La route Akassato-Bohicon continue de faire des victimes à cause de son état inachevé. Chaque jour avec son lot d’accidents, les uns aussi graves que les autres !

Le tronçon Adjagbo-Sékou tue ! Cette portion de la route inter-Etats n°2 enregistre au quotidien de nombreux cas d’accidents mortels à cause de son exiguïté et des terre-pleins centraux devenus de véritables pièges à homme.
Des familles endeuillées, des blessés graves et des dégâts matériels énormes... L’axe de la mort fait grincer les dents. Le dernier drame en date sur ce tronçon est la mort de deux écoliers fauchés à hauteur de Kpossouhoué suivie dans la même journée du décès d’un jeune policier et de son beau-frère qui se sont retrouvés sous un camion dans le tournant Glo-Doto-Zotogou. Leurs parents, inconsolables, ne sont pas encore prêts d’oublier ces drames sur cette route prévue pour être construite en double voie mais restée inachevée. La circulation y est ouverte dans un seul sens depuis cinq ans.
« Ce tronçon est un véritable mouroir », ironise Bonaventure Houéfa, conducteur de taxi-moto, rencontré ce mardi, dans les alentours du parc du marché Missèbo, dans l’arrondissement de Glo-Djigbé. Il montre les carcasses d’engins endommagés et des traces de sang sur la route, occasionnés par les accidents survenus deux jours plus tôt. « Alors qu’il circulait en direction d’Allada, un chauffeur poids lourd a perdu le contrôle avant de percuter le terre-plein central dans le virage à hauteur de l’Espace Cievra à Glo-Djigbé. Un cycliste qui venait en sens inverse n’a pas eu le temps de lui échapper. Il est mort sur-le-champ après de sérieux dégâts matériels », raconte-t-il avec douleur. A l’en croire, il n’y a pas de semaine où l’on n’enregistre d’accidents dans le tournant Glégbodji-Djissoukpa-Missèbo et carrefour Tori.
« Tous les jours, on enregistre des accidents mortels, surtout sur l’axe Akassato-Glo. C’est un drame ! », renchérit le chef d’arrondissement de Glo-Djigbé, Thomas Ouinsou. Selon lui, des dizaines de personnes se blessent, sont frappées d'incapacités ou meurent chaque semaine sur ce tronçon. Dans leurs rangs, on compte de nombreux enfants et aussi des personnes âgées. « On enregistre parfois jusqu’à 10 morts par semaine sur cet axe », précise-t-il. Les dégâts sont perceptibles sur cette route où les panneaux et autres installations sont détruits.

« Pas de semaine sans morts »

Vendeuse au marché Missèbo, dame Elisabeth Hounsa, témoin de plusieurs accidents sur cette voie, pense que c’est un véritable problème non seulement pour les usagers de la route mais aussi pour les vendeuses de ce marché. « Depuis que la voie a été ouverte,  il n’y a pas de semaine où l’on n’enregistre de morts », témoigne-t-elle. A l’en croire, les conducteurs de camions et de bus perdent souvent le  contrôle et viennent tuer des vendeurs ou des acheteurs au niveau du marché. Les cas d’accidents sont légion, surtout les jours de marché, poursuit-elle. Comme elle, Ernest Azontondji, mécanicien au bord de cette voie à la hauteur de Glégbodji, confirme la fréquence des accidents à cet endroit. « Au moins deux à trois accidents surviennent chaque semaine devant nous ici », confie-t-il.
Plus loin, sur le parc des taxi-motos situé à quelques encablures du marché de  Sékou, Dominique Awadé, confirme la régularité des accidents sur ce tronçon à sens unique. Il pense que les dos d’âne mal érigés et l’absence de panneaux de signalisation sont à la base de cette situation. « A moto à une modeste vitesse, tu entends, des fois, les voitures freiner violemment derrière toi quand les chauffards se rendent compte qu’ils ne pourront pas te doubler, avant le terre-plein. A chaque fois, je prie que ceux qui me suivent aient de bons réflexes et un système de freinage en bon état », laisse-t-il entendre.
Comme lui, son confrère Alphonse Kladja pense qu’il faut achever les travaux pour arriver à une double voie comme prévue dès le lancement du chantier. C’est à cette seule condition qu’on pourra réduire les accidents mortels sur cette route, estime-t-il.
Pour la plupart des usagers, l’unicité de la voie ne donne pas la possibilité aux usagers venant de Sékou de se sauver par la droite vu la présence des terre-pleins centraux. « Vous percutez les bords des terre-pleins qui vous projettent sur la route et c’est la mort qui s’ensuit », explique Alphonse Kladja, conducteur de taxi-moto, témoin d’un accident dans lequel a trouvé la mort un couple à moto, trois jours plus tôt.

Les terre-pleins centraux en cause

Le chef d’arrondissement de Glo-Djigbé, Thomas Ouinsou, estime que ce sont  les terre-pleins centraux érigés sans la construction de la seconde voie qui sont à la base des accidents sur la route nationale inter-Etats n°2 (Rnie 2), l’un des plus importants corridors du Bénin, permettant de desservir les pays de la sous-région ouest-africaine, notamment le Burkina Faso, le Niger et le Mali. « Censés séparer les deux voies de circulation en sens inverse pour servir de barrière de sécurité, les terre-pleins centraux érigés à partir d’Adjagbo sans la seconde voie sont dangereux », dénonce-t-il. Le conseiller communal plaide pour l’achèvement des travaux ou la destruction des terre-pleins centraux le long du tronçon. « Nous souhaitons qu’à défaut de la réalisation de la seconde voie qu’on enlève les terre-pleins pour permettre aux usagers de se sauver par la droite en cas de danger », plaide-t-il.
Préoccupées par les cas d’accidents sur ce tronçon, les autorités à divers niveaux se sont penchées sur la question lors d’un conseil des services déconcentrés de la commune d’Abomey-Calavi. « Au cours de cette réunion, nous avons évoqué la situation de cette voie mais nous n’avons pas encore trouvé de solution », poursuit-il. Le maire de la commune de Zê,
Joseph Dangbénon, se dit également touché par la fréquence des accidents mortels sur cette route qui traverse également sa commune. Cette situation constitue, selon lui, une préoccupation pour les autorités communales des communes d’Abomey-Calavi, Zê et Allada. Il s’en remet au gouvernement du président Patrice Talon qui a pris en compte la construction de cette route et l’aéroport de Glo-Djigbé dans son programme d’action.
Au poste de police de l’arrondissement de Sékou, l’officier de la Police républicaine, à défaut d’une autorisation de sa hiérarchie, a requis l’anonymat  pour donner les raisons de la recrudescence des accidents de la circulation sur ce tronçon.  Il évoque l’exiguïté de la route à cause des terre-pleins centraux, l’absence de bande orientée pour les piétons, l’ignorance des chauffeurs de camions et de bus et l’imprudence des usagers de la route en général. A l’en croire, malgré les interventions de la police sur ce tronçon pour lutter contre les excès de vitesse et réduire le nombre d’accidents, certains usagers se passent l’information pour se tirer d’affaire. Selon lui, la mise en place de mesures de sécurité lors de la conception des projets d’infrastructures routières peut permettre d’améliorer sensiblement la sécurité de tous les usagers. Il prône non seulement une prise de conscience des usagers de la route mais aussi l’achèvement des travaux le plus tôt possible.

Évaluer cet élément
(1 Vote)
Lu 764 fois