Mimétisme, effet de mode ou besoin d’expression d’une réelle sexualité ? Difficile de dire pourquoi au Bénin et dans bien d’autres pays, certaines personnes préfèrent une orientation homosexuelle. Toujours est-il que le phénomène gagne du terrain et ses adeptes, de plus en plus nombreux, assument leur statut et veulent l’afficher, pour peu que cessent les discriminations à leur encontre.

« Milliardaire », ou encore «Alias Betty ». Pour le commun des Béninois, ces deux pseudonymes ne veulent certainement rien dire pour les non-initiés. Mais dans le milieu des personnes homosexuelles du Bénin, c’est un nom plutôt très courant et son porteur, sinon sa porteuse est une lesbienne de vieille date qui se bat du mieux qu’elle peut pour aider ses pairs à vivre une sexualité et surtout à assumer sans crainte leur statut.
A 46 ans, cette mère de deux enfants âgés de 19 et 17 ans ne cache plus vraiment son homosexualité. « Je n’ai pas fait ce choix. C’est inné en moi. Depuis toute petite, j'avais cette attirance pour les filles sans jamais comprendre ce que c’était vraiment », confesse-t-elle sans complexe. Puis, elle reprend : « Quand j’ai eu mon premier contact avec un homme, c’est comme si je me torturais. J’ai compris qu’il me manquait quelque chose que j’ignorais. Je ne supportais pas être avec un homme. C’était très difficile pour moi ». Toutefois, elle assure avoir eu ses deux enfants de cette même relation qu’elle confesse avoir tenté de maintenir en vain. Son attirance pour les personnes de même sexe qu’elle était devenue plus forte et intenable. Conséquence, Betty a préféré partir avec ses enfants, tournant ainsi dos à sa vie de couple. « J’ai eu des enfants, mais difficilement. Je me suis mise en couple pour essayer de chasser cette chose en moi mais je n’arrivais pas », explique-t-elle. Depuis 23 ans, elle vit sa sexualité avec des personnes de même sexe qu’elle. Elle s’y plaît d’ailleurs très bien à l’entendre. Son statut est connu de ses deux enfants qui la soutiennent, laisse-t-elle entendre. Et si l’un d’eux se découvrait une tendance homosexuelle ? A cette interrogation, sa réponse ne se fait pas attendre : « Contrairement à moi, il aura plus de chance parce que je le soutiendrai et je lui donnerai l’encadrement qu’il faut ».
Encore plus catégorique sur son statut, Costo, une autre bisexuelle de 24 ans pense être née avec une attirance pour des personnes de même sexe qu’elle. Cette jeune commerçante qui vit à Cotonou dit avoir été convaincue de cette attirance à l’âge de dix ans. Athlétique (du fait de ses activités sportives), cheveux coupés, elle confesse comment toute petite, elle n’aimait que la compagnie des garçons au point de renoncer très tôt à l’habillement féminin pour n’adopter que des tenues de garçon. Plus tard, à la puberté, indique-t-elle, son statut sexuel se confirmera davantage. « Chez moi, c’est depuis la naissance… je me voyais comme un garçon», sourit-elle. Contrairement à Betty, celle-ci n’a pas d’enfant mais compte bien en avoir. «Avec ma partenaire, nous en parlons souvent et nous pensons y arriver par l’insémination », coupe-t-elle. Très peu bavarde sur ce sujet, la jeune femme vit comme bien d’autres, son statut en cachette. Ses parents n’en savent rien. Son entourage non plus. « Un seul membre de la famille est informé et me soutient», confie-t-elle.

Vivent-ils une sexualité épanouie ?

Pas facile d’évoquer les rapports sexuels avec les personnes homosexuelles. Réservées, méfiantes, parfois arrogantes, tout laisse croire que le sujet ne les passionne pas vraiment. Par peur d’être mal jugées, peut-être. Plutôt comique sur le sujet, Betty répond : « Moi, je me sens bien et comblée dans ma relation et je ne regrette rien. Sinon depuis 17 ans, j’allais me taper un mec par moments. Juste pour des escapades ». Mais alors, à quoi peut ressembler une partie de sexe entre deux femmes ? Sa réponse : « On ne répond pas à ça. C’est top secret. C’est comme demander à un homme comment il fait l’amour à sa femme », tranche-t-elle. Question suivante: Et vous, que pensez-vous des gens hétérosexuels? « Pour eux, nous les personnes homosexuelles sommes à bannir de la terre. Ils se croient plus normaux que nous », ironise-t-elle.
Sur le sujet, chacun défend bien évidemment son choix. «Si seulement les adeptes de l’homosexualité pouvaient savoir le plaisir dont ils se privent en refusant d’aller vers le sexe opposé, je suis convaincu qu’ils changeront d’avis sur le sujet. Pour rien au monde, je n’irai vers un partenaire de même sexe que moi. Le simple fait d'évoquer l’idée me répugne », commente pour sa part Moïse Dossoumou.
Sur le sujet, l’avis des spécialistes est tout autre. « En psychologie, on dit que la force sexuelle des homosexuels est déviée de sa mission créatrice ou procréatrice pour ne satisfaire que le plaisir, les fantasmes », argumente Micheline Adjovi, psychologue. Pour le sociologue Médessé Bruno Dossouh, « il n’y a aucun problème de santé majeure qui soit lié au fait d’être homosexuel. Le seul défi auquel doit faire face l’homosexuel, c’est le dévoilement et le vécu de son homosexualité ». Du coup, pense ce dernier, « son équilibre mental et son bien-être dépendent en grande partie de sa capacité à surmonter les réactions de rejet et d’exclusion faisant suite au dévoilement de son orientation ».
Jouant toujours à la défensive sur le sujet, Betty assure, malgré son orientation sexuelle, avoir des fantasmes « comme toute personne non hypocrite ». Parvient-elle à les satisfaire ? Motus! Seule certitude, c’est qu’elle soutient vivre une sexualité totalement épanouie selon elle. Il en est ainsi pour nombre de personnes de la même orientation sexuelle qu’elle, pense-t-elle. Pourquoi les lesbiennes sont-elles donc obligées de recourir, pour une bonne part, aux gadgets sexuels pour leurs relations sexuelles? Sur cette question sa réponse est sans équivoque: « Il y a plein de couples hétéro qui utilisent aussi les gadgets », tranche-t-elle.

Sont-ils « anormaux ?

La question mérite bien d’être posée au regard des clichés et autres préjugés sur les personnes homosexuelles. « Nous sommes assez équilibrés et il faut surtout l’être pour faire face à tant de discriminations et parvenir à se mettre au-dessus de la mêlée sans forcément faire ce que tout le monde fait et pense être bien », se désole Harold M, 28 ans, gay rencontré dans un bar à Cotonou. Interrogé sur la rumeur qui soutient que les personnes (les hommes surtout) qui optent pour l’homosexualité le font pour de l’argent, il n’y est pas allé du dos de la cuillère pour étaler toute sa fureur. « Je suis gay et alors ? », lance-t-il furieux. « Je ne me sens pas bien avec les femmes au lit. J’ai une forte attirance pour les hommes comme moi et je l’assume », réplique-t-il aussitôt. « La fusion de deux sexes masculins est assurément infertile. Il en est de même en ce qui concerne de deux sexes féminins. La présence des deux principes créateurs sont nécessaires, voire indispensables pour transmettre la vie », dira pour sa part la psychologue Micheline Adjovi. « Toute la création est dualité. Il n’y a de vie que par la rencontre, la fusion ou l’union des forces créatrices positive et négative. Chez l’être humain, les forces créatrices se trouvent au niveau des sexes », enchaîne-t-elle. Là encore, tout est question de choix, pensent les homos. Harold. M soutient bien vivre son choix et confie même n’être aucunement intéressé par la procréation.
Pour le sociologue Bruno Dossouh, il ne serait pas juste de mettre tous les homosexuels dans le même sac, car toutes les homosexualités n’ont pas la même cause. « Si nous partons de l’homosexualité d’origine biologique, donc liée à un dysfonctionnement dès l’enfance, il est évidemment clair que c’est un problème de santé et que tout parent "raisonnable", informé à temps de l’orientation sexuelle de son enfant (ce qui n’est souvent pas le cas) essayera de trouver les solutions pour que l’enfant soit en harmonie avec son corps et donc cela pourrait se régler par des soins médicaux », détaille-t-il. « Est-ce parce qu’on est malade ou parce qu’on a des dysfonctionnements hormonaux, qu’on devient du coup un être anomal ? Je ne pense pas. Ce qui pose problème ici, c’est l’orientation sexuelle adoptée à la suite de ce dysfonctionnement et qui s’oppose aux normes sociales. De ce point de vue, on peut comprendre le jugement de ces personnes, sans toutefois leur donner raison sur ce regard stigmatisant qu’ils portent sur les homosexuels », nuance le sociologue.

Appel à la tolérance

Betty milite depuis quatre ans déjà dans une association défendant les droits des personnes homosexuelles. « Elle a vu le jour grâce à des personnes dans le domaine depuis des années. Nous travaillons avec beaucoup de partenaires qui sont des organismes internationaux, qui nous reconnaissent et nous aident à mobiliser et sensibiliser les gens qui vivent cachés à cause de leur statut ». La plupart de ces camarades militent également dans des organisations. « Au Bénin, les homos n’ont pas la liberté pour s’afficher. On méprise leurs droits. C’est pourquoi nous sommes obligés de militer pour défendre nos droits et nous faire former contre les maladies », appuie, pour sa part, Costo.
Nous avons également réussi à avoir le vice-président du réseau national des personnes Lgbt et président d’une association des lgbtiq (sigle anglophone qualifiant la sexualité homosexuelle ou bisexuelle d'un homme ou d'une femme), lesbiennes, gay, bisexuel, transsexuel, intersexué et queer (un terme regroupant les identités sexuelles et de genres non-conventionnelles sous une même appellation) du Bénin.
Par mesure de précaution et de préservation de son identité, l’entretien s’est déroulé via whatsApp et appels téléphoniques. Il est pourtant gay et nombre des militants de son association le confirment. Pour lui, « ce n’est pas facile en général dans le monde d’assumer, d’assurer et d’affirmer sa sexualité du moment où celle-ci devient différente de la norme. On la vit bon gré, mal gré ».
Et si la plupart d’entre eux choisissent de cacher leur orientation sexuelle, c’est sans doute parce que « la société béninoise est très peu tolérante ». Le président de l’association des lgbtiq soutient, sans ambages, que « dans une société comme la nôtre où le garçon a l’obligation de procréer et de fonder un foyer », c’est loin d’être du miel que de révéler en famille qu’on est en couple avec un homme ou une femme comme soi. Pourtant, pense-t-il, « être homosexuel n’empêche en rien ces personnes de fonder une famille ». De nos jours, banalise-t-il, « avoir un foyer, c’est important, mais pas nécessaire, cela dépend de la perception que chaque famille a de la vie en général ».
Pendant que ces derniers revendiquent leurs droits d’exister, Micheline Adjovi objecte : «L’homosexualité, une attirance sexuelle qui dénie l’ordre naturel et divin de la création, se justifie par la liberté de décision et d'action conférée à la personne humaine. Cette liberté appelle, en retour, la responsabilité des conséquences ». Puis, elle s’interroge: « Mais où allons-nous dans un monde où les valeurs morales, éthiques et religieuses sont de plus en plus foulées aux pieds et où chacun est autorisé à faire prévaloir sa liberté de satisfaire tous ses fantasmes ? »
Du côté des associations, ce discours est loin de décourager et elles jurent qu’elles ne baisseront pas en tout cas les bras. Ceci en raison des violences qu’elles subissent telles que la stigmatisation, la discrimination, les cas de violence psychologique, physique, morale, la non-assistance en cas de maladie et pis, le reniement social. « Nous sommes perçus comme des anomalies, des malades ou parfois comme des imitateurs des Occidentaux », déplore ce dernier. «Le Bénin est notre pays et tous les citoyens ont les mêmes droits garantis par la Constitution et la Déclaration des Droits universels de l'homme, donc acceptons chacun avec sa différence », plaide-il in fine?

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