Des personnalités du monde entier se prononcent pour rendre de vibrants hommages à l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, décédé samedi 18 août dernier. Les témoignages à propos de ce digne fils d’Afrique sont élogieux, comme ceux des personnalités du Bénin ci-après.

Aurélien Agbénonci, ministre des Affaires étrangères

C’est un grand homme qui disparaît…
J’ai été dévasté lorsque cette nouvelle m’est parvenue. Et je suis triste parce que c’est un grand homme qui disparaît, c’est un homme de grande valeur qui quitte ce monde. Et je ne suis pas sûr que nous ayons suffisamment profité de sa vaste expérience, de son talent et surtout de son humanisme. C’est un grand réformateur et on parle de Kofi Annan en disant que c’est un homme de paix dans un monde de guerre. Kofi Annan disait que l’on ne devrait pas avoir de paix sans le progrès et pas de progrès sans la paix. C’est tout naturel qu’il ait été l’un des rares secrétaires généraux des Nations Unies à obtenir le prix Nobel de la paix à la fois pour l’organisation mais aussi à titre personnel.
Ce que je retiens de lui, c’est que nous perdons un grand homme qui a honoré le Ghana, son pays, mais l’Afrique, notre Afrique, mais qui aussi nous a enseigné une leçon, celle de voir un monde meilleur, lorsqu’on est déterminé, lorsqu’on est décidé à le faire. Mais la chose la plus importante, c’est les Objectifs du millénaire pour le développement. C’est la première fois qu’un secrétaire général est arrivé à convaincre les Etats sur la nécessité de convenir d’objectifs à atteindre pour que les conditions de vie de tout un chacun d’entre nous soient améliorées. C’est un homme qui a réussi dans la gestion de cette machine complexe à rester lui-même. La grande réforme du Conseil de sécurité qui n’a pas pu aboutir à cause d’un pays plus puissant qui refuse d’admettre aujourd’hui la configuration du monde et aussi celle de 1945. C’est aussi Kofi Annan qui a lancé ce signal.
Le secrétaire général Kofi Annan présente la particularité d’avoir fait toutes ses classes à l’intérieur de la maison. Il est le seul secrétaire général qui vient de l’intérieur, qui connaît la maison comme cadre et qui a su conduire les changements qu’il fallait. Souvenez-vous de la crise irakienne avant la grande crise, le secrétaire général Kofi Annan a réussi non seulement à renouer le fil du dialogue entre l’Irak mais avec le reste de la communauté internationale. Je me souviens du retour de Kofi Annan à New-York après cette mission en Irak. Cela n’est jamais arrivé depuis. L’ensemble du personnel s’est mis aux fenêtres pour applaudir l’entrée du secrétaire général dans le bâtiment des Nations Unies. A vous le raconter, je suis encore ému. Cela a montré la grandeur de l’homme. Kofi
Annan, pour moi, est de la trempe du président Mandela. C’est des grands hommes qui voient plus loin. C’est une perte importante pour notre humanité.
Personnellement, je puis vous dire que j’ai eu avec lui une expérience que je n’ai jamais oubliée. L’expérience du calme. Il avait effectué une visite au Congo Brazzaville où j’étais représentant résident et coordonnateur résident. J’avais pris toutes les dispositions pour que le système de sonorisation lui permette de s’adresser à la foule. Des fonctionnaires de toutes les agences marchaient dans la cour de mon bureau. J’ai aussi mis en place un plan A, un plan B mais aussi un plan C. L’électricité de la ville, le groupe électrogène de mon bureau mais aussi un autre système d’alimentation. Et au moment où le secrétaire général allait prendre la parole, coupure d’électricité, parce que certains confrères à vous (journalistes Ndlr) avaient branché des torches très puissantes sur deux des systèmes et tout a sauté. Il m’a senti paniqué, j’étais assis à côté de lui. Il m’a tapé la cuisse gauche en disant : « Ne paniquez pas, ça va s’arranger. C’est des choses qui arrivent ». Vous voyez un jeune fonctionnaire, voir l’homme qui incarnait les Nations Unies lui dire cela, plutôt que de le tancer, de marquer un agacement, c’est une chose qui m’a marqué. Il avait une belle phrase : « Vivre, c’est choisir, mais pour bien choisir, vous devez savoir qui vous êtes et ce que vous défendez, où voulez allez et pourquoi vous voulez y aller ». Une dernière sagesse de Kofi que je garde, c’est qu’il disait : « Il n’y a pas de progrès possible, il n’y a pas d’avancée possible dans un monde sans coopération et sans partenariat. Et c’est un peu ce que le président nous amène à faire aujourd’hui au nom de la diplomatie de mon pays. Bien entendu le président de la République est très attentif et très sensible à cette disparition et nous exprimerons dès la rentrée du gouvernement la consternation de la République dans les formes qui conviennent.

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