L’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna) fête, ce 12 décembre, le cinquante-neuvième anniversaire de sa création. A l’occasion de cette commémoration, le représentant de cette structure près la République du Bénin, Wilfrid E. R. Adjovi, revient sur sa mission et son évolution dans le temps ainsi que les manifestations prévues pour marquer l’événement.

La Nation : Cela fait 59 ans qu’a été signée à Saint-Louis au Sénégal la Convention qui crée l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna). Quelles sont les manifestations prévues dans le cadre de cet anniversaire au Bénin ?

Wilfrid Adjovi : Nous avons prévu une journée portes ouvertes le 20 décembre prochain dans l’enceinte du siège de la Représentation sis à l’aéroport, des entretiens à travers les médias pour nous faire connaître davantage du public, notamment un plateau télévisé sur la vie de l’Asecna à l’Ortb avec le Dg de l’Agence nationale de l’Aviation civile (Anac) et le gestionnaire de l’aéroport. Nous avons également initié un tournoi de football dont la finale et la remise de prix auront lieu ce mercredi 12 décembre.

Quel bilan peut-on faire de l’Asecna, 59 ans après sa création ?

En 1959, il n’y avait pas encore nos Etats. Il y a eu des esprits clairvoyants qui ont vu qu’il fallait se mettre ensemble pour éviter d’émietter l’espace aérien ; ce qui pourrait rendre la sécurité un peu difficile. Les colonies de l’époque, sous l’impulsion de la France, se sont réunies pour créer l’Asecna. Le Bénin, notre pays, en est un Etat fondateur. Aujourd’hui, l’Agence compte dix-sept pays africains à savoir: Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale, Mauritanie, Madagascar, Mali, Niger, Sénégal, Tchad, Togo, Union des Comores, et la France. Ce qui fait plus de 19 millions de km² d’espace aérien gérés par l’Asecna. L’Agence était dirigée jusqu’en 1974 par des Européens. En 1975, nous avons eu notre premier directeur général africain.
Il y a quelques dates marquantes. En 1990, l’Asecna a déchargé les Etats membres de leur participation financière. C’est la seule institution publique régionale, si je ne me trompe, qui a décidé de se passer des contributions de ses Etats membres. Au contraire, elle accompagne ces Etats à travers des subventions. L’Agence vit essentiellement des redevances perçues pour les services rendus.
Avant, c’était plusieurs lois qui géraient le personnel, selon chaque pays membre. Mais en 1992, il a été créé un statut unique du personnel.
En décembre 1999, l’Agence a signé un contrat d’entreprise avec son personnel ; ce qui a permis d’apaiser les tensions sociales entre les agents et la direction.

Comment l’Asecna s’adapte-t-elle à l’évolution technologique?

Nous sommes dans un domaine très technique où nous devons guider les avions pour qu’il n’y ait pas d’abordage (collision). Nous avons des équipements au sol qui communiquent avec les aéronefs et les pilotes en l’air et au sol. Tout est assis sur la technologie qui évolue très rapidement ; ce qui fait que l’Asecna investit beaucoup dans le renouvellement de ses équipements et dans la formation de son personnel. Pour ce faire, l’Agence a créé trois écoles : l’Ecole africaine de la Météorologie et de l’Aviation civile (Eamac) à Niamey au Niger pour former les ingénieurs et techniciens ; l’Ecole régionale pour la Sécurité Incendie (Ersi) à Douala au Cameroun pour les pompiers d’aérodrome et l’Ecole régionale de la navigation aérienne et du management (Ernam) à Dakar au Sénégal pour former et recycler le personnel administratif et financier.
Avant, nous avions des techniciens qui calculaient manuellement les paramètres de navigation aérienne. Aujourd’hui, le Bénin fait partie des trois premiers pays de l’Asecna à faire le basculement vers le guidage Radar qui rend automatique le contrôle aérien.
L’Asecna a pris le contrôle effectif de la totalité de l’espace aérien au Bénin depuis le 25 juin 2015 des mains du Ghana qui avait à charge la région d’information de vol appelée Flight Information Region (Fir) composée du Bénin, du Togo et du Ghana. Désormais, la navigation aérienne est entièrement assurée par l’Asecna dans notre pays et nous pouvons dire avec confiance que le ciel béninois est sûr. Les Ghanéens sont passés ici et ont décerné un satisfecit à nos techniciens.

Le Conseil des ministres avait autorisé, le 11 janvier 2017, la résiliation du contrat de délégation de gestion des activités aéronautiques nationales entre le gouvernement et l’Asecna. Qu’est-ce qui s’est passé pour qu’on en arrive là ?

L’Asecna assure principalement une mission de service public de sécurité de la navigation aérienne. Les fondateurs avaient prévu à l’article 10 de la convention que chaque Etat membre est libre de confier la gestion commerciale de son aéroport à l’Agence. C’est ce qui est fait par le Bénin depuis le début jusqu’en août 2017 par un contrat de délégation. Mais le Bénin, estimant qu’il a de nouvelles orientations de gestion commerciale pour son aéroport, a dénoncé le contrat de délégation. La rétrocession des activités aéronautiques nationales à l’Etat béninois a eu lieu le 27 août 2017 après les différentes étapes de rupture prévues au contrat de délégation. C’est le lieu de préciser que, contrairement à certaines allégations, le Bénin n’a jamais quitté l’Asecna. Le Bénin reste et demeure un membre à part entière de l’Agence. Le 10 juillet dernier a eu lieu la signature de l’accord de siège révisé entre le Bénin et l’Asecna, qui consacre un statut diplomatique à la Représentation. De par cette signature, l’Asecna constitue une mission diplomatique et bénéficie des facilités dues à une institution de son rang.

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