Les moutons coûtent plus cher par rapport à l’an dernier sur le site du nouveau marché de bétail de Tohouè à Sèmè-Podji où se sont installés les vendeurs déguerpis de Djeffa dans la même commune. Mais cette hausse sur fond de spéculation est loin d’émousser les ardeurs des musulmans tenant à honorer Allah en immolant un mouton pour la Tabaski qui a lieu demain.

« J’ai prévu 100 000 francs Cfa, comme d’ailleurs à chaque Tabaski depuis trois ans, pour acheter deux moutons, un gros et un moyen pour la fête demain. Mais je n’ai pu prendre, après un long tour dans le marché, qu’une seule bête. Tout simplement parce les moutons coûtent trop cher cette année », se désole Bastou L., un jeune fonctionnaire en service à Akpro-Missérété. Il ressort tout déçu du nouveau marché de bétail de Tohouè dans la commune de Sèmè-Podji dans l’après-midi du samedi 18 août dernier. Il devra se contenter pour la fête du seul mouton qu’il a pris à 80 000 F Cfa et qui demeure très insignifiant par rapport à ses objectifs de trouver de la viande pour sa petite famille, ses parents et quelques amis du quartier. « Je suis obligé de faire avec. Je ne peux pas faire autrement », poursuit Bastou L. qui a attaché le seul mouton derrière sa moto dame. 

La même déception est partagée par dame Karamatou Bello, vendeuse du riz qui dit avoir écumé mais en vain les stands du marché de bétail avec une enveloppe de 30 000 F Cfa dans l’espoir d’acheter un mouton pour la fête. Elle avait encore en main la corde qu’elle avait prévue pour attacher la bête. Le coût de tous les moutons trouvés dépasse sa bourse. Le plus bas prix, selon elle, est à 55 000 F Cfa. Mais Karamatou Bello ne désespère pas pour autant. Elle pense chercher du côté des éleveurs de cabri de son quartier à Porto-Novo. Car, elle tient à immoler coûte que coûte une bête, conformément à la tradition musulmane pour l’aïd el-Kébir à laquelle elle sacrifie depuis sept ans.
Comme Bastou L. et Karamatou Bello, les clients approchés sont unanimes sur la cherté du prix des bêtes par rapport à l’année dernière sur le nouveau marché de bétail Tohouè où se sont installés les vendeurs déguerpis de leur ancien site de Djeffa situé au bord de la route Cotonou - Porto-Novo.

Ruée vers le marché sénégalais !

Cette hausse du prix est confirmée par Arouna Moumouni, président de l’Association des importateurs et vendeurs de moutons du Burkina Faso, du Niger, du Mali, de Guinée et du Nigeria. Selon lui, jamais le mouton n’a coûté aussi cher depuis seize ans qu’il opère dans le domaine de l’importation et de la vente du bétail au Bénin. Cette situation est surtout due, à l’en croire, aux problèmes qui prévalent actuellement dans la filière où ils sont sommés de rejoindre le site de Zè après des formalités administratives. La polémique a découragé le grand nombre d’importateurs surtout burkinabè qui convoient le gros lot de moutons au Bénin à la veille de chaque fête de Tabaski. « Cette année à peine nous avons enregistré 40 camions de moutons provenant du Burkina Faso alors qu’on était à 150 à la même période en 2017. Les importateurs burkinabè ont préféré aller vers le Sénégal à cause de la situation de déguerpissement du marché de bétail de Djeffa », renseigne Arouna Moumouni. Il trouve normal que, face à la situation, les quelques vendeurs qui ont pris le risque d’importer vers le Bénin fassent de la spéculation autour du prix du mouton. C’est la loi du marché : quand la demande dépasse l’offre, les prix augmentent sur le marché, explique Arouna Moumouni.
Selon lui, un mouton vendu à 30 000 francs Cfa en 2017 est cédé cette année à plus de 50 000 F Cfa. Le client peut aussi trouver dans le marché de Tohouè des bêtes bien en chair vendues à plus de 600 000 F Cfa. Malgré la hausse des prix, le président de l’Association des importateurs et vendeurs de moutons du Burkina Faso, du Niger, du Mali, de Guinée et du Nigeria se réjouit de l’affluence des clients. Arouna Moumouni constate avec satisfaction qu’en dépit du repli sur le nouveau site dans la brousse à Tohoué où l'on ne peut plus leur reprocher de salir l’image du pays, les clients ne se font pas prier pour venir jusqu’à eux. Il était très difficile de se frayer le chemin cet après-midi du samedi 18 août dernier. Le marché de bétail grouillait de monde même si les clients en ressortaient avec diverses fortunes. Pour cela, Arouna Moumouni implore l’indulgence des autorités préfectorales et gouvernementales qu’elles leur permettent de rester sur le site de Tohouè que leur a trouvé la mairie de Sèmè-Podji et de ne pas les chasser vers Zè. Car, les histoires de casse et de va-et-vient n’arrangent pas du tout le marché où les bêtes reviendront plus chères aux clients, plaide-t-il.

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