La fin d’année rime avec l’invasion des produits prohibés sur les marchés. Les vendeurs rivalisent de stratégies commerciales pour inciter à acheter à moindre coût leurs produits. Selon Robin Accrombessi, président de La Voix des consommateurs, cela constitue des menaces sur la santé des consommateurs. Dans cette interview, il conseille aux populations la veille et la vigilance face aux produits proposés en cete période.

La Nation : Quel est le mouvement du marché a cette veille des fêtes de fin d’année ?

Robin Accrombessi : Depuis plus de sept ans, notre organisation ‘’La voix des consommateurs’’ a l’habitude d’organiser une campagne dénommée ‘’la quinzaine sauvons le consommateur’’. L’objectif de cette campagne est de rappeler aux citoyens consommateurs du Bénin que les supermarchés ou les marchés, bien qu’étant conçus pour garantir la disponibilité des denrées alimentaires, peuvent aussi se révéler être des menaces si les produits qui y sont exposés ne respectent pas les normes, sont périmés, avariés ou globalement impropres à la consommation humaine. Nous faisons le tour des marchés de Cotonou et lorsque l’Etat nous accompagne physiquement, non pas financièrement ou matériellement, cela amène les opérateurs économiques indélicats qui vendent ces produits impropres à la consommation à les déverser vers d’autres communes où le contrôle n’est pas évident. Ces populations d’office sont exposées aux risques d’intoxication. Nous avons choisi de faire une campagne précoce cette année, en commençant déjà dans ce mois de novembre. Nous tenons compte du fait que la crise économique généralisée amène les opérateurs économiques, vendeurs de produits agroalimentaires, à avoir des idées parfois inhumaines. On est prêt à tout vendre, pourvu qu’on gagne de l’argent. Forcément, une multiplication des pratiques nuisibles à la nutrition et à l’alimentation.

Que peut-on retenir de vos initiatives de veille ?

Nous avons commencé par faire de petites enquêtes pour voir si les produits mis sur le marché ont une marque connue, s’ils ont un certificat d’enregistrement, une attestation de mise sur le marché, une date de fabrication et de péremption et si ces dates sont valables ainsi que l’état des boîtes de conserve… Si elles sont cabossées, ce n’est pas bien car les substances utilisées pour coller la fine membrane qui sépare le métal de la boîte du produit sont cancérigènes. Nous essayons de voir aussi les prix de ces produits pour apprécier si l’on n’est pas entré dans une stratégie de promotion agressive où l’on casse complètement le coût sachant qu’il n’est plus consommable.

Que faut-il acheter au marché au cours de cette période ?

Vous ne devez pas consommer un produit dont l’étiquette n’est plus lisible ou endommagée. L’étiquette vous permet d’avoir beaucoup d’informations sur les éléments nutritifs contenus dans les produits, sur les origines des ingrédients. Elle peut vous permettre, par exemple, de savoir si un produit est un Organisme génétiquement modifié (Ogm) ou un aliment transgénique ou non. Nous allons faire un plaidoyer en direction du gouvernement et inviter l’Agence béninoise de sécurité sanitaire des aliments (Abssa) pour pouvoir mener des actions communes. Notre rôle en tant qu’association des consommateurs, c’est d’assurer la surveillance du marché, la veille, l’information, de donner l’alerte et éduquer le consommateur pour qu’il puisse prendre ses dispositions.
Le contrôle est du rôle régalien de l’Etat. Nous voulons à travers notre campagne de communication, cette année, contribuer à éduquer la population sur l’alimentation saine et la bonne nutrition aux fins de lui offrir toutes les chances d’assurer une bonne croissance aux enfants, que ce soit sur le plan physique ou mental. En effet, si les enfants sont mal nourris, nous compromettons leurs chances de réussir sur le plan intellectuel. Nous compromettons aussi les chances de développement de notre pays parce qu’il n’y a pas de développement sans capital humain sain.

Quel est le niveau de la menace actuellement ?

Des observations du marché, je peux vous dire que sur des boîtes de sardine, par exemple, on a constaté que la date de fabrication et la date de péremption sont acceptables, l’origine du pays est marquée, le prix est raisonnable, la marque est disponible. Par contre, nous avons vu un lait en poudre dont la date de péremption est 2019 mais la boîte est rouillée. Ça pose un problème. Il y a eu un lait concentré sucré dont le fournisseur n’est pas connu. ça veut dire que l’enregistrement n’a pas été marqué sur la boîte, que le vendeur n’a pas le certificat de mise sur le marché, ni le certificat d’enregistrement alors que le fournisseur qui l’a importé doit mettre à la disposition de tout vendeur ces documents-là. Cela, afin que le consommateur soit rassuré que ces produits ont été contrôlés par l’Abssa et que l’Etat garantit que le produit est bon et consommable. Il y a globalement des boîtes de petit pois, sardine, tomate … rouillées et cabossées avec des étiquettes foutues sur le marché. Les consommateurs doivent faire très attention.

Face à cette situation, qu’est-ce qu’il y a lieu de faire ?

Nous allons saisir l’Abssa pour attirer son attention sur la situation. Par la même occasion, nous rappelons que le contrôle doit être fait beaucoup plus tôt cette année. Parallèlement, on va commencer par éduquer et informer les consommateurs pour qu’ils fassent attention à ce qu’ils consomment pour ne pas prendre le risque de s’intoxiquer. Il vaut mieux prévenir que d’avoir à gérer ces situations, surtout que nous venons d’assister à un atelier du Conseil national de l’alimentation. Ce qui nous a permis de savoir qu’un travail se fait pour quadriller toute l’étendue du territoire pour des pratiques normalisées en matière d’alimentation et de nutrition. Le rôle de ce cadre, c’est beaucoup plus de s’assurer que les aliments que nous consommons répondent en termes de qualité nutritionnelle à des normes, que nous mangeons les trois repas quotidiens, lesquels doivent être accompagnés de fruits, que les mets sont variés… Par exemple, une quantité de pâte que nous consommons doit être égale à la quantité de légume et à la quantité de protéine…

Quel est le droit du consommateur dont vous défendez les intérêts ?

Nous allons attirer l’attention sur le fait que lorsqu’on va au supermarché, il ne suffit pas d’acheter tout ce qu’on voit. Il y a des aliments qui sont riches en nutriments qu’on doit conseiller aux consommateurs. Les gens doivent savoir que l’alimentation est une passion. Et donc, ils doivent veiller au grain. Il y va de la santé et de la vie du consommateur que nous sommes. Le premier droit du consommateur, c’est le droit à la sécurité. Ce droit protège le consommateur contre tout processus de fabrication d’un produit agroalimentaire ou autre, tout bien et tout service susceptibles de nuire à sa santé, sa vie et même à son équilibre financier. Quand le consommateur, par imprudence consomme des aliments impropres, cela n’agit pas seulement sur sa santé. Sa bourse aussi s’en ressent. Nous allons partager avec la population un certain nombre de connaissances pratiques en espérant qu’un jour, nous allons tomber sur des partenaires qui prennent au sérieux le rôle des associations de consommateurs dans notre pays.

Qu’attendez-vous des populations au regard de vos explications ?

Les consommateurs sont des ressouces très chères. Pour nous, organisation de consommateurs, c’est parce que nous avons le devoir de contribuer à préserver la santé et la vie que nous nous évertuons à prendre le risque d’affronter les gros enjeux économiques et financiers en la matière, en tirant la sonnette d’alarme. Le minimum qu’on puisse demander à la population, c’est de nous écouter quand on la conseille.

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