Féministe convaincue, c’est avec fierté et un engagement sans faille que Dr Fifamè Fidèle Houssou assume son parti pris pour les femmes, aussi bien dans la communauté qu’au sein de l’église.

Titulaire d’un Doctorat en théologie, option Ethique féministe, Fifamè Fidèle Houssou est aussi révérende pasteure de l’église protestante méthodiste du Bénin. Pas étonnant donc que les sollicitations pour les cours, les conférences et les enseignements bibliques aux quatre coins du monde abondent sur elles. A qui veut bien l’écouter, elle répond avec son plus large sourire que «la féministe n’est pas un défenseur aveugle de la femme. Mais un artisan de la lutte pour une considération de la femme en tant qu'être humain ». Ce côté féministe, Dr Houssou l’assume, munie de la Bible et grâce à la lutte pour que cesse la chosification de la femme. «Même au plan juridique, le statut de la femme africaine a évolué mais force est de constater que dans la vie quotidienne, cette égalité n’est pas encore acquise», se désole-t-elle. S’il est vrai que tous les pays en Afrique de l’Ouest reconnaissent que les femmes sont autant des citoyennes de droit que les hommes, « une analyse plus systématique des textes de loi met à jour des différences », analyse la révérende. Au Bénin, quand survient un divorce sous fond d’adultère par exemple, illustre-t-elle, «alors que la femme doit surprendre son mari en plein acte, il suffit que le mari ait des soupçons pour que l’adultère soit déclaré ». Un exemple « frappant » qui traduit de son avis, l’idéologie dominante de l’homme sur la femme. « La vie quotidienne continue d’encourager et de perpétuer les stéréotypes sexistes et patriarcaux. Malgré les discours officiels, les textes juridiques adoptés, promulgués et ratifiés, la situation aliénante de la femme perdure et gagne du terrain. Elle est caractérisée par l’ignorance des textes par la grande majorité des femmes et la non application des dispositions légales par les gardiens de la loi », fait-elle observer sur la même question. « Il y a tout simplement des écarts de vie dans les relations homme et femme et cela interpelle non seulement la société civile mais aussi les églises », pense-t-elle.

Le vrai chrétien est d’abord féministe

Dr Fifamè Fidèle Houssou épouse Gandonou est féministe résolue. L’engagement sans faille dont elle fait montre et le combat qu’elle se décide de porter malgré les difficultés, prouvent à satiété que cette femme de Dieu est prête à tout pour aller au bout de sa lutte. Du qu’en-dira-t-on, des critiques et des autres formes de pression, elle n’en a que cure. « Mon engagement féministe est né du questionnement sur le traitement inégal et injuste dans le rapport homme et femme », révèle-t-elle.
Dès son enfance, a-t-elle confié, elle était déjà révoltée par «cette éducation et cette culture» qui pèsent sur la femme. « Je pensais que l’église serait un refuge pour alléger cette charge à la femme mais c’est tout le contraire », reprend-elle.
Que faire alors ? « J’ai commencé par faire des recherches pour comprendre et relire les textes bibliques et j’ai été convaincue que le vrai chrétien est d’abord féministe...». Dans une communication récemment présentée sur le mouvement féministe au sein de l’église, elle soutient en effet que « bien que les femmes soient plus nombreuses que les hommes dans les églises d’Afrique de l’Ouest, ces dernières se trouvent, à majorité, dirigées par les hommes. En général dans les églises, les femmes sont plus impliquées dans la diaconie, le service et l’entretien des lieux que dans la gestion et direction des affaires des églises et institutions religieuses. Il y a quelques exceptions mais la règle générale est que les femmes sont moins représentées dans les instances de décision de la vie de l’Eglise». Loin d’être un refuge pour leur épanouissement, dénonce-t-elle, « les églises sont encore des lieux où les femmes sont réduites au mutisme, à une soumission aveugle et à la violence sous toutes ses formes ». Face à ce constat, le féminisme, vu comme le mouvement de réaction contre la discrimination dont sont victimes les femmes, a toute sa raison d’être, tranche Dr Fifamè Fidèle Houssou.
Pour elle, cette perception du féminisme signale une incompréhension du mouvement et est liée à la mauvaise interprétation du discours féministe et de ses actions. « Elle est non seulement remarquée chez les hommes mais aussi chez les femmes qui ne réalisent pas le bien-fondé du féminisme dans notre société », fait-elle observer.
En dépit de cette d’incompréhension du féminisme, il y a pourtant, bémolise-t-elle, des associations et des personnes qui ne cessent de se battre pour donner à la femme une situation épanouie lui permettant de participer activement au développement du pays. Et pour cette vague à laquelle elle dit appartenir, « le féminisme est perçu et vécu à la fois comme un engagement éthique et concret de la lutte contre la condition inférieure, aliénante et parfois avilissante de la femme dans tous ses aspects, et comme un effort de changement de cette condition dans le but de retrouver l’harmonie et l’épanouissement de toute l’humanité ».

Mal vue à l’église et dans la société

Les prises de position de la révérende Fifamè Houssou sont-elles appréciées au sein de sa communauté chrétienne? Même si elle trouve drôle la question, elle n’hésite pas à reconnaître qu’elle est « mal » vue. Mais elle se reprend sur une note d’espoir, assurée qu’elle est, que le temps finira par lui donner raison. « Je ne travaille pas pour me faire accepter mais pour amener au changement et cela prend du temps. Je ne suis pas pressée, apaise-t-elle. A l’en croire, beaucoup la comprennent mais le mutisme et la culture font obstacle. Selon ses explications, «la féministe est vue comme une rebelle, une femme insoumise». Une vue très réductrice des choses, pense la révérende qui voudrait aussi travailler à faire comprendre que le féminisme a sa raison d’être dans l’église aujourd'hui.
Dr Fifamè Fidèle Houssou n’est pas qu’engagée. Elle est surtout révoltée parce que « les femmes sont survivantes d’abus, de harcèlements, des violences, d’exploitations et d’injonctions récurrentes au silence. Mon problème, c’est comment continuer au quotidien malgré tout cela, à recevoir ce que la vie offre et nous donne gratuitement et l’évangile me le permet car Jésus remplit nos cœurs pour que jaillisse sa parole ».
Une pasteure a-t-elle vocation à œuvrer plus en faveur de la femme que de l'homme ? A cette interrogation, elle répond : « Je suis pasteure et je suis féministe dans le sens où je défends les droits des femmes et le respect de la dignité féminine. La femme dans la société n’est pas vue comme elle est créée et comme Dieu l’a voulue aux côtés de l’homme. Dieu a béni l’homme et la femme, et leur a confié la charge de la gestion de la création comme des vis-à-vis. Mais la réalité est là que la femme est manipulée et chosifiée dans la société et même dans l’église, elle vit sous la terreur des lectures sexistes de la Bible. Et cette réalité est contraire à l’évangile qui libère», opine furieuse, la révérende. A la question de savoir si la Bible n’a pas dit que la femme doit se soumettre à son mari, sa réponse ne se fait pas prier: «je défends autant les hommes que les femmes mais dans la perspective féministe, c’est la cause des femmes qui est mise en jeu», nuance-t-elle. «Les femmes font l’objet de stéréotypes alors que Jésus a libéré de tout ce qui enchaîne», note-t-elle; et d’ajouter : « je suis féministe au nom de l’évangile de liberté de justice que je proclame. La soumission n’est pas l’esclavage et elle est prescrite à tous. Le texte biblique concernant la soumission commence par « soumettez-vous les uns aux autres. Femmes soumettez- vous à vos maris et maris aimez vos femmes comme Christ a aimé l’église en donnant sa vie». Le débat féministe veut que le texte soit lu au complet et dans son contexte.
Autrement dit, la femme se soumet au mari qui est prêt à mourir pour elle et donner sa vie pour elle. Et la soumission et l’amour s’expérimentent seulement en Christ. Prenant l’exemple du Bénin et surtout des expériences vécues dans quelques pays de l’Afrique de l’Ouest, elle dit noter « une discordance dans la perception qui est faite du féminisme, qu’en même temps qu’il y a des mouvements et des actions qui militent en faveur de la promotion de la femme et du respect de ses droits comme une citoyenne à part entière, il y a aussi un contre mouvement qui s’exprime par le refoulement du féminisme ».

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