Les débats relatifs à l’affaire portant sur la disparition d’Urbain Pierre Dangnivo, un ancien cadre du ministère des Finances, ont effectivement commencé, ce mercredi 22 août, avec les dépositions de l’accusé Codjo Kossi Alofa. Il nie avoir assassiné ou participé à un acte du genre, comme en 2015 lors de l’examen du dossier.

« Je ne reconnais pas les faits », a répondu hier à la barre Codjo Kossi Alofa lorsque le président de la cour lui demande de se prononcer sur les faits d’assassinat pour lesquels il était poursuivi, faits prévus et punis par les articles 295 à 298 du Code pénal. Son co-accusé Donatien Amoussou poursuivi, quant à lui, pour complicité d’assassinat rétorque pour sa part : « Jamais ». 

Les débats proprement dits ont été enclenchés après trois heures de tractations et de conciliabules entre la partie civile, la défense, le ministère public et la cour.
Le président rappelle à l’accusé Codjo Kossi Alofa qu’il avait pourtant reconnu les mêmes faits à toutes les autres étapes de la procédure. Il rebondit pour dire qu’il jouait un théâtre qu’on lui avait prescrit. La cour lui demande alors de fournir des détails sur ladite mise en scène.
Puis dans ses explications, Codjo Kossi Alofa relate qu’il était allé commettre un vol d’engin en compagnie d’Eric Polo. Pour lui, c’est lorsqu’ils rentraient après avoir opéré ledit vol que l’engin dont il s’est servi pour opérer avec son acolyte a eu une panne d’essence. Il aurait été retenu par la clameur publique qui a favorisé, dit-il, son arrestation. Il dit avoir été ensuite gardé à vue au commissariat de police de Godomey.
Par rapport aux commanditaires dudit théâtre, il cite Lucien Dègbo, Prince Alédji et Séverin Koumasségbo, tous des hommes en uniforme. L’accusé Codjo Kossi Alofa déclare qu’il faisait la navette dans la position de garde-à-vue pendant deux semaines entre Kpondéhou et Godomey, avant d’être transféré d’abord à la brigade de recherche, puis à la brigade territoriale.
Après avoir accepté leur proposition, l’accusé déclare avoir été présenté au ministre de la Justice à l’époque des faits, Grégoire Akoffodji, et au général Lègba Kokou Sèmègan.
Entre temps, relate-t-il, Donatien Amoussou lui aurait été présenté afin qu’il reconnaisse avoir reçu de lui les médicaments qui auraient servi à tuer la victime Urbain Pierre Dangnivo. Il lui avait été également imposé d’accepter de lui avoir remis le véhicule du de cujus. A cette étape du scénario, il déclare avoir été transféré à la prison civile de Missérété.
Il confie que le régisseur de ladite prison l’a fait appeler un jour pour lui signifier qu’il l’envoie travailler avec les flics. C’est, relève l’accusé, ce jour que Prince Alédji l’informe que Dangnivo a voyagé et l’interroge sur la somme et les biens qu’il aurait laissés avant de partir. Il s’est alors demandé comment un illettré peut collaborer avec des agents en uniforme. C’est en ce moment qu’il lui avait été demandé de collaborer dans cette affaire, pour que non seulement le délit de vol dont il s’est rendu coupable soit effacé et qu’on lui donne une somme de 25 millions de francs Cfa.

Longue attente

Puis un matin, après deux ans et huit mois d’attente, il a été réveillé à 4 h, pour dit-il, être conduit au Parquet par des éléments du Gign. La route du Parquet lui a semblé ce jour très longue de Missérété à Cotonou. Il lui a été demandé si on devait le libérer sur quelle destination porterait son choix. Il a choisi Lomé où il a été débarqué quelques instants après. Apprenant sur les ondes à son lieu de retrait qu’il avait fui, il avait décidé d’aller se présenter à une brigade de gendarmerie de proximité qui l’a finalement référé à une brigade de Lomé.
Puis il confie qu’après des formalités, il a été ramené au Bénin sous escorte.
Le ministère public lisant ses déclarations devant le juge d’instruction lui a demandé de les confirmer ou de les infirmer. Ce que l’accusé a fait en confirmant tout ce qu’il avait affirmé à quelques nuances près.
La partie civile représentée par Me Aboubakar Baparapé lui a également posé des questions auxquelles il a répondu.
La défense par la voix de Me Théodore Zinflou a fait donner acte des mentions sur la longue déposition de l’accusé face aux questions du ministère public.
L’audience a été suspendue hier vers 18 h et les débats se poursuivent ce matin.
Les faits se sont déroulés en 2010. En effet, dans la nuit du mardi 17 août 2010, Urbain Pierre Dangnivo était porté disparu, après avoir quitté la résidence de sa deuxième épouse, Anne Cakpo à la cité Houéyiho aux environs de 21h à bord de la voiture Audi 80 de couleur blanche, immatriculée AC 2223 RB. La fille du disparu, Carmen Dangnivo, a été la dernière à joindre par téléphone son père aux environs de minuit et a été rassurée par ce dernier de sa rentrée tardive. Après une longue et vaine attente qui a duré toute la nuit du 17 au 18 août 2010, la famille Dangnivo a commencé par s’inquiéter de la disparition de son fils et c’est alors qu’Anne Cakpo a saisi la Police aux fins d’une enquête régulière.
Les investigations menées par la commission spéciale d’enquête mise en place ont permis d’interpeller une dizaine de personnes dont Codjo Kossi Alofa et Donatien Amoussou.
Inculpé d’association de malfaiteurs, assassinat, et séquestration puis renvoyé devant la cour d’assises, pour crime d’assassinat, Codjo Kossi Alofa a reconnu les faits à toutes les étapes de la procédure.
Quant à Donatien Amoussou, inculpé d’association de malfaiteurs, assassinat, et séquestration puis renvoyé devant la cour d’assises, pour complicité d’assassinat, il n’a reconnu les faits à aucune des étapes de la procédure.
Les bulletins n°1 des casiers judiciaires des accusés Codjo Kossi Alofa et Donatien
Amoussou ne portent mention d’aucune condamnation antérieure.
L’enquête de moralité leur est favorable.
Les rapports d’expertise médico-psychologique et psychiatrique des accusés révèlent qu’ils disposaient de toutes leurs facultés mentales et intellectuelles au moment des faits.

Composition de la cour

Président  : Hubert Arsène Dadjo
Assesseurs  : Christophe Atinmakan
Victor Fatindé
Jurés  : Sidonie Dégila Gbédji
Sosthène Jean Noël
Prosper Coffi Gbèdandé
Assiba Denise Aïzannon
Andréa Bachioumba (suppléante)
Ministère public: Emmanuel Opita
Greffier : Christophe Francklin Chéou

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