L’altération par les hommes de leur environnement a des effets néfastes sur l’écosystème et la variabilité génétique des organismes. Le professeur Brice Sinsin, agronome de formation et ancien recteur de l’Université d’Abomey-Calavi revient ici sur le concept de la biodiversité, les menaces ainsi que les mesures à prendre pour sauvegarder la diversité biologique.

La Nation : Qu’entend-on par biodiversité ?

Professeur Brice Sinsin : La diversité biologique n’est pas un nouveau concept. Quand l’homme a pris conscience de son environnement, il a commencé par nommer des choses. Je dirai que nous sommes tous des racistes à divers niveaux. Et c’est cette qualité qui fait que nous aimons nommer chaque chose et chaque animal. On avait déjà cette conception de la diversité des organismes qui nous entourent. Le terme biodiversité date de 1986, à la sortie d’une grande conférence. C’est là que les journalistes demandaient que nous trouvions un terme au jargon de diversité parce qu’on parlait de diversité d’animaux, de diversité de plantes et autres. Et c’est pour former un ensemble de tout ça qu’est né le mot biodiversité.Et puis c’est passé dans la presse. Après, les politiciens l’ont adopté, le grand public l’a adopté.  40% des produits pharmaceutiques modernes viennent encore des plantes. Les gens ne vivent que de ce qui les entoure : les plantes, les animaux. C’est ça qui fait qu’on pense qu’on a le droit d’accorder une place de choix à la diversité biologique.

Quelles sont les menaces qui pèsent sur la biodiversité aujourd’hui ?

Dès que quelque chose vous est cher, il commence par s’amenuiser. Beaucoup de tradipraticiens perdent les ressources naturelles qui leur servent à composer leurs produits. Nous ne pensons pas à reboiser et ce qui nous sert aujourd’hui s’épuise, disparaît. Nous consommons mais nous ne pensons pas à régénérer. Nous coupons mais nous ne pensons pas à reboiser. Le Bénin était connu comme un grand pays d’iroko mais aujourd’hui, on n’en a plus.  On pouvait planter tous ces arbres mais rien ne se fait parce qu’on n’a pas une politique forestière digne du nom. Le système dans lequel nous sommes nous rend paresseux. Je ne vois pas encore les premières lueurs d’un changement réel vers la durabilité de l’environnement. Les principales menaces sur la biodiversité sont la perte et la fragmentation des habitats, les invasions biologiques, la surexploitation des espèces, la pollution et le réchauffement climatique.Ces facteurs agissent soit séparément soit de manière combinée, augmentant leur risque d’extinction. C’est le cas par exemple d’une espèce victime de perte d’habitat, donc par conséquent fragilisée, et qui sera exposée à une sur-exploitation par l’homme.

Avons-nous dans notre pays des lois qui protègent la biodiversité ?

Le noir aime copier. La Constitution pour moi est le reflet le plus authentique de ce que c’est qu’une culture endogène.  Ça vous étonne que les présidents qui ont été élus démocratiquement refusent de quitter le pouvoir. Vu de façon terre à terre, tout le monde crie mais c’est leur conscience qui les rattrape. Nous n’avons pas encore assimilé ce que c’est qu’une loi. Le simple fait de dire qu’on a des textes ne résout aucun problème. Nous avons la loi sur la forêt, la loi sur la faune. On a tout un ensemble de dispositifs réglementaires qui peut nous aider, mais il manque l’éducation. Nous ne naissons avec rien, ce pourquoi nous devons former l’individu à s’approprier les choses sinon nous aurons beaucoup de Constitutions ou de lois mais nous serons toujours au même point. L’autre chose est qu’il faut suivre l’exemple de l’autorité. Quand l’autorité est rigoureuse, ponctuelle, honnête et transparente, il n’a pas besoin de se gêner avant de se faire écouter.

Qu’est-ce qu’il faut faire pour sauvegarder dans ce cas la biodiversité ?

Face à l’ampleur de l’érosion de la biodiversité et à toutes les menaces pesant sur elle, il est important de prendre des mesures de protection et de conservation pour faire face à cette érosion. L’accent doit être mis sur l’éducation  du peuple. Il faut aussi des hommes qui maîtrisent de quoi ils parlent. Les parents n’ont plus le temps de rester à la maison pour éduquer les enfants, conséquence, ces derniers sont éduqués par la télévision ou les amis.
Il faut également des politiques claires.  Nous plantons des arbres mais il faut que nous les entretenions au fur et à mesure pour sauver la biodiversité. Les parcs nationaux sont aussi des milieux naturels qu’il importe de préserver contre tout effet de dégradation naturelle et de soustraire à toute intervention artificielle susceptible d’en altérer la diversité, l’aspect, la composition et l’évolution.

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