La veille de l’organisation des concours de recrutement dans la fonction publique rime souvent avec les longues files de candidats devant les directions des Examens et Concours (Dec) du ministère en charge de l’Enseignement primaire et de celui de l’Enseignement secondaire. Des jeunes diplômés cherchant à retirer leurs attestations ou diplômes de Bepc, du Cap et du Cep sont chaque fois confrontés à des tracasseries.

Mafouz Afoudo a fait le déplacement de Nikki pour la direction des Examens et Concours du ministère chargé de l’Enseignement secondaire à Porto-Novo pour retirer son attestation du Brevet d’études du premier cycle (Bepc) qu’il a obtenu en 2014. Mais jusqu’à 15 heures ce lundi 17 juillet, il n’est pas sûr de faire les formalités pour le retrait de son diplôme, avec la longue file d’attente qui se dresse devant lui. Et cela, en dépit du fait qu’il ait effectué son voyage la veille et a passé la nuit auprès d’un parent proche à lui à Sèmè-Podji afin d’être parmi les tout premiers. La désillusion a été totale pour lui ce lundi quand il s’est pointé à 7 h 25. Plusieurs centaines de jeunes l’ont devancé, à la recherche soit de l'attestation du Bepc pour certains, soit de celle du Certificat d’aptitude professionnelle (Cap) pour d’autres, après l’annonce du Gouvernement de recruter plus de 8000 agents dans la Fonction publique avant la fin de cette année. Plusieurs autres requérants ont connu le même calvaire que Mafouz Afoudo. Ils étaient dans les rangs, entassés comme des sardines. Certains plus rusés arrivaient à tromper la vigilance des autres pour s’insérer dans les rangs de devant. Avec cette ruse, d'autres risquent de ne jamais atteindre le bout de la longue file pour formuler leur demande. Des disputes et même des bagarres éclatent de temps à autre dans les rangs. Les éléments de la gendarmerie postés à la porte d’entrée du bureau de demande d’attestations du Bepc ou du Cap essaient de ramener l’ordre et la discipline, mais ils semblent parfois débordés.
En fait, Mafouz Afoudo cherchait à retirer ce diplôme pour se présenter au concours de recrutement de 386 agents lancé par le Gouvernement au profit du ministère de l’Economie et des Finances. Mais il dit ne pas être sûr d’obtenir cette pièce maîtresse pour finaliser son dossier de candidature. « La situation est pire au niveau du bureau de retrait des attestations à la Dec », nous oriente un septuagénaire venu de Pobè et qui a accompagné sa fille pour déposer sa demande d’attestation de Cap. C’est effectivement le grand désarroi devant ce bureau, malgré la présence des gendarmes qui assurent le maintien d’ordre. La situation est la même du côté de la direction des Examens et Concours du ministère des Enseignements maternel et primaire en charge de la délivrance des attestations du Certificat d’études primaires (Cep) aux demandeurs. Il est exigé ici aux usagers, en plus des rangs, de s’inscrire sur une liste par ordre d’arrivée avant d’être reçus par les agents de la Dec/Memp installée dans les mêmes locaux que la Dec/Mestfp.

Désolation de Mahougnon Kakpo

Approché, le directeur des Examens et Concours du ministère chargé de l’Enseignement secondaire se désole de la situation. Mahougnon Kakpo trouve inconcevable que les usagers attendent la période des concours de recrutement pour venir envahir la Dec pour le retrait de leurs attestations ou diplômes du Bepc, du Cap et autres. Il dit avoir été obligé de sortir, face à la situation de grande affluence ces derniers jours, une note de service en date du jeudi 13 juillet dernier pour mieux satisfaire les demandeurs. Selon le Dec Mahougnon Kakpo, les demandes faites auprès de ses services entre 8 h et 12 h, sont satisfaites désormais le même jour, et le lendemain pour celles déposées entre 15 h et 16 h 30. Cette mesure permet de réduire les tracasseries aux usagers dont certains sont obligés de parcourir des centaines de kilomètres avant d’entrer en possession de leur précieuse pièce.
Mahougnon Kakpo accuse les directions départementales de l’Enseignement secondaire, technique et de la Formation professionnelle de ne pas accompagner la réforme de décentralisation du processus de délivrance des attestations et diplômes académiques. A l’en croire, en 2010, il est offert aux usagers de la Dec la possibilité de déposer leurs demandes d’attestation dans les directions départementales en charge de l’Enseignement secondaire. Quitte à celles-ci d’acheminer lesdites demandes vers la Dec qui délivre l’attestation et la retourne au bout de quinze jours à la direction départementale concernée. Ce qui permet alors au requérant de retirer son acte sans être obligé de parcourir de longue distance. « Ce n’est pas normal de dépenser des dizaines de milliers de francs Cfa comme frais de voyage pour quitter le Nord-Bénin pour venir retirer par exemple une attestation de Bepc dont la délivrance coûte 1 200 F Cfa », déplore Mahougnon Kakpo. Il conçoit mal que les directions départementales de l’Enseignement secondaire soient encore à la traîne de cette réforme de décentralisation de la délivrance des diplômes et attestations. Seule la direction départementale de l’Enseignement secondaire de l’Atacora, selon lui, l’accompagne convenablement dans cette mesure, fait-il savoir. Le Dec/Metfp dit ne pas comprendre pourquoi les autres s’obtiennent jusqu’ici à lui emboîter le pas. A son retour à la tête de la direction depuis 2016, il dit avoir relancé ces directeurs départementaux pour soulager un tant soit peu la peine des usagers, mais en vain. Conséquence : la Dec est envahie à la veille de chaque concours de recrutement dans la fonction publique. Mahougnon Kakpo invite les demandeurs à ne plus attendre les derniers moments pour retirer leurs attestations ou diplômes de Bepc, du Cap et autres.

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