En quête de solutions préventives contre l’extrémisme violent en propagation dans la sous-région, le Bénin organise, depuis mercredi 12 décembre, et pour deux jours, un atelier national de partage d’analyses et d’expériences sur l’extrémisme violent. L’atelier est organisé en partenariat avec le bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest de l’Institut d’études de sécurité (Iss).

Les attaques non revendiquées survenues, depuis le début de l’année 2018 dans la région de l’Est du Burkina Faso, inquiètent quant au risque d’une expansion de l’extrémisme violent vers les pays voisins côtiers. Cette région partage des frontières avec le Niger, déjà touché par des attaques terroristes, le Bénin, le Togo et le Ghana. Dans ce contexte, l’Agence béninoise de gestion intégrée des espaces frontaliers (Abegief), en collaboration avec l’État-major général des Forces armées, la direction générale de la Police républicaine, le secrétariat permanent de la Commission nationale de lutte contre la radicalisation, l’extrémisme violent et le terrorisme, organise un atelier de deux jours. L’objectif à travers l’initiative est de «promouvoir une compréhension mieux partagée de la situation liée aux risques de propagation de l’extrémisme violent » et de « contribuer, par la formulation de recommandations, à l’élaboration de solutions préventives adaptées et de mesures complémentaires pour les réponses envisagées et ou déjà mises en œuvre ». Y sont conviés des représentants des départements ministériels concernés, les structures nationales en charge de la décentralisation, de la sécurité et de la gestion des frontières, les forces de défense et sécurité. Dans un second temps, l’atelier s’élargira à des membres du corps diplomatique accrédités au Bénin, des agences de coopération, des organisations sous-régionales, régionales et internationales, de la société civile…
L’initiative est particulièrement appréciée par le directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Orou Baro Mora. Les populations de la sous-région aspirent à la paix et à la sécurité qu’il est indispensable de leur procurer à travers des actions diligentes, soutient-il. La condition pour y parvenir, prévenir le terrorisme sous sa forme violente à travers une synergie d’actions et définir un mode opératoire conséquent. Le directeur général de l’Abegief, Marcel Baglo, de son côté, rappelle aux participants que s’ils ont été invités à cet atelier, c’est pour renforcer leur vision sur le phénomène et surtout faire la prévention. Il entrevoit la rencontre comme un cadre d’échange d’expériences et d’analyses sur la question de la prévention de l’extrémisme violent et de la lutte contre ce phénomène. Abdoulaye Mohamadou, secrétaire général adjoint du Conseil de l’Entente, propose que soient analysées les données actuellement disponibles sur le phénomène, afin d’aider à une meilleure lecture, et donc à la prise de bonnes décisions.

Mieux comprendre pour
vite agir !

L’Institut d’études de sécurité (Iss), principal partenaire de l’atelier, représenté à travers la directrice du bureau de l’Afrique de l’Ouest, Lori-Anne Théroux-Bénoni, se veut dans cette quête de solutions contre l’extrémisme violent, comme un appui et pas des moindres. L’extension du phénomène l’inquiète mais, elle demeure rassurée quant à la conjugaison des efforts pour en finir avec.
De l’analyse des experts conviés à cet atelier, les groupes terroristes étendent leur présence sur le plan géographique. « Dans la région du Bassin du Lac Tchad, dès 2010, le phénomène Boko Haram dépasse les frontières du Nigeria pour atteindre le Niger, le Tchad et le Cameroun. Dans le Sahel, ces groupes extrémistes violents étendent leur présence du Nord du Mali vers le Centre et le Sud du pays, avant de toucher en 2016 l’Ouest du Niger et le Nord du Burkina Faso. En 2017, la région de l’Est du pays fait aussi l’objet d’attaques. Les attaques perpétrées par ces groupes visent des cibles situées au-delà des zones dans lesquelles ils sont actifs. En témoigne, le 13 mars 2016, le cas de Grand Bassam, ville touristique à l’est d’Abidjan en Côte d’Ivoire qui a été la cible d’une attaque. « Les cibles sont aussi de plus en plus ambitieuses… La composition des groupes s’est progressivement endogénéisée et comprend un nombre croissant de recrues issues des communautés où ils s'implantent, en tirant profit des vulnérabilités structurelles notamment socio-économiques des pays de la région », soutiennent les experts.
Une telle situation appelle à des mesures importantes et urgentes. Or, il se fait que les travaux existants consacrés à cet espace sont rares, « ce qui souligne l’importance de générer des données empiriques supplémentaires et de mieux comprendre les dynamiques liées à la violence extrême à l’œuvre dans les zones frontalières avec le Bénin ». C'est la raison d’être de cet atelier qui prend fin demain 14 décembre.

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