La gestion des déchets dans une grande ville comme Cotonou n’est pas chose aisée. Le gouvernement entend mieux organiser la filière dans le Grand Nokoué dont fait partie Cotonou. Dr Jean Claude Grisoni, exerçant à l’Agence du cadre de vie et du développement du territoire, expose comment seront désormais gérés les déchets solides ménagers dans cette sphère. C’est à travers cette interview réalisée lors des échanges sur le partenariat Etat-communes avec les maires sur les projets du Grand Nokoué en décembre 2017.

La Nation : De quoi retourne le Projet de modernisation de la filière gestion des déchets solides et ménagers dans le Grand Nokoué?

Dr Jean Claude Grisoni : Le projet sur la filière gestion des déchets solides ménagers est un grand projet moderne. Il va gérer l’ensemble des déchets produits dans les communes du Grand Nokoué que sont Cotonou, Porto-Novo, Sèmè-Podji, Calavi et Ouidah.

Quel est le but de ce projet ?

Le projet vise principalement à améliorer de façon durable les conditions de vie des habitants à travers une filière de collecte, de traitement et de valorisation des déchets modernes et vertueuse. Plus spécifiquement, il s’agit d’atteindre un taux de collecte de 90 % à 7 ans dont 60 % de déchets valorisés.

Concrètement, quels sont les résultats attendus ?

Il s’agit de remettre tout à plat. On change la donne, la façon dont on doit fonctionner en cette matière. Trois volets sont donc prévus. Il y a la collecte des déchets, leur tri et leur valorisation. Et ce qui ressort de ce tri qui ne peut pas être valorisé va être enfoui. Nous avons une composante supplémentaire ; on prévoit si c’est possible que cette partie de résidus soit valorisée dans le cadre du dispositif de méthanisation.
Donc globalement, on couvre toute la chaîne. On prend les déchets aux pas des portes des maisons et on les dépose dans des endroits sécurisés après les avoir traités.

Comment entendez-vous organiser les activités ?

Il y a les tricycles qui ramasseront les déchets des petites rues qu’ils ramèneront en bordure. Les grands camions vont les récupérer et les amener dans les centres de transfert pour qu’on aille les enfouir. Un travail à la chaîne; donc une fois que cela s’est mis en place, on n’aura plus cette problématique de déchets. C’est une ville propre, un environnement sain. On n’aura plus de caniveaux qui vont être bouchés. Tout cela contribue à l’amélioration de la santé des populations. Et au-delà, c’est l’Etat qui sortira gagnant. Parce que vous avez des investisseurs qui n’ont pas envie de mettre leur argent dans une ville sale. Une fois qu’on aura réglé le problème de déchets, on a parlé d’asphaltage et avec l’assainissement pluvial, on aura moins d’inondation ou pas du tout d’inondations. On aura refait nos rues. Tout un ensemble qui permet d’accroître les Ide, entendez les investissements directs étrangers. Cela impacte le Pib et chacun de nous.

Comment cela se passera-t-il ?

On a suivant cette composante, globalement douze ans pour les entreprises qui vont être sélectionnées pour créer les conditions, c’est-à-dire mettre en place les infrastructures, les exploiter et après les transférer aux communes. Puisqu’on est dans le cadre de la décentralisation, cela fait partie des premières compétences des communes. On a cette première période de douze ans mais l’objectif est de faire en sorte que les retombées soient pérennes et que cela ne se limite pas seulement à cette période. C’est la raison pour laquelle j’avançais qu’on a des composantes supports.

Quels systèmes prévoyez-vous de mettre en place pour l’atteinte des objectifs ?

Le système d’information géographique d’une part et la refonte institutionnelle d’autre part. Le système d’information permet de savoir en temps réel, comme un GPS, d’où part un camion, où il va, qu’est-ce qu’il a transporté. D’ailleurs, ce tonnage précis va permettre de facturer ; ce système sera partagé à la fois par le niveau central mais également par les communes.
La deuxième chose importante porte sur la réforme institutionnelle. On va mettre en place une nouvelle structure, une agence peu importe le type de structure. Elle aura une double compétence. Ce qui va permettre d’entretenir, donc de financer le système et de gérer aussi la technique. Parce qu’il ne faut pas oublier qu’on doit créer des infrastructures qui vont vieillir et qu’on doit entretenir, des camions qui vont être achetées. Cela fait partie des exigences du ministre du Cadre de vie : du matériel dernier cri et des camions neufs. Il n’est pas question de faire de l’à-peu-près.

Quel est le coût du projet ?

Le projet va coûter 93 milliards. Il s’agit d’un coût prévisionnel. Les coûts vont être affinés lorsque les appels d’offres auront été finalisés. On a un financement variable suivant la compétence. Mais on va faire simple de manière à générer le financement. Le financement est privé. Donc l’investisseur qui vient prend une partie. Il se débrouille avec un prêt bancaire.
Mais pour intéresser ces investisseurs, l’Etat a décidé d’intervenir très fortement ; il y aura donc une partie financée sur le budget de l’Etat. Et pour éviter que ce budget soit grevé, nous prévoyons de mettre en place des techniques d’ingénierie financière. Nous allons donc compléter par la garantie, par l’avance de démarrage. Tout ce dispositif montre que l’Etat s’engage fortement.

A quoi devront donc s’attendre les Cotonois et Cotonoises avec ce projet ?

L’ambition est qu’on n’ait plus de déchets qui traînent dans la ville. Nous avons ces problèmes parce que la filière n’est pas du tout organisée.

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