Les villes ne sont pas des lieux sûrs et sécurisés pour les filles. Elles sont quotidiennement exposées à toutes sortes d’abus qui les empêchent de réaliser leur potentiel. C’est le constat fait par Plan International à travers son rapport sur la situation des filles dans le monde 2018. Intitulé «En danger dans les villes», la situation est alarmante au Bénin.

Les préjudices que subissent les filles sont quasiment les mêmes à l’échelle internationale. Le rapport de Plan International sur la situation des filles dans le monde, intitulé « En danger dans les villes », s’attarde sur les violences auxquelles elles sont quotidiennement exposées. Loin d’offrir des espaces sécurisés et sûrs aux filles, elles y vivent en insécurité permanente du fait notamment du harcèlement sexuel et des abus. 

Le document fait un zoom sur la situation de milliers de filles et de jeunes femmes dans cinq pays du monde, (Madrid, Lima, Kampala, Dhéli et Sydney), qui pour la première fois, ont accepté relater leurs expériences de harcèlement et de violence dans un tableau inédit.
L’objectif de Plan International est de mettre en avant les actes persistants de harcèlement et d’abus qui font partie intégrante du quotidien de tant de jeunes femmes et de filles dans les rues de nos villes. ‘’En danger dans la ville’’ fait état de la hausse préoccupante des actes d’intimidation et de l’insécurité qui empêchent les filles de réaliser leur plein potentiel dans les espaces urbains.
« Alors qu’un nombre croissant de personnes s’installent et naissent dans des villes, nous observons une hausse alarmante de la discrimination de genre, de la violence sexuelle, du harcèlement, de l’insécurité et de l’exploitation. Si l’on ne s’attaque pas à ces problèmes, il sera extrêmement difficile de parvenir à atteindre l’Objectif de développement durable 5 (Odd5) lié à l’égalité de genre », avertit la directrice générale de Plan International, Anne-Birgitte Albrectsen.
Le rapport recommande des mesures spécifiques pour relever trois défis : le changement des comportements des hommes et des garçons, la participation des filles aux prises de décisions et la mise en application des lois et des politiques liées au harcèlement et aux abus.

Les filles béninoises, très exposées

Si les langues se délient au niveau de la communauté internationale pour dénoncer le harcèlement sexuel et bien d’autres abus sur les filles, le Bénin n’est pas épargné de ces phénomènes. Mariage des enfants, pédophilie et pornographie impliquant les mineurs, travail des enfants sont, entre autres, les préjudices que subissent les filles.
Au Bénin, le marché du sexe implique aujourd’hui des dizaines de petites filles. La prostitution et la pornographie impliquant les enfants sont deux phénomènes qui présentent une vue plus développée de la situation.
Malanville et Cotonou se distinguent négativement dans le lot des villes du Bénin où le ‘’transit du sexe’’ s’effectue presqu’au rythme des ‘’transactions bancaires’’. Le sexe se négocie et s’octroie à coups d’argent, au gré de l’inspiration des demandeurs et des ‘’donneuses’’. Si la ville de Malanville se positionne avec 32 sites, Cotonou a la particularité de battre le record avec 1039 sites. La dernière enquête sur la prostitution et la pornographie impliquant les enfants réalisée par l’Unicef, révèle que les victimes sont en majorité des filles provenant du Bénin, du Niger, du Nigeria, du Togo, du Ghana….Leur tranche d’âge est comprise entre 12 et 17 ans.
Les victimes proviennent de familles vulnérables et marquées par des dysfonctionnements de tout genre. Ce contexte d’insécurité est doublé d’une insécurité matérielle, ce qui constitue une addition de vulnérabilité. « La présence des enfants dans la prostitution et la pornographie réside dans leur environnement familial, mais est également motivée par les questions liées à la pauvreté, les problèmes liés à l’accès à l’éducation et les inégalités du genre », pointe l’enquête de l’Unicef. La même source évoque l’immaturité des victimes, la faible réactivité des pouvoirs publics et la complicité de certains parents.
Les motivations qui sous-tendent leur présence sur ce marché sont de divers ordres et tiennent principalement à la recherche de ressources financières pour combler leurs besoins de survie ou pour réaliser des projets qui leur paraissent utiles. Ces projets concernent l’achèvement de l’apprentissage, la réalisation des activités génératrices de revenus, le commerce….
L’un des fondements de la présence des enfants dans la prostitution et la pornographie réside également dans leur environnement familial. Des enfants sont appelés à travailler, à assumer des responsabilités d’adultes et à subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Lorsqu’ils ne parviennent pas à s’acquitter convenablement de ces devoirs, ils peuvent faire l’objet de pression de tout genre. Pour éviter ces pressions, certains se livrent à la prostitution.
Outre la prostitution, le travail des enfants au Bénin fait également partie des fléaux qui plombent les efforts des défenseurs des droits des enfants. En dépit des nombreuses campagnes de sensibilisation, l’exploitation économique des enfants demeure d’actualité. Le marché Dantokpa en est le grenier.
Dans ce milieu, les enfants doivent suer sang et eau pour assurer leur subsistance et même le revenu à leurs parents. Très souvent, des adolescents, commerçants exercent ce métier en violation flagrante de leurs droits.
Dans leur rang, on croise des dizaines de petites filles, au physique peu entretenu, avec des étalages sur la tête qui sillonnent les coins et recoins du marché tous les jours, bravant les intempéries pour vendre leurs marchandises. Les revenus générés par leur commerce  sont destinés à entretenir le porte-monnaie de leurs mères ou de leurs tutrices qui s’en servent pour assurer les charges familiales. Elles sont embauchées comme ouvrières afin d’aider leurs employeurs à entretenir leur commerce. Ce sont des mains-d’œuvre que ces dernières exploitent sans aucune forme de rémunération.
Pour les victimes et leurs employeurs, l’exploitation économique des enfants, est la norme.
Et si avec leur commerce, quelques rares ont la chance de vivre à côté de leurs mères, tel n’est pas le cas de toutes. Adéline A., âgée de 10 ans, est hébergée chez un conducteur de taxi-moto qui serait son parent. Elle explique qu’elle vit à côté de cet homme, le temps de son commerce et lorsqu’elle aura réuni une importante somme d’argent, elle repartira à Djougou, ville où environ sa mère pour lui faire le point de son commerce et lui remettre le bénéfice réalisé. Le cas de la petite Adéline met en exergue l’insécurité que vivent les petites filles au marché Dantokpa. On estime à sept mille environ le nombre des enfants exploités économiquement en 2013, dans les marchés Dantokpa à Cotonou, Ouando à Porto- Novo et Azerkè à Parakou.
Ces chiffres renseignent sur l’importance des actions à mener en faveur de la protection sociale des enfants. Difficile de comprendre que des enfants ‘’sevrés’’ à peine du biberon sont victimes d’exploitation économique à l’heure où la scolarisation de tous les enfants est devenue une réalité. Comment ne pas être hanté, lorsqu’on rencontre des filles en âge d’être scolarisées, désabusées et désespérées et qui croupissent sous le poids des étalages ? 

Stratégies pour des villes sûres au Bénin

A ces phénomènes s’ajoutent celui du mariage des enfants. Le cas de Sô-Ava, à quelques kilomètres de Cotonou renseigne suffisamment sur l’ampleur du phénomène au Bénin. Ici, ce ne sont pas seulement les poissons qui pullulent, les mariages d’enfants sont également légion. Ce phénomène qui demeure encore une triste réalité contraint beaucoup de victimes au nomadisme forcé, à la fuite et à l’abandon des études ou de l’apprentissage.
Dans cette localité, les mariages d’enfants sont un phénomène naturel, selon les parents, et sont consommés de façon incestueuse. Tout se passe en violation flagrante des lois. A 10 ans, la jeune fille est considérée comme une pomme suffisamment mûre pour être croquée. Ce qui est dénoncé à cor et à cri un peu partout est plutôt applaudi dans la commune. Les Centres de promotion sociale (Cps) confient être débordés à des moments donnés par l’enregistrement des cas de mariage d’enfants.
Autant de phénomènes qui mettent à mal la sécurité des filles.
Il va falloir que tous individus, familles, communautés et municipalités, Ong de défense des droits des enfants, œuvrent de sorte que les grandes zones urbaines soient conviviales, sûres et égalitaires pour les filles. Pour Plan International, il est temps de remettre en cause les normes, les attitudes, les convictions, les systèmes et les structures qui empêchent les filles d’accéder à l’égalité. « Les villes devraient être des lieux riches en opportunités, où les jeunes femmes peuvent vivre et travailler en toute sécurité. Pour y parvenir, nous devons aider les filles et les jeunes femmes à promouvoir les changements auxquels elles aspirent au niveau local », plaide la directrice générale de Plan International, Anne-Birgitte Albrectsen.
Le Bénin gagnerait également à se mettre dans la dynamique s’il tient à présenter un bilan élogieux à l’échéance des Odd. Entre autres stratégies à envisager pour rendre les villes sûres pour toutes les filles et jeunes femmes, l’électrification de toutes les villes, la création des centres de récupération au profit des filles en danger ou encore la mise en place d’un numéro vert pour permettre aux filles d’appeler en cas de dangers.

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