Il est accusé d'avoir commis un homicide volontaire sur sa mère Koukou Lydia Litchou. L'accusé Isaac Dona Houessou a comparu, vendredi 17 août dernier, devant la cour d'assises de la cour d'appel de Cotonou, dans le cadre de la vingt-neuvième affaire au rôle de la session supplémentaire. Reconnu coupable des faits, le septuagénaire a écopé d'une peine de 20 ans de travaux forcés.

Vingt ans de travaux forcés pour Isaac Dona Houessou qui a été déclaré, par la cour d'assises de la cour d'appel de Cotonou, coupable des faits de parricide sur sa génitrice Koukou Lydia Médédinnou Litchou. 

L'accusé nie avoir étranglé sa mère au moyen d'un tissu épais jusqu'à ce qu'elle décède par asphyxie comme le révèle le rapport d'autopsie et comme l'attestent les tissus retrouvés dans sa chambre lors de l'investigation. À la barre vendredi dernier, il a servi une version des faits contraire à toutes ses déclarations antérieures, tout en clamant son innocence. À l'en croire, sa mère aurait été purement et simplement empoisonnée du fait de rivalités domaniales. « Mais si les allégations de l'accusé étaient justes, le médecin légiste qui a procédé à l'autopsie aurait remarqué la présence de substances nocives dans le corps de la victime », fait observer le ministère public.
Sur la question des conflits domaniaux, les enquêtes ont révélé que l'accusé a modifié l'état civil de son frère Samuel Houessou devenu Samuel Houngbo pour accaparer seul des parcelles familiales. Il reconnaît d'ailleurs avoir vendu quelques parcelles à l'insu de ses frères. L'accusé a même été incarcéré auparavant pour des malversations domaniales.
Son frère Samuel Houngbo avait déclaré lors de l'instruction que leur mère s'est souvent plainte de l'accusé qui, maintes fois, aurait tenté de l'étrangler la nuit dans son sommeil. Des déclarations contre lesquelles, l'accusé se porte en faux.
Il déclare que la nuit du crime, sa mère s'est lamentée d'atroces maux de ventre et il reconnaît qu'il était le seul à dormir dans la chambre avec elle. Elle se serait réveillée une fois dans la nuit pour uriner. Mais l'accusé a ajouté qu'il n'aurait entendu aucun autre bruit jusqu'à son réveil où il a constaté la mort de sa mère couchée sur le ventre comme l'indique le rapport d'autopsie.

Le conseil se déconstitue mais l'audience se poursuit

Les témoins reçus à la barre notamment les frères et la sœur de l'accusé ne sont pas favorables à la défense. Le témoignage de la sœur aînée Adèle Houessou accable l'accusé. Celle-ci fait savoir que son frère Isaac lui a interdit d'amener de la nourriture à leur mère et l'a menacée de mort. Son frère Samuel Houngbo ajoute que l'accusé est de nature violente. Il aurait saisi les papiers des parcelles familiales et aurait déjà tenté d'étrangler leur mère avant la nuit du crime.
Appelé à réagir face à ces déclarations, l'accusé a entretenu un flou épais et tenté d'embrouiller la cour. Cette inconstance semble conforter la thèse du conseil de l'accusé. Fustigeant les conclusions de l'examen médico-psychiatrique fait par un psychologique, Me Magloire Yansunnu a sollicité? lors des débats? une analyse psychiatrique afin que soit établi l'état mental de son client.
Selon l'avocat général, l'accusé est bien lucide. Il serait plutôt sujet à la mélancolie et à la dépression conformément au rapport médico-psychiatrique déjà établi.
La cour ayant rabattu le délibéré de cette question préjudicielle, le conseil de l'avocat Me Magloire Yansunnu a déposé sa note de déconstitution. La cour, après en avoir pris acte et délibéré, a poursuivi l'audience en l'absence du conseil de l'avocat s'appesantissant sur l'article 312 du Code de procédure pénale.

L'issue

Les pièces du dossier ont été lues et le ministère public a présenté ses réquisitions. Les conclusions du rapport médico-psychiatrique stipulent que l'accusé présente un état psychologique altéré même si ses propos sont cohérents. Il ne présente pas un état de démence même si on note un état de troubles et une asthénie généralisée. Il est pénalement responsable, en déduit le ministère public. L'enquête de moralité lui est défavorable. Tout porte à croire qu'il n'espérait que la mort de sa mère pour hériter de ses terres. Toutefois son ex-femme et les détenus qui l'ont côtoyé le peignent en homme responsable et exemplaire.
L'avocat général dans son réquisitoire a soutenu la constitution de l'infraction. Citant l'article 295 du Code pénal qui définit le meurtre comme un homicide volontaire, le ministère public a démontré les éléments constitutifs de ce meurtre sur ascendant, donnant par conséquent lieu à un parricide tel que prévu par l'article 299 du Code pénal. L'élément légal existe et prévoit à l'article 302 du Code pénal une peine de mort au coupable de parricide ou à défaut, la perpétuité. L'élément matériel se traduit dans le lien de causalité entre l'étranglement volontaire commis par l'accusé sur la victime et la mort de celle-ci. La preuve de la mort est établie mais qui a commis l'homicide ? L'accusé lui-même reconnaît être le seul à rester en contact avec la victime toute la nuit du crime et les tissus, outils du crime, ont été retrouvés chez lui. Qui d'autre que lui pouvait commettre le crime ? L'intention criminelle, selon l'avocat général, se dégage de l'envie manifeste de l'accusé de s'accaparer des terres de sa mère. « Selon l'article 323 du Code pénal, le parricide n'est jamais excusable», a rappelé l'avocat général pour exclure toutes circonstances atténuantes. Au terme de son analyse, le ministère public a requis la perpétuité contre l'accusé.
Après en avoir délibéré, la cour a rejeté la demande du conseil qui a sollicité la commission d'un psychiatre pour apprécier l'état de son client. Déclarant l'accusé coupable des faits, la cour a retenu 20 ans de travaux forcés contre lui.
Les faits

À l'aube du 30 mai 2014 dans le quartier Tchahounkpamè à Cotonou, le cadavre de Dame Koukou Lydia Médédinnou Litchou a été découverte dans son domicile alors que la veille, elle se portait bien et vivait habituellement dans cet appartement avec son enfant Isaac Dona Raphaël Houessou.
Sans informer la famille, les parents ainsi que ses frères et sœurs germains, Isaac Dona Houessou s'est précipité pour déposer la dépouille mortelle à la morgue Proci de Cotonou.
Les conclusions du rapport d'autopsie du 10 juillet 2014 ont révélé qu'il s'agit d'une mort par asphyxie mécanique et les investigations menées ont permis de soupçonner Isaac Dona Houessou, fils de la victime.
Interpellé et inculpé de parricide, Isaac Dona Houessou a nié les faits aussi bien à l'enquête préliminaire que devant le juge d'instruction. Il a été mis en détention le 18 juillet 2014.
Composition de la cour

Présidente : Marie Soudé
Godonou
Assesseurs : Ferdinand
Degbelo et Ismaël Sanoussi
Jurés :
Pelagie Lokossou
Michel Moïse Lèchékon
Gaston Olaolouwa Adekambi
Sosthène Jean-Noël d'Almeida

Ministère public : Marie-Josée Pathinvo
Greffier : Louis Houngbo

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