bien la répression, mais avant, il faut sensibiliser pour que les gens comprennent de quoi il s’agit. On ne peut pas voter une loi et mettre en place la répression tout de suite. Il faut absolument informer les gens. Nous sommes en pleine sensibilisation. C’est important. Il faut que des gens sachent que nous sommes responsables de notre santé, donc les amener à adopter des comportements sains et responsables. Je veux dire qu’on peut vivre sans sachets plastiques.

En quoi faisant donc ?

On peut réduire la consommation des sachets. Par exemple, si au lieu d’aller au marché et de ramener vingt sachets à la maison : un pour l’huile, un pour le crincrin, un pour la tomate, le piment, l’oignon, le sel, le crabe, … chaque femme dispose d’un panier dans lequel elle met tout, ça fait vingt sachets de moins. C’est un comportement très simple qui peut avoir des impacts positifs sur nous et sur notre environnement. Que nos populations fassent attention et soient responsables?

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