Après vingt-neuf ans de démocratie, où en est le Bénin sur les plans politique et socioéconomique ? Nous nous limiterons à un seul aspect dans notre contribution à la réflexion. Après sept législatures, notre Parlement a accueilli de nombreux députés élus sur listes. Nous partons de l’hypothèse que ce mode d’élection de nos représentants à l’Assemblée nationale a fait ses preuves, sans que le Bénin ne connaisse une réelle représentation de chacune de nos communes au Parlement. Nous confronterons le mode actuel d’élection de nos députés au mode uninominal d’élection.

Nous aimerions partager avec vous notre analyse concernant le mode d’élection de nos députés au Bénin et les conséquences qui en découlent. Prenons, au hasard bien sûr, la quatrième circonscription (Kérou, Kouandé, Pehunco, Toucountouna et Natitingou) pour illustrer notre analyse ; cette analyse est valable pour les circonscriptions constituées de plusieurs communes. Dans la quatrième circonscription, nous avons quatre députés pour cinq communes ; ces députés sont élus à la proportionnelle sur des listes concurrentes. Précisons que chaque député est le représentant de la nation tout entière ; mais il est important de noter que le député a aussi pour mission de relayer au niveau national les problèmes de sa base électorale, comme c’est le cas dans la plupart des démocraties.
Le premier constat, dans le meilleur des cas, est qu’une commune est de fait dépourvue d’un député, d’un homme ou d’une femme qui connaît bien les problèmes de cette commune. Il est évident que le débat national n’est efficace que si chaque localité se sent concernée par les problématiques abordées ; raison pour laquelle, chaque localité doit être représentée à l’Assemblée nationale.
Par ailleurs, il existe un risque possible, l’élection de quatre députés qui, appartiennent à différentes listes qui avec le concours du sort, ont tous, ou presque, leur base électorale dans une seule et même commune. Les autres communes sont de fait privées de porte-parole au Parlement. La taille des circonscriptions est aussi une difficulté non moins importante ; l’étendue des circonscriptions électorales rend quasi impossible leur couverture par un seul député, dans le cas où les quatre députés sont issus de listes concurrentes. Il en résulte qu’après les élections législatives, beaucoup de communes ne reçoivent pas du tout, ou très peu, de visites de députés élus dans leurs localités.
Enfin, une autre limite du mode de scrutin sur listes est que nous votons, peut-être, pour un candidat d’une liste et par conséquent pour tous les autres sur la même liste, quel que soit notre manque d’intérêt pour eux.
Il serait plutôt bénéfique à nos populations de procéder autrement. En effet, des élections uninominales, avec ou pas une dose de proportionnelle, ce qui implique à terme la suppression de l’élection sur listes, contribueront à améliorer les rapports entre les députés et leurs bases électorales ; l’électeur votera, désormais, pour une personne et sa vision, et non pour une liste.
Le but, c’est de pourvoir un député, ou plusieurs, par commune selon la démographie et la superficie. Les communes très peu peuplées et voisines pourront constituer une seule circonscription électorale. L’avantage est que le député élu par cette commune sera obligé d’y être présent, s’il veut assurer sa réélection future ; par conséquent, les députés se feront l’écho des problèmes de leurs communes à l’Assemblée nationale.
Par ailleurs, les résultats des élections traduiront les aspirations de chaque commune; les visions plébiscitées, ou désavouées, donneront une lisibilité claire des attentes de nos localités, et en général des Béninois. De plus, il faut fixer un cadre légal rigoureux permettant à chaque député d’avoir une permanence locale dans la commune où il (elle) a été élu(e) ; il en résultera la création d’emplois locaux, car ces permanences seront tenues par des hommes et femmes des localités.
Enfin, avec ce mode de scrutin, les priorités nationales ne se fonderont plus que sur les seules grognes des grandes villes ; même le plus petit village du Bénin s’identifiera dans les orientations nationales.
En définitive, nous relevons les insuffisances du mode de scrutin sur listes. Nous proposons que nos futurs législateurs, de concert avec l’Exécutif, réfléchissent sur de nouveaux modes d’élections de nos députés autres que le scrutin sur listes. Quant à nous, nous proposons une piste de réflexion : le scrutin uninominal aux législatives comme moyen de promotion de nos localités. Cerise sur le gâteau, si ce mode de scrutin fait évoluer nos mentalités, en matière d’élection de nos dirigeants et représentants politiques.

Par Justin AGLIN ANATOLE

Docteur ès Lettres – Université de Bretagne - Occidentale – France

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