Le programme « Journalistes, Justice, Paix, Sécurité » se poursuit à la Haye aux Pays-Bas, pour les hommes des médias invités. Au menu de la journée du mardi 14 avril dernier, une virée au siège de la réputée radio néerlandaise, et surtout une causerie-débat dans la nuit sur le thème: «Les chiens de garde sous surveillance: les médias à l’ère de la cybersurveillance ». C’était à la Maison de l’Humanité à la Haye.

C’est à Hilversum, ville située à 90 minutes de La Haye, que la journée a commencé pour les participants au programme. Accueillis au siège de Radio Netherlands Worldwide, ils ont droit à un échange d’expériences pour confronter les réalités de leurs différents pays, en matière de cybersécurité, de cybercriminalité, de contrôle de données et surtout de réponses apportées ou proposées par les Etats pour faire face à la situation. S’il est apparu que dans de nombreux pays, les révélations d’Edward Snowden aux Etats-Unis ou les effets du Printemps arabe ont amené les dirigeants à prendre conscience de la nécessité de la sécurisation d’Internet, sans toutefois attenter abusivement à la liberté d’expression, il se déduit aussi que dans bien d’autres pays, le défi reste entier en terme de promotion de la liberté d’expression, et de sécurité du cyberespace.
Puis, la délégation a eu droit à des échanges avec la Rédaction Afrique de Radio Netherlands Worldwide dont l’action, sur le continent africain, consiste de plus en plus à donner la parole aux jeunes et à les organiser en réseaux d’activistes afin qu’ils se prononcent sur les sujets de leurs préoccupations : gouvernance politique, économique, environnement, sexualité… Des thèmes qu’ils choisissent eux-mêmes et dont ils peuvent parler librement.

Ces surveillants surveillés !

Plus tard, de 20h à 22h heures locales, les participants au programme ont pris part à une causerie-débat sur le thème: «Les chiens de garde sous surveillance: les médias à l’ère de la surveillance électronique (ou cyber surveillance)». Animée par Don Podesta, responsable du Centre international pour l’Assistance aux Médias (CIMA), Hala Aldasari, chercheuse saoudienne, militante et présentatrice, puis Janet Anderson de la radio néerlandaise. Elle a permis de se convaincre que les réalités varient d’un pays à un autre. Et que le droit à la vie privée est souvent compris comme une condition essentielle pour la réalisation du droit à la liberté d'expression. L’ingérence indue dans la vie privée de l'individu pouvant à la fois limiter directement et indirectement le libre développement et l'échange des idées. De même, la surveillance électronique des communications par courriel, appels téléphoniques, visites à des sites Web , les achats en ligne , et même la localisation physique des personnes est maintenant omniprésente dans le monde entier, ont-ils fait observer. Cela a d'énormes implications pour la vie privée et la liberté d'expression et d'association d'une part et pour l’application des lois de sécurité nationale d’autre part…
Tout particulièrement, les panélistes expliquent que si aucun citoyen ne veut être épié, pour les journalistes, la surveillance secrète dont ils peuvent faire l’objet pose un problème supplémentaire : faire leur travail peut les exposer à des dangers. Que par exemple dans les pays autoritaires, les journalistes s’inquiètent autant de se protéger, que de protéger leurs sources. Car non seulement les gouvernements peuvent suivre leurs mouvements et leurs communications à l’intérieur des frontières nationales, mais aussi ils peuvent être traqués à l'échelle internationale.

Pourtant, pas besoin d’autant de surveillance

Or, relèvent-ils, si les journalistes pensent que tout ce qu’ils font n’est pas protégé ou si leurs sources ne croient pas qu’ils peuvent les protéger, ceci a un effet pervers puisque les journalistes sont comme le canari dans la mine de charbon. Ils fouinent souvent. Ils peuvent paraître très suspects, mais ils sont une partie importante d'une société libre.
La conseillère principale et stratégiste pour l’intelligence économique Bernadette van Dijck dans une réflexion sur cette thématique souligne que, les gouvernements n’ont pas besoin de recourir à l'interception électronique secrète en temps réel de communications privées pour suivre les individus, puisqu’à l'ère de l'information, les données se cachent à la vue.
En effet, développent-ils, les téléphones intelligents viennent chargés d’applications qui envoient des informations sur leurs utilisateurs, en particulier leur localisation physique, même les téléphones portables simples doivent échanger des signaux avec des tours de transmission, dont les emplacements sont connus ; un logiciel de reconnaissance faciale peut être utilisé pour identifier les dissidents participant à des manifestations à partir d'images capturées sur vidéo ou sur les photos…

Par Wilfried Léandre HOUNGBEDJI, envoyé spécial à La Haye

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