Rallier le complexe scolaire de Ladji, dans le 6e arrondissement de Cotonou, en cette petite saison de pluie, est un exercice difficile et risqué. La crue qui a pris d’assaut l’établissement et ses environs perturbe le cours normal des activités pédagogiques. Les conséquences sur le plan sanitaire ne sont pas non plus à négliger.

Si tout chemin mène à Rome, celui qui conduit au complexe scolaire de Ladji depuis les dernières pluies, c’est l’eau. Une semaine après la rentrée des classes, la crue a envahi l’école et y règne en maître. L’établissement a tout l’air d’une cité lacustre. Sa cour et ses alentours baignent dans l’eau. Le groupe D est très touché. Pour l’heure, aucune possibilité de rejoindre les salles de classe sans emprunter ‘’le lac circonstanciel’’qui s’impose au milieu de la cour de l’école. Des barques et bottes sont mises à contribution pour le déplacement des écoliers et enseignants. La situation a contraint certains groupes du complexe à un déménagement forcé. C’est le cas du groupe D, dont les responsables ont dû trouver une solution d’urgence pour ne pas pénaliser les apprenants. « Toutes les classes touchées par la crue ont été transférées dans les autres groupes », renseigne le directeur du groupe A, Joël Pereira. L’effectif déjà pléthorique au niveau des salles qui ont accueilli celles victimes des inondations a doublé et déborde. « Au Cm 1 A, il y avait 49 élèves ; avec la situation, l’effectif est passé à 100 », souligne-t-il. c'est le même constat au niveau des groupes B et C.
Cette situation n’est pas sans conséquences sur le cours normal des activités pédagogiques. « On observe un décalage au niveau des cours parce que les classes sinistrées n’étaient pas au même niveau que les autres. On ne peut pas demander aux apprenants qui ont de l’avance sur les autres dans le programme de rester à la maison en attendant de rattraper le retard au niveau des autres», fait comprendre la directrice du groupe D, Irma Ayi Aïko Yèhouénou, les bottes aux pieds.
« Nous avons réparti l’effectif du groupe D pour mieux encadrer les enfants. Si on les laisse à leur sort, on ne pourra pas faire face aux conséquences sur leur santé», relève Joël Pereira. « Nous essayons de supporter la situation malgré nous. L’enseignant travaille au rythme de l’apprenant. Or, dans les classes touchées par les inondations, certains sont en avance sur d’autres », explique-t-il. Ce qui donne du fil à retordre aux encadreurs. « La mise à niveau de tous les apprenants nécessite un réajustement de nos programmes ; ce qui perturbe le bon déroulement des activités », se plaint-il.
La situation est d’autant plus critique que les apprenants s’asseyent à cinq sur une même table, au lieu de deux ou trois au plus. « Tous les écoliers n’arrivent pas à écrire au même moment. Certains sont obligés de laisser d’autres finir avant d’écrire », décrit encore la directrice du groupe D.
Bien que dépassé par la situation, l’instituteur au CE1 A, Dominique Assogba, semble s’y accommoder. « Etant donné que c’est un phénomène cyclique, nous le gérons bon an mal an. Nous espérons d’ici à là le retrait de l’eau », souhaite-t-il.

Des enfants exposés

Certaines catégories d’enfants sont les plus exposées. «Les apprenants qui n’ont pas les moyens de déplacement traversent l’eau à pied pour venir en classe et rentrer à la maison», développe-t-il.
La situation qui prévaut ici est une tragédie. Des enfants excités par le niveau de l’eau y circulent allègrement, inconscients des conséquences sur leur santé. Les plus vulnérables en font les frais. « Ce matin encore, il y a deux cas de maladie dans ma classe de Cm 2 que nous avons transférés à l’hôpital », révèle encore le directeur du groupe A, Joël Pereira. « L’urgence pour nous, c’est de tout faire pour éviter que les enfants tombent malades », indique-t-il.
La seule initiative sanitaire prise par l’établissement pour l’heure pour remédier aux cas de maladies, c’est un dispositif de lavage des mains et des pieds à l’eau et au savon installé au milieu de l’établissement pour l’hygiène de centaines d’apprenants. Toutefois, la mesure reste insuffisante au regard de l’effectif total des apprenants. « Si nous pouvons avoir des médicaments, ça nous soulagerait. Notre souhait est que les autorités procèdent à la désinfection de la zone », plaide Joël Pereira.

Prêcher dans le désert

Mémé Djowamon Marie-Madeleine Adjaho, libraire à l’Epp Ladji depuis plus de 40 ans, est plus à même de parler de la situation de l’établissement. En cet après-midi du lundi 8 octobre aux environs de 16 heures, elle était déjà à pied d’œuvre pour ramasser son étalage d’articles scolaires. Pour le moment, elle offre le service minimum, en raison de l’invasion des moustiques avant le coucher du soleil. «Nous enregistrons beaucoup de cas de maladies en ces moments. Fréquenter l’Epp Ladji par ces temps n’est pas aisé», soulève-t-elle. Elle déplore la malpropreté qui aggrave le risque des maladies hydriques.
Tous appellent à la bonne volonté des pouvoirs publics pour sauver l'Epp Ladji de sa situation actuelle. En attendant, la seule diligence constatée se limite à quelques moyens de transport pour faciliter le déplacement des élèves et enseignants. Ce qui émousse les ardeurs des sinistrés.
Pour la directrice du groupe D, Irma AyiAïkoYèhouénou, formuler des doléances en direction des autorités, c’est prêcher dans le désert. Elle trouve plutôt l’exercice sans intérêt. « Nous n’allons pas perdre du temps à faire des plaidoyers en direction des élus locaux. Ils sont informés de la situation plus que nous. Le maire nous a reçus en présence des chefs quartiers et des parents d’élèves, mais les lignes n’ont pas bougé », se désole-t-elle.
De leur côté, les élus locaux sont à pied d’œuvre pour apporter des réponses favorables aux riverains. « La mairie nous a demandé de débourser en attendant qu’elle nous rembourse », explique le représentant du chef quartier, Sébastien Gbèmianvi, brandissant le procès-verbal de la réunion tenue par les élus locaux. Il espère que «la séance plénière prévue du 11 au 12 octobre prochain, permettra de prendre des décisions susceptibles de changer la situation ».
Si les personnes extérieures se lamentent du cas de l’Epp de Ladji, les sinistrés mêmes préfèrent s’apitoyer sur le sort d’autres écoles avoisinantes. C’est dire que la situation est pire ailleurs. Les cas des Epp de Toyoyomin et de Vossa auxquelles nous n’avons pas pu accéder sont longuement cités. Les politiques sont vivement interpellés pour corriger le tir pour le bonheur de l'école.

Autres vulnérabilités

Celui qui met les pieds pour la première fois à Ladji dans le 6e arrondissement de Cotonou est dépassé par la pollution avancée de la zone. La situation favorise le pullulement des moustiques sauvages. Les flaques d’eau et les eaux stagnantes, ajoutées à la température humide dans la zone, offrent un environnement très insalubre, propice à l’invasion des moustiques. La défécation à l’air libre et le manque d'infrastructures d’assainissement sont des situations qui contribuent également à la prolifération des larves. Il urge des solutions durables à cet effet?

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