La qualité de l’éducation que vise l’Objectif du développement durable N°4 reste un gros challenge dans le département du Zou. D’énormes irrégularités se notent sur le terrain dans la mise en œuvre de cet objectif. En attendant la main forte de l’Etat et des partenaires au développement, les acteurs du système éducatif de la région se défendent avec les moyens de bord pour prendre le pli.

La mise en œuvre de l’Odd N° 4 évolue à tâtons dans le département du Zou. La réalité dans la région laisse apparaître des zones d’ombre sur la qualité de l’éducation. Les difficultés d’ordre matériel, technique et humain plombent les efforts des acteurs.
« La qualité de l’enseignement dépend avant tout de la qualité de l’enseignant. Il s’agit des enseignants ayant reçu tous les enseignements indispensables à la déontologie dans le domaine »,
souligne le censeur du Collège d’enseignement général 1 de Bohicon, Raoul Zomahoun.
L’établissement dispose-t-il de cet atout ? La réponse est mitigée : « Un vendeur ne peut jamais affirmer que sa marchandise est de mauvaise qualité. Les enseignants sont qualifiés ; seulement, il faut les surveiller et les ramener à la raison en cas de déviance », indique-t-il.
L’autre problème qui porte entorse à la qualité de l’éducation est relatif à la disponibilité des infrastructures. La situation contraint les responsables de l’établissement à des ajustements. « Il y a plus de classes que de salles. Nous avons des classes volantes. Pour les devoirs surveillés en cours, nous sommes obligés de commencer sans les classes de quatrième et de cinquième », explique-t-il.
Les déplacements tous azimuts des tables et bancs par les élèves en cette matinée du mercredi 27 mars dans l’enceinte de l’établissement, en vue de se faire une place dans une salle, indiquent l’ampleur du besoin en infrastructures et en mobilier.
Ici, la programmation des cours est faite sur la base des salles disponibles. En effet, on dénombre cinquante-quatre salles pour soixante-neuf groupes pédagogiques. « Les classes de sixième viennent de terminer leurs devoirs ce matin, donc cela devrait nous permettre de disposer de salles libres. Nous n’avons pas assez de salles pour contenir ce nombre de groupes pédagogiques », signale le censeur.

Besoins permanents du savoir

Cette situation déteint sur les rendements scolaires. « Les performances scolaires ne sont pas au rendez-vous cette année. Sur un effectif de 3422 élèves, seulement 138 ont été primés », révèle-t-il. En dehors des premiers des classes et du major de l’établissement, élève en classe de sixième,qui a sauvé l’honneur avec une moyenne de plus de 18/20, les autres élèves n’ont pas franchi le cap de la moyenne minimum exigée.
Le manque de recyclages réguliers des enseignants est aussi un frein à l’éducation de qualité à Bohicon. « La formation continue des enseignants n’est pas effective. Nous sommes dans le besoin permanent du savoir pour être des enseignants complets », confie le surveillant général du Ceg 1 de Bohicon, Martin Ségoun.
Les acteurs font avec les moyens disponibles. D’où son cri de cœur. « Le nombre d’enseignants est d’environ 255. Parmi ceux-ci, à peine quarante sont permanents. Tous les autres sont des honoraires. La formation continue est autant indispensable pour les enseignants permanents que pour les honoraires », relève-t-il.
L’éducation de qualité rime également avec la disponibilité des manuels scolaires. Sur ce registre, les enseignants ne sont pas autonomes. « Il faut des efforts complémentaires pour mettre à la disposition des enseignants les manuels nécessaires afin de leur permettre d’opérer le choix en vue d’être à la hauteur de leur tâche», indique le surveillant.
Plus illustratif du besoin en moyens humains, techniques et matériels, le chef service des examens et concours (Csec)de la direction départementale des Enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle (Ddesftp) du Zou, Fidèle Vahimè, établit une équation à plusieurs inconnues : entre autres, le manque criant d’infrastructures, de conseillers pédagogiques, d’enseignants en situation de classe et d’administratifs. Le même phénomène s’observe à Za-Kpota, à Zogbodomey…, relate-t-il.
« Pendant plusieurs années, les enseignants en situation de classe n’avaient pas cerné les contours de l’approche par compétence. Le corps de contrôle existe mais n’est pas bien étoffé », souligne-t-il.
Or, la mise en œuvre efficace des programmes dépend de la force du système de contrôle. « Le Zou dispose de 92 collèges pour un seul conseiller pédagogique en philosophie, un seul en Allemand et en Espagnol », déplore-t-il.
La rareté des inspecteurs est aussi décriée. « Le Zou ne dispose que de deux inspecteurs de pool dont un en français et un en économie. Ces deux sont largement insuffisants pour les besoins en la matière », plaide-t-il. Plus grave, la pénurie d’enseignants permanents contraint le département à adopter la vacation comme mode de l’enseignement par excellence. « Le Zou est dans un système couvert par plus de 80% de prestataires de services d’enseignement (vacataires) ; n’ayant pas le nombre d’enseignants permanents à la tâche, nous ne pouvons pas avoir les résultats escomptés », se désole le Csec de la Ddesftp.
Les besoins sont palpables, mais l’horizon ne semble pas pour autant dégagé. « Nous nous demandons si ces besoins pourraient être comblés un jour parce que l’Etat ne peut pas recruter 80% d’enseignants une année », explique-t-il.

Les élèves en paient le prix

Les enseignants essayent, vaille que vaille, de s’adapter à la situation. La volonté manifeste de certains vacataires permet de sauver la face. Les plus endurants se font former à leurs propres frais afin de renforcer leurs compétences. Toutefois, ces efforts restent insuffisants. « Nous tirons un coup de chapeau aux vacataires qui arrivent à financer leur formation malgré leur situation précaire. Mais nous manquons encore de la bonne qualité », relève Fidèle Vahimè.
En attendant des recyclages réguliers de la part de l’Etat, les enseignants s’offrent des séances hebdomadaires de formation en vue d’exposer les situations courantes vécues en classe. « Je ne peux pas affirmer que ces séances suffisent pour avoir la qualité, car on apprend tous les jours dans le domaine de l’enseignement », insiste-t-il.
Les recrutements annoncés par le gouvernement pour 2019 viendront combler une partie du déficit. « Ce que nous vivons, c’est le cumul des problèmes sur 20 ans », fait-il savoir.
Conséquence, les élèves en payent le prix fort. « Les résultats scolaires ne sont pas satisfaisants. En 2017, on occupait le dixième rang sur douze départements. L’année dernière, nous étions 3e avec 28% de taux de réussite ; nous ne saurions bomber le torse», se désole-t-il.
L’Odd 4 promeut l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie.
Si dans le Zou, les acteurs essayent de contourner les difficultés auxquelles ils sont confrontés pour ne pas pénaliser les enfants et le système éducatif, une planification à long terme par les directions de la programmation et de la prospective relevant des ministères de l’Enseignement permettra sans doute de mieux cerner les enjeux.

Évaluer cet élément
(0 Votes)
Lu 853 fois