La promotion d’un riz local de qualité répondant au goût et aux exigences du consommateur préoccupe gouvernants, partenaires techniques et financiers et autres acteurs de la filière. Si la production de cette céréale, la plus consommée après le maïs, a augmenté de façon remarquable ces dernières années, la transformation, quoiqu’améliorée, reste le maillon faible de cette chaine de valeur au Bénin, en dépit des politiques de soutien.

Raffiné, naturellement parfumé, facile à cuire, soigneusement emballé, le riz local redore son blason. Blanc ou étuvé, ses qualités organoleptiques se sont améliorées au point qu’il a fait son entrée dans les rayons des supermarchés et  s’exporte (6294 tonnes exportées en 2018 pour 2 385 682 F Cfa selon des chiffres du Conseil de concertation des riziculteurs du Bénin / Ccr-B). Les critiques jadis formulées à son encontre tombent à plat, grâce aux efforts consentis ces dernières année par l’Etat, les acteurs de la filière et surtout les partenaires techniques et financiers qui y ont investi d’importants moyens à travers l’avènement de mini-rizeries qui ont révolutionné le sous-secteur de la transformation et la filière en général. « Notre riz n’a aujourd’hui rien à envier au riz importé ; les consommateurs commencent à l’aimer », note Jules Avocè, directeur de l’Entreprise de services et organisations paysannes (Esop) Vallée de l’Ouémé. « C’étaient les cailloux et les déchets qu’on déplorait dans le riz local ; aujourd’hui, cela s’est beaucoup amélioré », confirme Sabirou Séidou, responsable de l’entreprise Alternatives en charge de la mini-rizerie de l’Union communale des producteurs de riz (Ucpr) de Tanguiéta.
Délice, Saveur,Nati, Sourou, Fèmi, Vinadou, Barka, Rivalop, Clean Rice, Matékpo, le label béninois s’impose peu à peu sur un marché encore dominé par les riz asiatiques. Le riz local est transformé suivant une démarche qualité plus ou moins rigoureuse consignée dans des cahiers de charges et des documents de normes actualisés l’année dernière avec l’appui des partenaires, en l’occurrence Enabel, Rikolto (ex-Veco) et l’Agence nationale de normalisation, de métrologie et du contrôle de la qualité (Anm).Il connaît un certain engouement auprès des consommateurs et les transformateurs n’arrivent toujours pas à satisfaire les commandes, surtout en temps de fête. « En décembre dernier, on a eu tellement de pression par rapport au riz long grain. On était obligé de travailler régulièrement de 8 h à 2 h du matin sans arrêt. Malgré tout, on n’a pas pu satisfaire tout le monde à la fin de l’année dernière », confie Jules Avocè. Pour le mois de décembre seul, son entreprise a transformé près de 80 tonnes de riz ; la production annuelle a atteint, l’année passée, les 400 tonnes. Pour l’exercice actuel, il projette d’aller à 500 tonnes.
L’Union régionale des femmes étuveuses du riz des Collines (Urfer-C) qui a produit l’année passée 150 tonnes de riz étuvé à Glazoué, compte doubler la production, afin de satisfaire les demandes des consommateurs. « Vu les demandes en cours, surtout des lycées, on voit que même les 300 tonnes que nous voulons faire pourraient ne pas suffire. Nous allons compter sur les transformations individuelles des membres de l’Union pour compléter les 300 tonnes », précise Léontine Batcho, présidente de l’Urfer-C.
Une avancée à petits pas
L’engouement pour le riz s’est accru avec le développement de la filière enclenché au lendemain de la crise alimentaire mondiale de 2008. Avec une politique d’incitation, la production est passée de 16 498 tonnes en 1995 à 204 310 tonnes en 2014, selon la direction des statistiques agricoles du ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche (Maep); elle devrait atteindre 419 000 tonnes, selon le ministre de l’Agriculture, Gaston Dossouhoui au lancement de la campagne agricole 2019-2020. Autrefois repas de fête, le riz est entré dans les habitudes alimentaires quotidiennes au point de devenir le deuxième aliment le plus consommé au Bénin après le maïs.
Ce bond quantitatif et qualitatif bien qu’apprécié est loin de combler les attentes. «  On avance mais à petits pas », apprécie Sabirou Séïdou. En fait, moins de la moitié de cette production est transformée sur place, alors que le pays fait face à une rude concurrence du riz importé dont la production est fortement subventionnée dans les pays de provenance.A titre illustratif, 2 329 413,1 tonnes de riz ont transité en 2013 par le port de Cotonou dont 728 690,8 tonnes du Bénin (le reste est réexporté vers le Nigeria, le Niger, le Togo), selon les statistiques du Port autonome de Cotonou citées dans une étude du Laboratoire  d’analyse régionale et d’expertise sociale (Lares) intitulée « Analyse des impacts des politiques et stratégies mises en œuvre par l’Etat dans la filière riz depuis 2008 ».La grande partie du paddy est achetée par le Nigeria où la demande totale en riz s’élève à plus de 5 millions de tonnes alors que le pays produit à peine la moitié de ses besoins.
Aussi, le riz « made in Benin» reste-t-il relativement cher, coûtant en moyenne 500 F Cfa et allant jusqu’à 1000 F Cfa le kilo, alors que sur le marché, il y a du riz asiatique à 350 F Cfa le kilo. Pour mettre le produit à la disposition de tous, il convient de passer à une économie d’échelle en augmentant le volume de production tout en baissant les prix, préconise Jules Avocè. Pour la mini-rizerie Esop Vallée de l’Ouémé dont il a la charge, un plan de développement est élaboré et n’attend que le financement pour être mis en œuvre. « Nous envisageons d'aller à 1000 tonnes en 2021 puis à 2000 tonnes en 2023; nous cherchons le financement (crédit ou subvention) pour sa mise en application», dévoile-t-il.
Si au niveau de cette unité de transformation comme dans d’autres, la transformation du riz fait son petit bonhomme de chemin, d’autres acteurs : associations, groupements féminins et autres privés ne sont pas logés à la même enseigne dans ce sous-secteur encore fragile.

Faibles performances

Les mini-rizeries connaissent diverses fortunes. Installées pour la plupart grâce à des projets et programmes publics, elles sont encore loin d’inverser la tendance de l’invasion massive du riz étranger. Comme les deux unités modernes publiques de Malanville et de Glazoué à l’arrêt depuis 2016 et qui ont récemment fait l’objet de cession à une société privée, plusieurs unités de décorticage chèrement acquises au profit des associations de riziculteurs ou par des privés ne fonctionnent plus.
Des cinq mini-rizeries mises en place dans le cadre du Projet de diffusion du riz Nérica (Pdrn) au profit des producteurs, seule celle de Dassa-Zoumè travaille vaille que vaille avec une machine vétuste, vieille de douze ans. Les autres implantées à Tanguiéta, Cobly, Matéri, et Glazoué sont réduites à des tas de ferrailles abandonnées à la rouille.
Les machines acquises par la coopération allemande Giz au profit des organisations paysannes de Ouaké, Kérou,
Pehunco, Bassila, Djougou, ont connu le même sort, sauf celle de Tanguiéta mais qui enchaîne des pannes à n’en point finir. «A priori, c’étaient des machines neuves mais nous avons constaté les pannes dès le début. Ça n’a jamais fonctionné correctement. C’est notre ténacité qui fait qu’on est encore là pour aider les producteurs à ne pas fermer la mini-rizerie », laisse entendre Sabirou Séïdou de la mini-rizerie à l’arrêt depuis mi-mai pour une panne électrique nécessite 200 000 F Cfa. « Les pannes sont trop fréquentes, nous obligeant à aller jusqu’à Natitingou (à 80 km) pour décortiquer le riz et occasionnant un surcoût dans la transformation», se plaint Adjoua Moutouama, étuveuse à
Tanguiéta et présidente de l'Union régionale des coopératives de producteurs de riz de l'Atacora-Donga.
A force de bricolage faute de techniciens qualifiés et de pièces de rechange adéquates, les machines des unités de transformation tombent régulièrement en panne ou, dans le meilleur des cas, fonctionnent en deçà de leur capacité. « L’usine (de Dassa) est sous-exploitée : on n’arrive même pas à faire 1 tonne/jour», selon Sébastien Owolabi, gestionnaire de la mini-rizerie de Dassa-Zoumè,qui essaie d’adapter la machine aux pièces disponibles sur place.
« Normalement, ce sont des machines qui pouvaient fournir 5 à 10 tonnes par jour. Depuis qu’on a pris ça, on n’a jamais fait plus de 3 tonnes par jour », affirme Latifou Boubakar, gérant de la mini-rizerie de Tanguiéta. « Il n’y a pas sur place des gens qui maîtrisent les machines et qui soient en mesure de les réparer convenablement ; il faut faire venir des gens depuis Cotonou et quelques jours après l’entretien, vous découvrez d’autres pannes», se lamente-t-il.

Insuffisance de machines adéquates

Des unités semi-artisanales existent dans plusieurs localités et transforment le paddy en riz blanc ou étuvé. De gros efforts sont faits pour leur mise en place en vue de favoriser l’émergence de la filière du petit grain blanc, à travers des projets tels que le Programme d'urgence d'appui à la sécurité alimentaire (Puasa), le Programme d’appui à la diversification agricole (Pada), le Projet d’appui à la filière riz du Bénin (Pafiriz), qui ont été respectivement portés par la Fao, la Banque mondiale, l’Union européenne et la Coopération belge. Mais la plupart manquent d’équipements spécifiques tels que la vanneuse, la calibreuse, l’épierreuse,la trieuse optique. Du coup, elles doivent mobiliser une main-d’œuvre forte pour le tri manuel ; ce qui est non seulement pénible mais ne garantit pas toujours une qualité exceptionnelle du riz et une grande quantité de riz transformé.
La qualité des machines laisse souvent à désirer. La coopérative Vinadou du village Tovè à Dangbo en a fait une amère expérience. Elle a dû abandonner une première décortiqueuse acquise en 2016 qui brisait systématiquement le riz pour s’endetter et acquérir l’année dernière une nouvelle auprès d’un fournisseur chinois installé à Cotonou-Gbégamey et qui tient pour l’instant la route, à en croire Clément Ahoton, trésorier de la coopérative.
Les autres difficultés que rencontrent les transformateurs ont pour noms : manque de magasins de stockage, d’aires et de bâches de séchage, et surtout défaut ou coût élevé d’énergie électrique, comme le signale sœur Laura Mosca, responsable de la mini-rizerie des Sœurs immaculatines d’Agbon à Bantè. C’est également le cas à l’unité de transformation du riz de la coopérative Vinadou.

Vente groupée : un vœu pieux ?

La difficulté à obtenir la matière première de qualité et en quantité suffisante reste patente. Tous les gérants des mini-rizeries se plaignent de la faible organisation de l’approvisionnement en paddy.
La plupart des mini-rizeries appartiennent aux organisations des producteurs de riz et, ou aux associations des transformateurs, mais la production elle-même n’est pas suffisamment structurée pour garantir la disponibilité de la matière première de qualité, fustige Sabirou Séïdou.
« A la mini-rizerie de Dassa-Zoumè, il est écrit noir sur blanc que ce sont les producteurs à qui elle appartient,qui doivent ravitailler l’usine en paddy. Mais ils n’ont jamais amené une tonne de riz à l’usine et pourtant viennent se présenter pour des ristournes. C’est paradoxal ! », dénonce Sébastien Owolabi. « A Glazoué, c’est pareil. On leur a donné jusqu’à 2 millions F Cfa pour produire le riz mais on n'a même pas eu un sac de 100 kg», enchaîne-t-il. Dans la longue procédure des prêts qui traîne, les Nigérians à l’affût passent ramasser une bonne partie du riz paddy, obligeant des gestionnaires de mini-rizeries à aller chercher une tonne par ici, une demi-tonne par là avec un renchérissement du coût à 170 F voire plus au lieu de 110 ou 150 F Cfa tout au plus en période de moisson.
La vente groupée qui devrait éviter le bradage du paddy à la récolte, la mévente, la perte du poids du riz et l’augmentation des frais pendant le stockage, et surtout permettre de satisfaire la demande en riz paddy des unités de transformation, est loin d’être une réalité dans plusieurs localités. « La filière reste très peu organisée. C’est lorsqu’on annonce des projets que les gens s’organisent en coopératives pour bénéficier des perdiems et des équipements », accuse M. Owolabi.
« La vente groupée nécessite des ressources financières. C’est ce problème que nous avons présentement ; ce qui fait que ces Nigérians infiltrent le marché. Si c’était bien organisé, les acheteurs nigérians seraient obligés de passer par les organisations des paysans avant de l’avoir », justifie Faustin Atomabè, président de l’Union des riziculteurs du Centre (Uniriz).
L’étuvage avant décorticage qui permet de conserver les valeurs nutritives des grains est le système de transformation le plus répandu, notamment dans les départements des Collines, du Borgou, de l’Alibori, de l’Atacora, de la Donga.De toute façon, les transformateurs artisanaux sur place ne peuvent pas consommer toute la production locale.« Il reste une grande partie à vendre sur le marché extérieur ; mais il faut signaler que ces Nigérians viennent chercher le paddy de façon anarchique », admet-il.
Il est nécessaire de développer ou de renforcer les relations contractuelles entre les producteurs et les transformateurs pour assurer à ces derniers l’accès facile au paddy et ainsi la régularité et la fiabilité de l’usinage du riz local.

Des emballages importés

Outre sa qualité, le riz béninois a également fait des progrès en termes de conditionnement. Les emballages les plus soignés proviennent de la Chine et sont financés par les partenaires techniques et financiers, tandis que les transformateurs moins nantis font recours aux fabricants du Nigeria, du Ghana, du Togo pour faire leurs commandes. Les contenants leur reviennent chers et le délai de livraison est assez long. « L’unité du petit sac de 5 kg coûte entre 125 et 500 F Cfa; cela constitue aussi un goulot d’étranglement puisque cela rejaillit sur le coût de cession du riz au consommateur », selon  Assise Komlan Fiodendji (Fiokas), producteur et transformateur de riz à Todjonoukoin dans la commune de Grand-Popo.
Pour le moment, il n’y a pas une société de fabrication d’emballage qui satisfait les attentes des transformateurs. « C’est vrai qu’il y a une usine qui s’est installée à Ouidah mais ce n’est pas encore la qualité que nous recherchons; on a dépassé cette qualité-là », souligne Jules Avocè de l’Esop Vallée de l’Ouémé.
L’installation d’une usine de fabrication d’emballages de qualité s’avère nécessaire : une aubaine à saisir pour les opérateurs économiques !
Le fonds manque le plus !
De Dangbo à Tanguiéta en passant par Bohicon, Dassa, Savalou, Glazoué, Djougou, Grand-Popo, Comè, le problème crucial évoqué dans la transformation du riz demeure le manque de fonds pour l’approvisionnement en matière première en vue de la transformation.« Même si les machines ne tombaient pas régulièrement en panne, notre capacité d’approvisionnement en paddy pour alimenter la mini-rizerie de Tanguiéta, en termes financier et organisationnel, est très réduite», avoue Sabirou Séidou.
« La principale difficulté, c’est le manque de fonds de roulement. Vous avez les commandes mais vous n’avez pas de l’argent pour acheter le paddy ou quand vous l’avez, tout est déjà vendu par les producteurs aux Nigérians qui viennent tout ramasser », signale Edith Saï, présidente du Centre de promotion de l’entrepreneuriat féminin (Cpef) Sourou Bayayé de Natitingou. Si l’on comprend que le producteur ne va pas souffrir pour produire son riz et le garder sous les bras alors qu’il a besoin d’argent pour ses besoins fondamentaux et payer la scolarité de ses enfants, force est de constater que l’appui technique apporté aux producteurs profite ainsi beaucoup plus au Grand voisin de l’Est.
« Les procédures sont complexes au niveau des institutions de microfinance. D’abord c’est difficile d’obtenir du crédit et quand vous parvenez à l’obtenir, vous commencez à payer dès le mois suivant ; ce qui ne permet pas aux transformateurs du riz de s’en sortir », souligne
Sébastien Owolabi, gestionnaire de la mini-rizerie de Dassa-Zoumè. « On devrait laisser un temps aux transformateurs avant de commencer à rembourser, parce qu’après la récolte, il faut laisser le riz au moins trois mois avant de commencer à décortiquer. Si ce n’est pas bien séché, ça fait de l’amidon et ça colle et les consommateurs n’apprécient pas», explique-t-il.
« L’intérêt appliqué par les caisses locales sur les prêts est très élevé. C’est entre 11 à 18%», fait savoir Mme Edith Saï.« Le programme d’appui à l’entrepreneuriat féminin au sein de la filière riz (Paefer-Bénin) nous a appuyé pour avoir du crédit auprès d'une caisse locale; mais vu l’intérêt que ça générait, ce crédit ne nous arrange pas. Cela pèse beaucoup sur nous », indique, pour sa part, Léontine Batcho, présidente de l’Union régionale des femmes étuveuses du riz des Collines (Urfer-C). «Au Burkina, nous avons vu que les femmes ont un crédit à taux d’intérêt de 8 %, pratiquement la moitié de ce que nous avons ici où le taux s’élève à 15 % », compare-t-elle.
« Les projets et programmes, ce n’est que les équipements qui les intéressent. Mais si on a les équipements qui ne tournent pas faute de moyens financiers, il y a un problème », fait remarquer Sébastien Owolabi. Certains privés ne sont pas de l’avis de ceux qui pensent que le gouvernement ou les partenaires doivent mettre de l’argent à la disposition des associations afin d’honorer les commandes. « Ceux qui disent qu’ils n’ont pas de fonds de roulement, c’est un faux problème », affirme Assise Komlan Fiodendji. « Si vous avez tout gratuitement: machines, emballages, magasins, et vous voulez qu’on vous donne encore les fonds de roulement, alors vous-mêmes, vous y apportez quoi ? Pourquoi sont-ils en association ? Et les fonds qu’ils gagnent, qu’est-ce qu’ils en font ?», se demande-t-il, plaidant pour une réorganisation totale de la chaîne de valeur riz et un appui équitable à tous les privés qui s’échinent dans ce domaine.
Le Fnda, la solution !

« Nous sommes en train de monter un plan d’affaires à soumettre au Fnda pour être capables d’acheter du riz paddy, car on a du matériel mais on n’a pas de l’argent pour acheter le riz au centre d’achat du paddy », confie Mme Edith Saï, présidente du Cpef-Sourou Bayayé.
Doté de 294 milliards F Cfa pour les cinq prochaines années,leFonds national de développement agricole (Fnda) dont les activités ont été lancées en juin 2018, constitue l’espoir des entrepreneurs agricoles en général et des transformateurs du riz en particulier.Loin d’être une banque, ce dispositif de financement qui voudrait s’adapter aux conditions et contraintes spécifiques du secteur agricole et rural, devrait réduire les risques, bonifier les crédits et faciliter ainsi l’accès des bénéficiaires aux prêts bancaires.
Seulement, beaucoup d’entrepreneurs agricoles ignorent encore l’existence de ce fonds et les conditions d’accès aux investissements structurants, aux services financiers et non financiers que propose le Fonds.
Pour rappel, le Fnda est institué pour contribuer à l’amélioration des revenus agricoles et à la sécurité alimentaire par la promotion de l’investissement privé dans le secteur agricole, à travers des subventions ciblées et des instruments financiers adaptés aux besoins des filières. En liaison avec les Agences territoriales de développement agricole (Atda), le Fonds vise, entre autres, à soutenir sous forme de subventions à frais partagés, et sous certaines conditions spécifiques, des investissements qui permettent aux exploitants et entrepreneurs agricoles de démarrer, de consolider, d'étendre et/ou de professionnaliser les activités de production, de transformation et de commercialisation des produits agricoles, animaux et halieutiques?
Plaidoyer pour une politique cohérente
La transformation du riz au Bénin est promise à un avenir radieux si les goulots d’étranglement sont levés pour produire en quantité, tout en maintenant le cap de l’amélioration de la qualité.Selon les estimations du Plan national d’investissements agricoles et de sécurité alimentaire et nutritionnelle (Pniasan 2017 – 2021), le taux de couverture des besoins de consommation du riz devrait passer de 56,3% en 2017 à 87,1% en 2021pour renforcer la souveraineté du pays pour cette denrée alimentaire.
« Il y a de l’avenir dans le riz si le gouvernement élargit le financement au niveau de la filière », estime Assise Fiodendji, optimiste. Il va falloir continuer les efforts pour permettre au consommateur d’avoir le riz à un prix raisonnable, exhorte-t-il. « Quand nous accusons les producteurs étrangers de faire du doping pour la culture, il faut reconnaître que c’est des gens dont les gouvernants ont subventionné la production : ils ont pratiquement l’engrais gratuit et leur production n’attend pas. Le gouvernement ramasse et les paie aussitôt », croit-il savoir. «Le gouvernement doit faire ce qu’il fait dans la filière coton », invite M. Fiodendji.
Pour Jules Avocè, directeur de l’Esop Vallée de l’Ouémé, le grand marché du Nigeria à côté et la demande de plus en plus forte en riz local doivent amener à penser à une « politique cohérente » de promotion du riz local. Il s’explique : « Nous ne faisons que développer d’autres pays au détriment du nôtre, en consommant le riz d’ailleurs. Outre un mécanisme vraiment réaliste pour booster la production du riz, il faut une régulation de l’entrée des Nigérians sur le marché du paddy béninois d’une part, et une réglementation cohérente de l’importation d’autre part, vu les quantités produites au plan local ».
Il est également question de revoir le coût d’achat du riz paddy qui reste élevé, selon A. Fiodendji, pourtant producteur. Michel Biokou, ex-agent de la Sonapra et ancien responsable de la rizerie publique de Glazoué, est de cet avis. Depuis 2008, le prix du paddy a été augmenté pour encourager les producteurs au détriment des transformateurs, estime-t-il. Selon lui, « Pour que le riz béninois soit compétitif, il faut que le prix d’achat de la matière première, des intrants et le coût de production ne soient pas trop élevés pour les transformateurs ; c’est cela qui a tué les petits groupements de transformation». A cela s’ajoute le don japonais annuel cédé à bas prix(260 F Cfa environ) qui vient annihiler les efforts des transformateurs sur place.
Pour baisser le prix du paddy, Assise Komlan Fiodendji a sa petite idée : « Les organisations de producteurs et les encadreurs doivent faire un travail de fond sur les différentes charges liées à la production pour les baisser ». « Je suppose qu’au lieu de deux ou trois sarclages par exemple, qu’on cherche des moyens pour faire un seul sarclage au lieu de solliciter une main-d’œuvre qui doit vous prendre 5000 F pour 400 mètres-carrés, soit 125000 F Cfa pour un hectare. Alors que si vous prenez 40 000 ou 50 000 F au plus, vous pouvez louer un tracteur et le même jour, il finit et s’en va », explique le producteur. Sauf que les Nigérians qui rôdent autour des greniers des producteurs dès la récolte sont prêts à augmenter les enchères jusqu’à 200 voire 250 F Cfa le kilo du paddy.
La qualité du riz transformé étant tributaire des conditions de production, de récolte et de stockage du paddy, il importe de renouer avec le système d’encadrement, à en croire Assise Fiodendji. « Dans la zone du Mono, la production est extrêmement marginale. En plus, on ne sait même plus s’il y a d’encadrement depuis que les responsables communaux pour la promotion agricole (Rcpa)et autres techniciens spécialisés en production végétale (Tspv) ne sont plus actifs sur le terrain ; les producteurs sont abandonnés à leur sort », déplore-t-il, invitant les Atda à jouer convenablement leur rôle.
Aussi, importe-t-il de travailler sur les variétés de riz et faire le suivi des itinéraires techniques, et l’Institut national de recherche agricole (Inrab) peut contribuer fortement à ça, préconise Michel Biokou. Pour l’instant, la variété IR 841à grains effilés et naturellement parfumés reste la vedette dans les champs rizicoles sur l’ensemble du territoire national. Mais une autre variété provenant de l’Inde appelée «Béri», aussi intéressante sinon plus, est cultivée dans la ferme ‘’Cité de Jésus-Christ’’ située à
Agovédon (Comè), et jalousement conservée par son propriétaire, François Acakpo Eboué.
Par ailleurs, il faut que l’Etat continue avec les exonérations sur les machines agricoles aussi bien pour la production que pour la transformation, ajoute-t-il.
Autant dire que le Cadre national des transformateurs du riz du Bénin (Cntr-B) instauré depuis 2015 et l’Interprofession de la filière riz (Ifriz-Bénin) mise en place en 2017, ont du pain sur la planche, dans la recherche de solutions et le plaidoyer auprès des partenaires en vue de lever les contraintes encore persistantes dans la transformation du riz.
Michel Abikou, ancien responsable de la rizerie de Glazoué
« L’Etat a raison de céder les usines publiques »
« L’Etat n’avait pas d’autre choix que de privatiser les rizeries publiques, c’est évident », affirme Michel Abikou, ancien responsable d’usine à la rizerie de Glazoué. Pour l’industriel et agroéconomiste, cette décision s’impose en ce sens que les défaillances s’accumulaient au fil des années et cela ne pouvait pas continuer ainsi.
Il pointe du doigt la faiblesse des rendements des deux usines dont les parties prenantes étaient: le Programme de promotion de la mécanisation agricole (Ppma), la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra) et l’Office national d'appui à la sécurité alimentaire (Onasa), des structures dont la liquidation a été ordonnée en novembre 2016 par le gouvernement du Nouveau départ. Alors que les petits groupements vont jusqu’à 70 % (la norme est fixée à 65 %), les grandes rizeries étatiques ont toujours tourné en deçà de leur capacité théorique de 150 tonnes par jour et nette de 90 tonnes par jour. En effet, de 2011 à 2013, les usines de Glazoué et de Malanville n’ont décortiqué au total, en trois ans, que 18 405,04 tonnes de paddy pour 8611,8 tonnes de riz blanc, selon une étude du Lares. Elles ont ainsi enregistré un rendement moyen de 54 % contre 75 % selon les performances des équipements et les normes internationales.
De plus, la qualité du riz qui en sortait laissait à désirer du fait du mélange des variétés et du peu de soin accordé au paddy avant la transformation. « Pour le produit fini, il n’y avait pas trop d’exigences et donc ce n’était pas la peine de trop dépenser ; ce qui fait que les gens n’appréciaient pas les produits de l’Onasa », confie l’ancien chef d’usine. M. Abikou dit avoir fait de son mieux, en son temps, pour améliorer la qualité du riz produit à l’usine de Glazoué, en procédant au tri à plusieurs niveaux lors de la collecte du paddy. « J’ai fait le fou pour améliorer la qualité. Et les gens ont constaté le changement par rapport au riz qui sortait de l’usine de Malanville », se félicite l’ex-chef d’usine, marqueteur par ailleurs.
Mais le problème crucial, enchaîne-t-il, c'est que l’Onasa qui devrait prendre toute la production de la rizerie, l’achetait non seulement à un prix très bas (subventionné), mais en plus ne payait pas la Sonapra qui achetait à crédit le paddy auprès des producteurs par l’intermédiaire des Centre agricoles régionaux pour le développement rural (Carder) et du Projet de développement agricole des communes (Padec). Cela se passait entre structures étatiques, donc entre Etat et Etat. « A un moment donné, la Sonapra avait de problèmes pour payer la matière première (le paddy) et procéder à la transformation », se souvient Michel Abikou.
L’autre écueil a été la sous-exploitation des usines, alors que le politique procédait à l’augmentation du prix de la matière première pour encourager les producteurs de riz. « Une usine devrait travailler 24 heures mais elle ne fonctionnait que 8 heures. Après, on ne fait plus rien. Il y avait seulement une équipe alors qu’on pouvait avoir deux ou trois pour utiliser la pleine capacité des machines », se désole Michel Abikou. Ses propositions dans ce sens n’ont été jamais prises en compte, fustige le responsable d’usine qui n’aura passé que quinze mois à ce poste?
Cession des rizeries étatiques de Glazoué et de Malanville
Les petits transformateurs s’inquiètent, la Sobetri rassure
L’installation prochaine de la Société béninoise de transformation du riz (Sobetri), suite à la cession intégrale des deux unités industrielles étatiques de Glazoué et de Malanville à son profit, suscite des inquiétudes dans les rangs des transformateurs. Ces derniers craignent une concurrence déloyale de la société adjudicataire qui compte déployer de grands moyens.
« Au moment où on installait ces rizeries, c’était dit que ce serait confié aux organisations des producteurs. Mais finalement, c’est l’Etat-même qui a pris sa chose en main pour vendre le riz à un prix très bas qui n’encourage pas les petits transformateurs. J’espère que la Sobetri ne fera pas pareil au risque de nous asphyxier », craint Léontine Batcho, présidente de l’Union régionale des femmes étuveuses du riz des Collines (Urfer-C).
Mais les cadres de la Sobetri ont tenu à rassurer, à la faveur d’une rencontre tenue, mercredi 22 mai dernier à Glazoué avec les responsables de l’Urfer-C et de l’Union des riziculteurs du Centre (Uniriz) qui gèrent la Plateforme d’innovation de Glazoué, un complexe qui produit le riz Saveur des Collines. « Nous ne sommes pas venus pour vous écraser ; nous allons étudier ensemble les points sur lesquels nous devons relever les faiblesses du domaine », ont-ils laissé entendre, promettant une « franche collaboration » avec les acteurs. « Nous avons un ennemi commun : c’est la contrebande du paddy vers le Nigeria. Ensemble, nous arriverons à mettre la main sur le stock nécessaire pour transformer le riz », confie Erickson Y. Azon, membre de la mission de la Sobetri, au terme de la rencontre.
Du côté de l’Uniriz, on se frotte déjà les mains. « La Sobetri qui s’installe, aura forcément besoin de paddy pour la transformation; c’est l’assurance que la production locale sera accentuée et livrée dès la récolte », espère Faustin Atomabè, président de l’Uniriz. En effet, la Sobetri compte nouer un partenariat avec les producteurs pour booster la production en s’impliquant de la fourniture des semences jusqu’aux opérations post-récoltes nécessaires pour avoir du paddy de qualité à décortiquer.
Les responsables de la Sobetri qui étaient accompagnés d’experts étrangers, ont également échangé sur les problèmes majeurs des usines, les mercredi 22 et jeudi 23 mai derniers avec les agents encore en poste au niveau des deux rizeries à elle cédées et qui sont à l’arrêt depuis trois ans. Comment faire pour avoir suffisamment de riz à décortiquer, produire du riz de qualité et le vendre à un prix raisonnable, telles ont été les préoccupations au menu des discussions. Une équipe technique était annoncée pour inspecter les machines avant le démarrage probable des activités prévu pour la fin de l’année.
Selon le Conseil des ministres en date du 10 avril dernier, outre l’offre financière globale de 1,5 milliard F Cfa, la Sobetri envisage une mise aux normes internationales des deux rizeries pour une capacité de production de 4 tonnes l'heure, soit 24 000 tonnes par usine et par an et 48 000 tonnes au total pour les deux et un investissement de 10 milliards F Cfa pour la rénovation, le démarrage des activités et la création de 220 emplois directs et 800 emplois indirects. Aussi, s’engage-t-elle à construire, dans un délai de deux ans, deux autres usines de décorticage du riz paddy d'une capacité de 24 000 tonnes chacune, dans la vallée de l'Ouémé pour un investissement supplémentaire de 15 milliards F Cfa.

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