Souscrire aux contrats d’assurance, c’est le dernier des soucis du Béninois. S’il n’y est pas astreint, il ne s’en préoccupe guère, ignorant l’importance et les avantages de se faire protéger contre d’éventuels sinistres. Pourtant, les risques liés à la circulation, à l’emploi, au commerce, au bien-être sont permanents.

Si l’on peut reprocher aux maisons d’assurance de ne pas suffisamment mettre en exergue les enjeux de se prémunir contre les événements fâcheux et inattendus, les pesanteurs socioculturelles et le faible niveau du pouvoir d’achat de la grande majorité expliquent le peu d’engouement pour l’assurance. Dans le contexte national où l’économie est essentiellement informelle, la précarité de l’emploi, le sous-emploi et le chômage ne favorisent pas la souscription aux contrats d'assurance pour garantir sa personne, ses capitaux ou un bien quelconque contre les risques et les accidents. Les offres en la matière sont de plus en plus diversifiées : assurance maladie, assurance vie, assurance décès, assurance chômage, assurance emploi, assurance incendie, assurance habitation, assurance automobile...
Beaucoup de citoyens conçoivent l’assurance comme de l’argent jeté.Dans l’imaginaire collectif, seul Dieu protège l’homme et ce qu’il possède. L’éventualité d’un sinistre n’est presque pas envisagée. Souscrire à l’assurance, pour certains superstitieux, c’est même s’attirer le malheur contre lequel on prétend se prémunir. Ce n’est qu’à la survenance du désastre que l’on fond en larmes et on nourrit des remords. Là encore, la mentalité admet que c’est Dieu qui l’aurait voulu et l’on s’en remet à lui. L’Etat a également sa part de responsabilité dans cet état de choses, en ce sens que l’assurance a été pendant longtemps son monopole avec l’ex-Société nationale d’assurance et de réassurance (Sonar) qui gérait jusqu’en 1995 tous les risques. Avec les tares de l’Administration, le secteur ne s’est guère développé jusqu’à la libéralisation et le désengagement de l’Etat. Les sociétés d’assurance qui se sont implantées par la suite subissent encore à tort ou à raison le dédain créé au niveau des souscripteurs peu satisfaits des prestations d’assurance. Ces entreprises, elles-mêmes, font peu d’efforts pour changer ce regard malveillant sur leur secteur, ne réagissant pas toujours de façon prompte en cas de sinistres. Du coup, bien que l’obligation soit faite, comme pour les véhicules à quatre roues ou plus, de nombreux conducteurs se prennent par défaut. Heureusement, les habitudes changent peu à peu avec la concurrence de plus en plus forte dans le secteur !
Les motos qui constituent le gros lot des engins en circulation ne sont presque pas assurées, bien que la loi le prescrive expressément. Négligence ou inconscience ? De toute façon, il importe d’intensifier la sensibilisation pour amener les populations à la culture de l’assurance. Et ce n’est pas que l’affaire des compagnies qui en tirent le grand profit. L’Etat qui engrange une demi-dizaine de milliards de francs d’impôts directs et autres taxes retenues à la source sur les contrats d’assurance chaque année, a tout intérêt à ce que le secteur de l’assurance s’intègre dans les habitudes. Mais déjà que l’Etat lui-même n’assure pas toujours ses investissements, notamment ses véhicules, s’estimant solvable à plus d’un titre, cela ne pose-t-il pas un problème ? Plusieurs activités peuvent être assujetties à l’obligation d’assurance.Mais en attendant, c’est l’occasion de saluer l’initiative du Projet d’assurance pour le renforcement du capital humain (Arch) dont on vante les avantages depuis deux ans et les populations attendent avec impatience sa mise en œuvre.
C’est ce que je crois.

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