Alors que le processus pour le juger Mario Gbégan était presque mis en branle, la défense a présenté des conclusions tendant à surseoir à l’examen de la vingt-huitième affaire au rôle de la session supplémentaire de la cour d’assises de la cour d’appel de Cotonou. L’accusé Mario Gbégan devra attendre une prochaine session des assises pour être fixé sur son sort.

« Cette affaire me pose un problème de conscience ; ce n’est pas au soir de ma carrière que je vais participer au jugement d’un accusé dont je ne suis pas sûr de la santé mentale», déclare Me Louis Fidégnon, commis d’office pour défendre les intérêts de Mario Gbégan poursuivi pour assassinat. Car, explique la défense, il n’est pas normal qu'un seul et même individu tue deux personnes en l’espace de quelques mois s’il possède vraiment toutes ses facultés mentales. Cela dit, Me Louis Fidégnon a pris ses affaires et annoncé sa déconstitution comme conseil de l’accusé.
Selon la défense, l’expert désigné par le juge d’instruction pour examiner la santé mentale de l’accusé n’est pas un médecin spécialiste en psychiatrie, mais plutôt un expert en psychologie. Me Louis Fidégnon en a déduit que le volet psychiatrique n’a pas été pris en compte par l’expert Ildevert Egué. Il demande à la cour de commettre un médecin spécialisé en psychiatrie, accrédité près les cours et tribunaux afin d’examiner Mario Gbégan.
Le ministère public dans ces observations relève que l’expert désigné a présenté un rapport qui montre que l’accusé était en pleine possession de toutes ses facultés mentales lors de la commission des faits pour lesquels il était poursuivi.
A cette étape, la cour s’est retirée et a rendu un arrêt avant dire droit autorisant la poursuite des débats, étant entendu, selon elle, que l’arrêt de renvoi a purgé tous les vices de la procédure en cours.
Et c’est mécontent de cette position de la cour que Me Louis Fidégnon, contre toute attente, a décidé de se retirer, obligeant la cour à ordonner le renvoi à une session ultérieure de la vingt-huitième affaire de la session supplémentaire de la cour d’assises.
Suite à ce retrait de la défense de la procédure, le président de la cour a demandé au représentant du ministère public de présenter de nouvelles observations.
L’avocat général rappelle que Me Louis Fidégnon est un avocat commis d’office qui a des droits mais qui devrait également répondre à des devoirs. Il fait, selon lui, partie d’un corps qui se réclame d’être un maillon de la chaîne des acteurs de la Justice. Ce faisant, le conseil fait obstruction à une bonne administration de la justice, apprécie le ministère public. Il sait qu’il y a des voies de recours dont la possibilité lui est donnée, ajoute-t-il. Le ministère public est prêt pour la suite mais la cour pourrait demander le renvoi à une session ultérieure pour donner à ces faits la réponse appropriée, estime-t-il. La cour se retire et revient rendre une décision. Elle se réfère à son premier arrêt avant dire droit rendu pour ordonner la poursuite des débats mais s’appuie cependant sur l’article 321 du Code de procédure pénale qui requiert le ministère d’un avocat à l’audience prévue pour statuer sur le sort d’un accusé présumé criminel. Sur la base de cet article, la cour a ordonné l’examen du cas de Mario Gbégan à une session ultérieure.
Résumé des faits

Dans la nuit du 28 au 29 mai 2011, Wilfried Djogbénou, vendeur d’essence frelatée, dormait à son lieu de vente sis à Gbédjromèdé lorsqu’aux environs de 2 h, son ami Mario Gbégan venu lui dérober la recette de la journée s’empara d’un tesson de bouteille et lui en asséna un coup au cou. Transporté d’urgence au centre de santé de Bethesda, Wilfried Djogbénou décéda à 4 h 40 des suites de la large et profonde plaie et de l’importante hémorragie causée par le coup qui lui a été assené.
Deux mois plus tôt, la moto de Codjo Emmanuel Ezo, dont le corps inanimé fut découvert dans une mare de sang dans sa chambre, a été retrouvée en possession de Mario Gbégan. Pour détourner les soupçons qui pesaient sur lui, Mario Gbégan fit croire à tout son entourage qu’il a acheté ladite moto.
Inculpé d’assassinat, Mario Gbégan a, à toutes les étapes de la procédure, reconnu les faits relatifs à Wilfried Djogbénou. Il les a, par contre, niés concernant Codjo Emmanuel Ezo.
Composition de la cour

Président : Malik Cossou
Assesseurs : Angelos Togbé
Tidani Serpos
Jurés:
Adolphe G. Dadaglo
Assiba Louise Aïzannon
Louis Comlan Houndonougbo
Marguerite B. M. Nouhoumon

Ministère public : Armand Hounguè
Greffier Théogène Zoutchekon

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