Après quinze jours de célébration, les rideaux sont tombés, le samedi 17 novembre dernier sur les manifestations du bicentenaire du sacre du roi Guézo (1818-1858) au palais Gbècon-Hounli à Abomey. Ainsi, durant quinze jours, à travers louanges, chants, danses et diverses cérémonies, le roi Guézo était à l’honneur et son règne revisité par ses descendants après deux cents ans. Les derniers jours de cette commémoration ont été consacrés aux prières musulmane, catholique et vodouïste pour invoquer la paix sur Abomey et sur tout le Bénin.

Durant quinze jours, la commémoration du bicentenaire du sacre du roi Guézo, 9e souverain du royaume du Danxomè, aura été une occasion de retrouvailles et de raffermissement des liens fraternels entre les descendants de ce monarque et les frères et sœurs d’Abomey. Le palais de Guézo à Abomey était devenu le lieu de tous les rendez-vous aussi bien cultuels que culturels prévus dans le cadre des manifestations. Des rendez-vous très importants qui ont été marqués par la présence effective des notables et dignitaires d’Abomey avec aux premières loges les membres du comité préparatoire présidé par Daah Miminvo Yamongbè Guézo.
Il s’agissait, pour eux, d’atteindre les objectifs fixés à cette commémoration. Comme l’a indiqué Daah Afinhomin Ahanhanzo Glèlè, président d’honneur du bicentenaire, « les colons français s’étaient mobilisés pour célébrer en 1958 le centenaire de la mort du roi Guézo. C’est donc un défi qu’il faut relever en organisant une grande et belle fête pour notre roi maintenant qu’il nous revient à nous-mêmes de le faire». Et le comité d’organisation présidé par Daah Miminvo Yamongbè Guézo n’est pas peu fier de la réussite de ce bicentenaire qui a connu « un succès éclatant, à en juger par la mobilisation populaire enregistrée à chaque étape du programme ». Puis, à Daah Yamongbè Guézo de rappeler qu’au lancement de cette commémoration, le 3 novembre, il avait indiqué qu'en décidant de célébrer dada Guézo, l'objectif était d’avoir une meilleure connaissance de l'histoire des peuples, notamment ceux du Bénin. « Nous voici à la fin de quinze jours de célébration du bicentenaire du sacre du roi Guézo, quinze jours d'évocation de nos souverains, à travers louanges, chants et danses. Quinze jours au cours desquels, nous avons sacrifié à notre devoir de mémoire vis-à-vis d'eux, par les cérémonies cultuelles », s’est-il réjoui.

D’Abomey à Cotonou en passant par Porto-Novo

Pour le président du comité préparatoire qui a clôturé les manifestations, réussir à dérouler le programme établi n’était pas un pari gagné d’avance, et beaucoup n’y croyaient pas tant les contingences potentielles étaient importantes. Mais grâce à Dieu et aux mânes des ancêtres, à l'accompagnement des bonnes volontés, « nous sommes parvenus à célébrer dada Guézo à Abomey, Agbangnizoun, Tindji, Cotonou, Porto-Novo et Cana. Le seul point noir sur le tableau, c’est que les organisateurs n’ont pas pu célébrer dada Guézo à Sigbomin à Ouidah comme prévu au programme, malgré toutes les dispositions prises. Les problèmes de succession dans la famille de Souza ne l’ont pas permis ».
Il faut noter que tout au long de la célébration de ce bicentenaire, le public a eu droit à une exposition sur la vie et l’œuvre de Guézo tenue par le chercheur en histoire, Toussaint Ahomagnon. C'était une autre façon de raconter l’histoire de Danxomè en utilisant comme sources authentiques les chants, les panégyriques, les louanges, les noms forts, les cimetières, les Kassinto, le Kpanligan, les temples et les hommes, les bas-reliefs, et autres. Cette activité a offert une occasion d’enseignement sans équivoque de l’histoire, la vraie, inspirée des sources constituées que les acteurs du passé ont léguées à la postérité.

Cultes et cultures revisités

Il a été organisé aussi une compétition inter-collèges sur la danse Zinli royale et les panégyriques de dada Ghézo. Le lycée Mafory Bangoura d’Abomey a été le lauréat dans les deux catégories en raflant les meilleurs prix.
Le public a eu également droit à des spectacles de danses traditionnelles, royales et de cour telles que le Ado de Sinwé, le Jijihun de Zado, le Gokwé de Gbendo, le Vihoun de Tindji, le Hwissodji de Djimè, le Alokpè de Sonou, le Gbendoun de Hounli, et autres.
En ce qui concerne les cultes, il y a eu les libations dites "Gbébiobio" auprès des rois Houégbadja, Agadja, Agonglo et Guézo. Puis, les cérémonies dites Ganmèvo, Djahuhu, Ahanbiba, l'évocation des mémoires des 12 rois du Danxomè par le Kpalingan.
S’agissant des autres confessions religieuses, notamment musulmane et catholique, elles ont été aussi de la partie. Le vendredi, c’est un collège d’imams qui a dirigé la prière au palais de Gbècon-Hounli. Les imams Ganiou A.A. Debally de la mosquée centrale de Djègbé, Illiassou Nondichao de la mosquée centrale de Malè et Amadou Nondichao de Zongo ont été conviés à cette communion pour invoquer la paix sur la cité royale et le Bénin. En récitant les sourates du Saint Coran chapitres 18 et 36, ils ont rappelé les bonnes relations qui existaient entre les anciens rois et la communauté musulmane. Des monarques qui avaient aussi compris que l’islam est la religion de la tolérance, de la miséricorde et de la paix.
Allant dans le même sens, les responsables de l’Eglise catholique, avec à leur tête l’évêque d’Abomey, Mgr Eugène Cyrille Houndékon, ont célébré une messe dans la matinée du samedi pour implorer la bénédiction divine sur les descendants de Guézo, la cité royale et sur tout le Bénin. Ici aussi, le collège de célébrants a rappelé les bonnes relations qui ont toujours existé entre les rois de Danxomè, notamment le roi Guézo et l’Eglise catholique. La preuve en est que le roi Guézo s’était même fait baptiser comme bien d’autres en prenant un prénom chrétien et a même concédé un domaine à l’Eglise à Abomey.
Dans son mot de clôture, Daah Yamongbè Guézo n’a pas caché sa joie pour le succès des manifestations du bicentenaire. Il conclut en remerciant « spécialement les descendants de toutes les lignées royales, qui n'ont ménagé aucun effort pour que la fête soit belle. Et de rendre un hommage mérité au président Patrice Talon et au président de l'Assemblée nationale, Adrien Houngbédji pour leurs divers conseils et soutiens »?
Qui était Guézo ?

Selon l’histoire, à la mort d’Agonglo, ses deux fils lui ont succédé. Il s’agit d’Adandozan (1797-1818) et de Guézo (1818-1858). Ils réutilisèrent son palais en procédant seulement à des réaménagements. Ceci correspond à une période très particulière dans l’histoire du royaume. En effet, Adandozan était réticent à poursuivre certaines pratiques liées au culte voué aux ancêtres et les sacrifices qui lui étaient associés. Il s’affirma aussi être anti-esclavagiste et alla jusqu’à provoquer sa communauté en vendant sa mère et en emprisonnant son frère Guézo à qui le trône était déjà prédestiné.
Alors, en prison, Guézo se lie d’amitié avec Félix Francisco de Souza, un grand négociant de Ouidah. Avec son aide, il fomenta un coup, prit le pouvoir et bannit Adandozan et l’ensemble de sa lignée. Une parenthèse dans cette royauté.
Outre la promotion de l’agriculture, Guézo a accordé une place de choix à la gent féminine. Il a formé l’armée des amazones. Des amazones qui se considéraient plus fortes et plus courageuses que les hommes au combat. Des témoignages font état de ce que celles-ci «prônaient un renversement des valeurs et la division du travail ». Plus téméraires, elles n’hésitaient même pas à clamer « …Que les hommes restent !Qu’ils cultivent le maïs ! Et fassent pousser les palmiers ! Nous, nous partons à la guerre ». Et ce ne fut pas sans le soutien du roi Guézo. VS

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