Le tribunal de première instance de deuxième classe d’Aplahoué, statuant en premier ressort, a connu, mardi 3 septembre dernier, d’une affaire de meurtre commis à Djakotomey, dans le Couffo. A l’issue des débats sur ce douzième dossier inscrit au rôle de la session criminelle de cette juridiction dépendante de la Cour d’appel d’Abomey, le mis en cause, Félicien Woueto, déclaré coupable, a écopé de 10 ans de réclusion.

La culpabilité du cultivateur Félicien Woueto, né vers 1986 à Djakotomey, est établie pour avoir fusillé Rigobert Dako dans la nuit du 23 au 24 avril 2011, alors que ce dernier, rentré de sa journée de travaux champêtres, passait son temps en compagnie de son épouse et de leurs enfants. Les faits de cet avant-dernier dossier inscrit au rôle de la session criminelle se sont produits dans la maison de la victime sise à Todjimè, un hameau de Djikpamè, dans la commune d’Aplahoué. Le certificat médical fait état de ce que le tir a créé une plaie béante dans une épaule, source d’hémorragie subie par la victime qui a laissé huit orphelins.
Après le meurtre, s’en est suivie la fuite de plusieurs personnes dont deux beaux-frères du défunt et Félicien Woueto, très suspecté, qui sera rattrapé, plus tard, au Togo, puis ramené et placé en détention préventive depuis le 9 mai 2011. Les faits mis à sa charge sont prévus et punis par les articles 295 à 298 et 302 du Code pénal.

Les débats

A  à la barre, le mis en cause n’a pas reconnu les faits. Une attitude contraire à ses aveux à l’enquête préliminaire et devant le juge instructeur. Non seulement Félicien Woueto a tout nié de sa responsabilité dans la commission du meurtre, mais il a surtout tenté de faire croire que ses déclarations, aux étapes précédentes de la procédure, lui ont été arrachées par intimidation.
Qualifiant de diversion, le revirement de l’accusé et se basant sur ses précédentes déclarations plutôt concordantes, selon lui, l’avocat général invite le tribunal à le condamner à la réclusion criminelle à perpétuité. Florent Gnansomon, dans le fauteuil du ministère public, justifiant ses réquisitions, estime que les relations tendues caractérisées par des soupçons et menaces de mort répétées qui existeraient entre l’accusé et la victime, puis l’évidence d’une compétition entre les deux pour conquérir le cœur d’une même dame sont, entre autres, des raisons suffisantes pour l’accusé qui ne voulant pas se laisser surprendre, s’est montré plus habile en planifiant la fusillade.
« Mais une telle condamnation se ferait sur la base d’éléments non probants », réplique la défense assurée par les avocats Damien Falana et Igor Sacramento. A les en croire, les preuves pour condamner leur client font défaut parce que « l’enquête préliminaire est mal faite » et « la poursuite mal conduite, voire bâclée ». Dans le fond, la défense soulève, entre autres, l’absence d’information sur le fusil ayant servi à commettre le meurtre, les contradictions caractérisant les diverses déclarations de la veuve et du chef du village où les faits se sont produits. Ils n’ont pas manqué de s’interroger sur la crédibilité à accorder aux détails fournis sur la scène de fusillade alors que leurs rapporteurs ne pouvaient apporter, selon eux, la preuve de leur présence sur les lieux du crime.
Ensuite, convaincus qu’en dehors de leur client, d’autres pistes sont plausibles, vu qu’il n’était pas le seul à avoir pris la fuite au moment des faits, les avocats clament que l’imputabilité du crime en l’état est un piège tendu au tribunal. «Il vaut mieux laisser courir un assassin que de condamner un innocent », ont-ils lancé. Fort de ce que le vrai coupable, selon eux, est encore en cavale, les avocats ont, pour finir, appelé le tribunal à prononcer, au principal, l’acquittement pur et simple de Félicien Woueto, leur client ou, au subsidiaire, son acquittement au bénéfice du doute.
Mais c’était sans compter avec la pugnacité du ministère public qui, défendant bec et ongles sa position, trouvait les parades utiles pour relativiser les observations de la défense.
Au délibéré, le président du tribunal de céans, Maximilien Kpèhounou et ses assesseurs pour qui la culpabilité du mis en cause présent à la barre ne fait l’ombre d’aucun doute, vont le condamner à dix ans de réclusion criminelle. Et ceci, disent-ils, sur le fondement de l’ensemble des articles 249 à 383, 361 à 826, 833 et 365 du Code de procédure pénale et des articles 3 et 35 du Code pénal. Etant absente, la partie civile n’a pu être constituée. Mis sous mandat de dépôt le 9 mai 2011 à la prison civile de Lokossa, le coupable devrait recouvrer sa liberté en mai 2021.

Un acte planifié

Le samedi 23 avril 2011 à Djikpamè, dans la commune d’Aplahoué, Félicien Woueto, vraisemblablement encouragé par les nommés Jojo Eni et Joseph Eni, prend la résolution d’attenter à la vie de son voisin Rigobert Dako, puis apprête son fusil de chasse. Après avoir recherché, en vain, ce dernier, toute la journée, il se positionne à la tombée de la nuit, armé, derrière la cabane de celui-ci se  trouvant dans le hameau de Todjimè, et attend le moment propice pour viser la cible et tirer. La victime en succombera quelques instants plus tard. Félicien Woueto prendra alors la fuite pour se réfugier dans un village au Togo.


Composition du tribunal
 
Président : Maximilien
Kpèhounou
Assesseurs : Herbert Solevo, Jocelyn Gbaguidi, Gédéon
Adjiboyé et Firmin Amoussou
Ministère public: Florent
Gnansomon
Greffier : Raoul Hounsou

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