Les fidèles catholiques démarrent le carême, le mercredi 6 mars prochain. Quarante jours de prières, de jeûne et de partage volontiers selon les prescriptions de l’Eglise catholique, d’après les explications du Père Hubert Martin Kèdowidé, directeur diocésain de la communication de l’archidiocèse de Cotonou. Dans cet entretien, il fait l’historique du carême, rappelle le comportement à adopter par le chrétien au cours de cette période de privations.

La Nation :Qu'est-ce que le carême dans l’Eglise catholique ?

Père Hubert Kèdowidé : Lecarême veut dire simplement Carandès qui signifie quarante jours. Selon la bible, c’est les quarante ans de marche au désert vers la Terre promise où les Egyptiens poursuivaient les Israélites et pendant ce temps, le Seigneur a conduit son peuple de la nouvelle alliance vers la terre promise, par leur victoire. C’est aussi une marche pour nous chrétiens afin de travailler à traverser la Mer morte, pour aller à la Terre promise, c’est-à-dire à la rencontre du Seigneur. Le carême nous rappelle aussi les quarante jours et quarante nuits passés au désert par le Christ, qui au début de son ministère, a été tenté par le démon et a triomphé du mal. De la même manière, le chrétien doit prendre ces quarante jours comme un moment de lutte contre le mal. C’est un des temps forts de l’Eglise catholique.

Qui sont ceux qui sont prédisposés à faire le carême ?

Tout le monde est candidat certifié pour le carême. Un enfant qui commence par penser, de l’âge de sept ans jusqu’à la mort.Le carême, c’est la reconquête du bien. Cependant, il est dit que les privations sont de diverses natures. On a la privation de nourriture, qui est réservée pour les personnes bien portantes. On ne peut pas exiger d’un malade de se priver de la nourriture, alors qu’il doit prendre ses médicaments. Mais, on peut se priver de quelques plaisirs afin d’éloigner de soi le mal. Tout ce qu’on fait n’aura de sens que lorsqu’on refuse de manger des friandises. C’est pour que l’on discipline notre chair, pour que celle-ci soit toujours commandée par l’esprit. L’esprit est l’instance profonde et fondamentale de l’être humain. Par conséquent, le temps de carême est le temps de redonner à l’esprit sa priorité ou sa mission de leader de l’être humain. La privation est en même temps l’instant de solidarité, parce qu’on ne se prive pas pour soi. On se prive parce qu’on veut que cette privation devienne un ressourcement de possibilité, de pouvoir aller au service de ses frères et sœurs. Nous avons trois dimensions dans le temps de carême. Il s’agit de la prière, du jeûne et du partage. La prière nous rend intimes avec Dieu parce que nous retrouvons la communion avec lui. C’est Dieu qui guide tout ce que nous sommes et tout ce que nous faisons. Nous nous privons pour ne pas tomber dans des revers et enfin, nous partageons avec nos prochains.

Quelles attitudes doit adopter le chrétien pour bien vivre le temps du carême ?

Le chrétien doit d’abord bien commencer le carême. Dans toute discipline humaine, on ne peut rien faire sans préparation. Mais, il y a une célébration qui a une origine fortement chrétienne et qui malheureusement est bafouée aujourd’hui. Cette célébration s’appelle le mardi gras. Le mardi gras dans l’ancien temps, de source romaine, c’est le mardi de la renaissance de la nature, ce qui est appelé Carandès. C’est le moment où l’hiver devient moins rude, le printemps s’annonce et l’eau commence à germer de la terre au mois de mars. En ce moment, les herbes qui sont mortes pendant le temps de l’hiver renaissent. Donc, c’est la renaissance de la vie. Le mardi gras, c’est le mardi de la plus haute préparation de délaissement de la chair et non de l’abondance de la chair. On peut faire le lien entre le mardi gras et le passage de l’Evangile où le fils perdu est retrouvé. Alors que ce fils était loin, le père courut l’embrasser et il dit : « Tuons le veau gras» parce que mon enfant qui est perdu est revenu à la vie. Donc, le veau gras, c’est la fête de la libération de la pesanteur de la chair, du désordre qu’a commis le fils perdu pour entrer en communion avec Dieu. Le fidèle catholique doit beaucoup prier en ce temps de carême et partager ce qu’il a avec son frère.

Que souhaitez-vous à vos fidèles en ce temps de carême ?
Je souhaite que les chrétiens célèbrent bien leur mardi gras, c’est-à-dire qu’ils puissent retrouver le veau gras de la libération de la chair, pour bien commencer le temps de carême. Lorsqu’on commence bien, on finit bien. Il faut faire des choses simples. On doit essayer d’avoir des ambitions modestes ou de petits gestes de privation. Je souhaite également à tous les chrétiens catholiques un bon temps de carême. De même, je leur souhaite un temps de communion surtout pour notre pays parce que c’est le temps des élections. Que nous soyons un peuple réconcilié autour de l’idéal commun qui est de bâtir notre pays et l’unité nationale.

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