Plus besoin de se rendre dans une église ou à un quelconque lieu de prière pour suivre les prêches chrétiens et écouter la parole de Dieu. Certains grands carrefours de Cotonou et environs servent désormais de lieux d’évangélisation quasi-permanente. Des serviteurs de Dieu, comme ils aiment se faire appeler, sont mis à contribution pour faire entendre son appel aux citoyens, qu’ils soient chrétiens ou non.

Heure de pointe ce mercredi matin au carrefour Iita. De nombreux véhicules attendent le signal du policier pour poursuivre le trajet. Le tohu-bohu est alimenté par des klaxons, des murmures, des insultes. Au milieu de ce charivari, essaie de s’imposer une voix fluette.
On aperçoit un homme en veste marron, svelte, taille élancée, teint noir. Bible et affichettes dans la main gauche qu’il distribue, un mégaphone dans la main droite, l’homme dont le visage dégouline de sueur sous les rayons du soleil, cite les versets bibliques. C’est l’un des émissaires d’une église évangélique de la place. Son ardeur se fait remarquer à mesure que le rang des usagers s’allonge. Il transpire sans être épuisé, essuie la sueur avec un torchon blanc sale tout en lançant ces exhortations:
« La Bible déclare que tous ceux qui viennent à Dieu ne se sont jamais égarés ! » ; « Dieu est le seul chemin du salut, la vie et la guérison sont en lui !»; « Mon frère, ma sœur, toi qui m’écoutes en cet instant, tu es un enfant de Dieu. Viens lui confier tes peines et tu seras libéré de ton fardeau. Jésus a payé le prix de tes péchés sur la croix », répète-t-il à pleine voix.
C’est dans cette ambiance d’enseignements et de bruits parasites qu’ont lieu de plus en plus les prêches matinaux à l’endroit des usagers sur l’axe Cotonou-Calavi. Les jours ouvrables sont privilégiés pour l’exercice.

La force dans la voix

Investis de la mission d’enseigner la parole de Dieu pour ramener les‘’brebis égarées’’ à la maison du Père, ces émissaires ne ménagent apparemment aucun effort pour honorer leur cahier de charges. Souvent les matins, ils sont visibles aux différents croisements de Calavi-Kpota jusqu’à hauteur de Houédonou. Au gré de leur inspiration ou du message reçu du ‘’Saint Esprit’’, ils prennent d’assaut les principaux carrefours, afin de partager le message de Dieu.
Que les riverains en direction desquels ils adressent ces messages soient chrétiens catholiques, méthodistes, évangéliques, musulmans, animistes ou encore athées, ces hommes de Dieu ont la manière de se faire remarquer et de se faire entendre au milieu de la foule pressée de vaquer à ses occupations. Ils possèdent la force dans la voix, de sorte à susciter même l’attention d’un ’’sourd-muet’’.
Pour justifier cette façon de faire, le pasteur Lambert Tchopkonhoué trouve qu’il faut sortir des murs des églises pour enseigner les peuples conformément aux Saintes écritures. « L’évangélisation n’est pas censée être seulement dans l’église. C’est lorsqu’on est dehors qu’on évangélise », argumente-t-il.
Le but, soutient-il, « c’est de montrer que Jésus n’est pas seulement cloîtré entre les quatre murs de l’église. Etant donné que tout le monde ne vient pas aux cultes, il faut aller à la rencontre de ceux-ci pour leur parler du Christ ; cette forme d’évangélisation est fortement conseillée par la Bible». « D’autant qu’il est écrit dans la Bible, allez et faites de toutes les nations, mon peuple. Cela suppose que les fidèles doivent sortir du cadre de l’église pour enseigner aux hommes que Jésus-Christ est la solution », insiste le pasteur.
Avec ces serviteurs qui proclament le chemin du salut aux âmes, le christianisme se répand et connaît de plus en plus de succès. Lorsqu’ils arrivent à convaincre les moins sceptiques de l’importance de leurs enseignements, le processus pour les conduire à la Maison de Dieu, leur lieu de culte et d’adoration des dimanches, est moins difficile.

Des émissaires à des endroits stratégiques

Selon certaines indiscrétions, ce sont les nouvelles églises en quête de fidèles pour former une grande assemblée qui se lancent dans cette forme de prêche. Des lieux de cultes naissants en plein recrutement de fidèles dont la stratégie consisterait à envoyer des émissaires à des endroits stratégiques comme les feux tricolores, les carrefours, les lieux de commerce, les espaces publics pour proclamer la parole de Dieu. Lorsque la moisson est bonne, les émissaires ramènent à la maison du Père un nombre important de fidèles. La famille de Dieu s’agrandit ainsi au fur et à mesure grâce aux nouveaux adhérents et à l’activisme des pionniers.
Des arguments pour convaincre de la présence de Dieu dans leur vie, ces fidèles ne manquent pas. Leslie et Bienvenue A., frère et sœur appartenant à la même communauté religieuse, ne tarissent point d’éloges à ce propos. Tous ont été baptisés, communiés et confirmés au catholicisme, mais ils projettent un nouveau baptême sous l’onction de leur pasteur dans leur nouvelle église, afin d’acter définitivement leur appartenance à cette nouvelle communauté chrétienne. Les deux s’emploient beaucoup à l’œuvre d’évangélisation. A leur actif, une vingtaine de fidèles déjà ramenés à la grande satisfaction de leur jeune pasteur.
Si jadis la population béninoise était répartie entre les fidèles catholiques, les protestants méthodistes, les musulmans, les célestes, les chérubins et séraphins, et une portion congrue pour les évangéliques, avec la flopée des nouvelles églises que d’aucuns qualifient ‘’d’églises révélées à obédience évangélique’’, la tendance n’est plus la même.
« De quinze églises enregistrées en 2006, le Bénin est passé à cent trente-neuf en 2010 et à cent soixante-neuf en 2011 », rapporte ‘’Nation Mag’’ en 2016. En 2017, le pays note huit cents enregistrements concernant les églises évangéliques, selon le deuxième numéro du magazine ‘’A News’’.
C’est dire que le bon Dieu est en bonne position au Bénin avec des nouveaux serviteurs qui se donnent à fond à l’œuvre d’évangélisation. Au-delà des grandes artères, la bondieuserie envahit aussi progressivement les moyens de transport en commun avec des individus qui ne ratent aucune occasion pour imposer leur religion. Visiblement, ces fidèles mandatés ne sont pas prêts à abandonner leur boulot, tant que les populations n’auront pas accepté entièrement Christ dans leurs vies.

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