Après Dogbo dans le Couffo en 2016, la commune d’Athiémé abrite, depuis jeudi dernier un nouveau sanimarché, portant à deux, ces centres dans lesquels différents modèles de toilettes et leurs accessoires sont proposés à la vente. Les ménages y sont conviés à travers une campagne de communication qui se déroule, du 17 au 30 septembre dans les départements du Mono et du Couffo, sur l’initiative de l’organisation internationale Protos, avec le soutien du Fonds hollandais Via Water.

La construction des toilettes demeure un luxe par endroits au Bénin où de nombreux ménages font leurs besoins dans la nature. 87% de la population s’adonnent à la défécation à l’air libre et urinent dans les mêmes conditions en milieu rural, selon des sources proches du ministère de la Santé. 

Soucieux d’éradiquer cette tendance à risque pour la santé, le Bénin s’est doté d’une stratégie nationale pour l’Alimentation en eau potable, hygiène et assainissement (Aepha) qui pallie l’absence de subvention pour construire des latrines dans les ménages. En revanche, la stratégie recommande la méthode de l’Assainissement total piloté par la communauté (Atpc) pour éradiquer la défécation à l’air libre dans les communautés rurales puis le marketing de l’assainissement et atteindre le même objectif dans les zones semi-urbaines et urbaines. La mise en œuvre de ces approches à Dogbo dans le Couffo ainsi qu’à Athiémé et Lokossa, communes du Mono, s’exécute dans le cadre d’un partenariat contracté, depuis 2014 avec Protos, une organisation de coopération du Royaume de Belgique. En amont de ses interventions proprement dites, ce partenariat a donné naissance aux plans communaux d’assainissement (Pac) lesquels documents répertorient les besoins et évaluent la portée des ménages concernés.
A Dogbo, par exemple, le Pac fait état d’au moins 80% des communautés qui défèquent encore à l’air libre, appuie Guillaume Houinato, chef d’antenne de Protos pour ses interventions dans le Mono et le Couffo. « Mais lorsque les besoins en matière d’assainissement sont connus au niveau des communautés rurales, il faut leur proposer des offres de produits et services dans un centre », retient Guillaume Houinato pour justifier la création des sanimarchés. « Le tout premier érigé au Bénin, mentionne-t-il, est le sanimarché de la commune de Dogbo inauguré en novembre 2016 ». Celui mis en service le 20 septembre dernier à Athiémé porte à deux le nombre de sanimarchés ouverts aux ménages sur toute l’étendue du territoire du Bénin.

Le sanimarché d’Athiémé

Erigé sur un domaine de 600 m2 au stade communal situé dans l’arrondissement central, le sanimarché d’Athiémé porte à deux ces infrastructures mises à la disposition notamment des ménages du Mono et du Couffo. Il est le fruit du partenariat entre la commune et l’organe de coopération du Royaume de Belgique, Protos. Le Fonds hollandais Via Water a également contribué financièrement à la construction du sanimarché d’Athiémé. Sa mise en service fut actée, le jeudi 20 septembre dernier, par Launay Myriam, chargée de programme à Protos et Gilbert Bossou, le deuxième adjoint au maire, qui ont coupé le ruban symbolique puis effectué avec leur suite une visite guidée des installations. Activité phare de cette journée de la campagne de communication sur les sanimarchés, l’inauguration a mobilisé du monde y compris des cadres de la mairie et plusieurs autres personnalités.
Aux dires du deuxième adjoint au maire, cette infrastructure de blocs sanitaires à eau potable constitue un important investissement qui améliorera les comportements de sa communauté et va restaurer l’image d’Athiémé où, révèle-t-il, près de six ménages sur dix pratiquent la défécation à l’air libre. Par rapport aux installations de Dogbo, sanimarché d’Athiémé, plus spacieux, présente diverses gammes d’articles et services améliorés au profit des populations. Launay Myriam confirme : « Chacun peut y trouver son compte suivant sa préférence et ses moyens ».

Utilité des sanimarchés

Espaces marchands, les sanimarchés concentrent expertises et divers produits d’assainissement. Détaillant leur utilité, la chargée de programme à Protos, clarifie qu’il s’agit des magasins où chacun peut trouver, selon ses besoins et ses critères d’esthétique et de finances, les toilettes qui lui conviennent. « Mais aussi, poursuit Launay Myriam, des urinoirs, des douches et des puisards ». Ce sont de magnifiques bâtiments offrant une large gamme d’infrastructures utiles pour relever le défi de l’assainissement, retient-elle.
Le sanimarché d’Athiémé propose des latrines à fosses septiques alternatives et des modèles simples en bois massif, en maçonnerie, en toile cirée et autres avec la possibilité de réaliser des enclos à l’aide d’une matière de son choix. En somme, il s’agit, entre autres, des latrines écosan et des modèles avec dalles rondes ou carrées ou bien sans dalle.
L’infrastructure de Dogbo, quant à elle, regroupe en majorité, huit latrines de trois différentes catégories dont un lot de quatre, à fosse septique. Le reste se décline en une paire de latrines familiales à double fosse et le dernier lot de deux latrines rectangulaires, à fosse unique non maçonnée, qualifiées de « Vip ». De façon générale, sont associés aux latrines, des modèles d’urinoir, des dispositifs de lavage des mains, des salles de bain et bureaux. Bien d’autres outils de marketing tels que des posters, des brochures et catalogues et autres conseils d’orientation utiles à la réalisation d’une latrine sont également disponibles au sein des sanimarchés, objet de la compagne de communication en cours dans le Mono et le Couffo.

Une latrine pour chacun

« Une latrine pour chacun, un soulagement pour tous », c’est le slogan autour duquel se déroule la promotion des sanimarchés. Démarrée depuis le lundi 17 septembre par des émissions radiophoniques, la campagne vise à booster les performances des centres marchands. Outre l’écoulement des articles et services proposés à la vente, elle est concoctée pour tester la dynamique de fonctionnement du système des sanimarchés dans la perspective de la phase post projet. Pour ce faire, la campagne se poursuit sur le terrain avec des agents formés à cet effet et qui ratissent large grâce à l’approche de proximité et des émissions sur la radio locale. La grosse artillerie de sensibilisation déployée dans la journée du jeudi 20 septembre dernier devrait savonner aussi la planche à la réussite de leurs missions. Il s’agit d’une caravane qui a pris successivement ses quartiers dans les communes d’Athiémé, de Lokossa et de Dogbo. En vedette, se trouvaient des conducteurs de taxi-motos de chacune des trois communes. Gratifiés de blousons neufs portant l’inscription du thème de la campagne et du logo des sanimarchés. Ces derniers étaient suivis des acteurs du système, habillés eux aussi en t-shirts confectionnés pour la circonstance. Au milieu de leur procession, se trouvait un géant podium-car d’où tonnaient des messages de sensibilisation et autres sonorités pour l’animation.
« Une latrine pour chacun, un soulagement pour tous » n’est pas une vue de l’esprit, aux dires de Launay Myriam pour qui le slogan interpelle la responsabilité de tous dans l’assainissement du cadre de vie. « Ne pas déféquer à l’air libre, ne pas jeter en désordre ses déchets et respecter la santé de ses voisins est quelque chose de fondamental », souligne-t-elle. « S’il y a une seule personne qui n’a pas de latrine, c’est que celui-là nous amène à manger son caca », ironise Guillaume Houinato qui balaie du revers de la main la pauvreté dont on prétexte dans certaines communautés où sont reléguées au second rang les dépenses afférentes à la construction d’une toilette améliorée ou moderne.
A rappeler que des élus ont également soutenu la caravane dans le Couffo précisément à l’étape du marché de Dogbo où le maire de la ville et son homologue de Lalo n’ont pas hésité à inviter leurs administrés à se rendre massivement dans les sanimarchés.

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