La téléphonie mobile a conquis les commerçantes rurales. Les vendeuses du marché Ouèdo s’en servent pour développer leur commerce. En attendant les cours d’alphabétisation pour s’approprier les Tics, elles se contentent de leurs téléphones cellulaires pour leur business.

En cette fin de matinée du samedi 10 novembre à Ouèdo dans la commune de Calavi, Tété Zounda, la responsable du marché, était déjà à pied d’œuvre. En même temps qu’elle ajuste ses marchandises, elle pense aux achats qu’elle doit effectuer le lendemain, à Dantokpa, le plus grand marché pour achalander son étalage. Très vite, elle se saisit de son téléphone portable, appelle son principal livreur, se renseigne sur la disponibilité des articles dont elle a besoin et leurs prix actuels. 

Cette disposition prise, Tété Zounda, la cinquantaine, peut maintenant effectuer le déplacement sur Cotonou, la capitale économique, avec assurance. Sans ce coup de fil téléphonique, le déplacement risque d’être infructueux. L’avènement du téléphone portable et des nouvelles technologies, selon elle, met fin aux tracasseries inutiles et onéreuses. Il améliore la vie des commerçantes. Pourvu que son utilisation soit saine.
« Grâce au téléphone, les femmes rurales peuvent se passer des longues distances à parcourir. Elles passent leurs commandes chez leurs fournisseurs ou proposent leurs produits à des acheteurs sur place, tout en restant à côté des enfants », apprécie la présidente de l’Ong Femmes de demain, Francine Toupé Enianloko.
Cette démarche, la responsable du marché Ouèdo semble bien se l’approprier. « Je prends toujours mes dispositions avant d’aller m’approvisionner ; il suffit d’un simple coup de fil et le tour est joué. Les prix des produits au marché fluctuent à tout moment, on peut en revenir parfois bredouille lorsqu’on ne prend pas suffisamment ses attaches», sourit-elle. S’il n’y avait pas de téléphone, je me demande bien ce que nous allons devenir, s’interroge-t-elle.
Dame Tété n’est pas la seule à bénéficier des avantages des technologies de l’information et de la Communication. Inès Gbèylanzan fait la même démarche pour avoir les tendances du marché. « Lorsque je dois effectuer de gros achats, je me renseigne toujours à l’avance sur les prix avant de m’approvisionner », confie-t-elle.

La vie devient plus facile

Les outils modernes de communication facilitent la vie aux femmes rurales. Elles s’en servent pour mener aisément leurs activités génératrices de revenus. Si par le passé, le
déplacement physique était indispensable, avec tous les risques qu’il comporte dans tout commerce, aujourd’hui, le téléphone portable réduit plutôt cette mobilité. Ce qui fait économiser plus d’argent et de temps aux femmes et leur évite aussi les risques routiers. « Désormais, les commerçantes peuvent vendre au-delà du marché du village et du quartier. Elles ont accès aux marchés des villes voisines et lointaines », apprécie Francine Toupé Enianloko.
L’autre avantage qu’elle reconnaît, « c’est que la femme commerçante peut éviter les nombreux intermédiaires qui font qu’elle ne tire pas beaucoup de bénéfices ». La présidente de l’Ong ‘’Femmes de demain’’ insiste sur l’utilité du téléphone dans le monde rural : « La téléphonie mobile dans les zones rurales délivre des informations en temps opportun qui permettent de comprendre et d’analyser les prix du marché, qui facilitent le commerce et qui renseignent sur les décisions d’affaires, réduit le temps, les voyages et les coûts liés aux transactions en réduisant les distances et en permettant une utilisation plus efficace du temps ».
A Ouèdo, ce ne sont pas seulement les femmes qui profitent des opportunités de la téléphonie mobile. Les hommes qui collaborent avec les femmes du marché y trouvent aussi leur compte. « Le marché de Ouèdo est le seul qui réunit les huit villages de l’arrondissement. L’usage du téléphone nous permet de nous épuiser le moins lorsqu’il s’agit de convoquer les réunions », renseigne le délégué de Ouèdo Dessato, Gilbert Houngbo. Ce que confirment les vendeuses du marché Ouèdo. Pour elles, les avantages qu’offrent les nouvelles technologies sont énormes : rapidité, coût réduit, gain de temps….
A côté du téléphone portable, se développent aussi d’autres facilités de communication : les services bancaires mobiles. Les commerçantes des milieux ruraux se sentent soulagées, car elles utilisent à fond ces services dans leur business. « En lieu et place de 2000 fcfa à débourser pour le déplacement pour nous ravitailler auparavant, nous dépensons à peine à 150 Fcfa aujourd’hui grâce aux forfaits appels et à peine 200 Fcfa pour un déplacement qui devrait nous coûter 6000 Fcfa auparavant », se réjouit Rachida Adégbidji.
Bien qu’analphabète, Hounyèmè Avocètien comprend l’utilité de la téléphonie mobile. Elle sait comment s’y prendre pour s’autonomiser. « Lorsque je me ravitaille, je me dépêche d’appeler mes clientes fidèles pour les informer ». Quelques cours d’alphabétisation et cette dame promet de damer le pion à ses camarades du marché.
Sauf qu’à Ouèdo, toutes les femmes n’ont pas accès au téléphone portable.
Agossi Avocètien, jeune sœur de Hounyèmè, n’en dispose pas jusque-là. Elle jure de se le procurer par tous les moyens d’ici à là. Elle lie ses pertes économiques à sa situation par rapport au téléphone mobile. « On ne peut pas réaliser des bénéfices aujourd’hui sans faire usage du téléphone », reconnaît-elle.
Les nouveaux outils de communication offrent aux femmes des opportunités pour partager de l’information, faire connaître leurs produits et générer des
revenus, témoignent les femmes.

Manque de connaissances techniques

Toutefois, les commerçantes rurales sont confrontées au manque de connaissances techniques pour utiliser à plein temps les technologies numériques et mobiles. Elles passent de longues heures au marché. Ce qui ne leur laisse pas assez de temps pour se familiariser avec les technologies de l’information. Aussi, la plupart des vendeuses du marché Ouèdo ne maîtrisent-elles pas l’usage des nouvelles applications.
Toutes plaident pour des cours d’alphabétisation pour
rehausser leur niveau. « L’accès aux Tics par le biais de la téléphonie mobile aide les femmes à accroître leurs compétences en communication, en gestion et favorise une participation accrue à la gouvernance », explique Francine Toupé Enianloko.
Des sources renseignent qu’elles ont moins de 21% de chance dans le monde de posséder un téléphone mobile que les hommes ». Celles qui en disposent dans les milieux ruraux, notamment les commerçantes, peinent à s’approprier les applications, telles que WhatsApp, Facebook, …. Rachida Adégbidji est un cas révélateur. Elle ne maîtrise rien des réseaux sociaux. Ses autres camarades du marché non plus.
Déconnectées de ces réseaux sociaux, les femmes rurales sont toujours à la traîne dans le domaine des Tics. Les différents éléments liés aux Tics, tels que les claviers, information en ligne n’existent pas dans la langue du milieu. Or, l’appropriation de ces outils par les femmes rurales est indispensable dans tout contexte de développement. Cela l’est davantage pour le Bénin qui aspire à être la plateforme des services numériques de l’Afrique de l’Ouest. Le challenge passe également par la prise en compte et l’appropriation par les femmes rurales des nouvelles applications de communication. Lorsqu’on sait que les femmes rurales fournissent et vendent la grande partie des produits consommés, il est indispensable de développer des programmes technologiques spécifiques en leur faveur pour promouvoir leur autonomisation.
« Nous voulons être aux premières loges de ce qui se fait dans le domaine du numérique ; nous voulons que notre pays soit à l’avant-garde des innovations et du développement du numérique », telle est la conviction du directeur général de l’Agence pour le développement du numérique (Adn), Serge Adjovi. Ce vœu est pleinement réalisable lorsque le pays tiendra compte de toutes les composantes de la société, en intégrant largement les femmes rurales dans les différents programmes et projets en perspective.
En dépit des innovations, la téléphonie mobile au service de la communauté rurale reste confrontée à des défis.
L’analphabétisme et les capacités réduites d’utilisation d’appareils complexes pour la recherche d’information sont toujours des barrières pour recevoir et utiliser l’information de manière efficace via les Tic. Pour Francine Toupé Enianloko, il importe de faire des études et analyses sur les avantages de la téléphonie mobile en milieu rural afin d’en évaluer les impacts sur le développement. Elle suggère également la promotion des « politiques publiques favorisant des investissements durables, un accès régulier et une large couverture de la téléphonie mobile en milieu rural».
L’alphabétisation numérique dans les communautés rurales devrait être développée et améliorée, en tenant compte des besoins et des contraintes locales et en fournissant des opportunités de formation pour les hommes et les femmes.

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